jeudi 13 mars 2008

La fatwa anti-télécoms des talibans (2)

Les opérateurs télécoms afghans interrompent leurs signaux de 17h à 3h du matin, cédant aux injonctions des talibans qui avaient finalement mis leurs menaces à exécution.

Les djihadistes ont attaqué plusieurs tours-relais GSM dans la province du Herat et aux alentours de Kandahar appartenant aux quatres opérateurs Afghan Wireless Communication, Roshan, Etisalat et TeliaSonera Areeba. Pour ce faire, ils ont usé d’explosifs ou de RPG, provoquant de nombreux dommages collatéraux et pertes civiles dont les estimations demeurent aujourd’hui indisponibles.

En fin février, les « nationalistes afghans » avaient sommé les compagnies de téléphonie mobile d’interrompre leurs signaux de 17h à 3h du matin, accusant celles-ci d’aider les troupes de l’OTAN à trianguler leurs campements et à tracer leurs déplacements en temps réel. Ils accusent également les forces alliées de recourir régulièrement à des indics munis de leurs portables. Zabiullah Mujahid, porte parole des talibans avait été ferme et clair : « si nos exigences ne sont pas respectées dans un délai de trois jours, nous viserons les locaux des compagnies et les tours-relais. »

Dans de nombreux pays en développement, les tours-relais sont hautement visibles et marquées afin de signaler aux populations la présence d’un ou plusieurs réseaux de téléphonie mobile. A moins d’être protégées par des vigiles privés en armes - qui préfèrent ne pas faire les malins contre quinze talibans surarmés - ces installations sont souvent sujettes à des vols de leurs fils de cuivre et de leur carburant, et constituent nécéssairement des cibles de choix pour les djihadistes. Quelques jours auparavant, craignant des représailles encore plus féroces, les opérateurs télécoms avaient refusé la protection de leurs infrastructures et de leurs locaux par la police locale.

La destruction des tours-relais GSM ne gêne en rien les communications militaires de l’OTAN qui utilisent ses satellittes et ses drones aériens dotés de systèmes de détection multi-fréquences... plutôt que recourir à quatre opérateurs télécoms aussi vulnérables qu’infiltrables. Ce sujet avait été longuement abordé dans le volet précédent lors des premiers ultimatums quelques semaines plus tôt.

Dans un pays qui n’a jamais vraiment eu le téléphone, le mobile se révèle d’une immense utilité : relations personnelles et professionnelles, activités commerciales, agricoles et administratives, transferts monétaires, appel des secours, etc. Captant plus de quatre millions d’abonnés après la chute du régime taliban en 2002, le très profitable secteur des télécoms génère des taxes juteuses et emploie plusieurs milliers de personnes, souvent très bien payés au regard du contexte socioéconomique afghan.

Dix jours plus tôt, lors des premières destructions de tours-relais, des interruptions volontaires de signaux GSM avaient été observées entre 17h et 3h du matin dans diverses provinces du sud et de l’est, puis se sont étendues à la quasi-totalité du territoire. Depuis, beaucoup d’habitants déclarèrent qu’en plus de rendre la vie impossible, cette disposition avait suscité un fort sentiment d’insécurité.

Pour les talibans, il s’agit donc clairement d’une nuisance psychologique asymétrique signifiant leur retour en force aux populations et au monde extérieur, notamment face au gouvernement qui ne contrôle effectivement plus grand-chose. Mr Hamid Karzaï, le monde sans fil n’est pas à vous...

Cette fatwa anti-GSM serait-elle enseignée depuis peu dans les madrassas ?

Sources :

  1. The Register : Afghan networks start nightly shutdown

  2. The Globe and Mail : Taliban's new target: mobile phone towers

  3. Examiner : Telecom Tower Burned in West Afghanistan

  4. Press TV : Taliban hit Afghan mobile companies

  5. BBC : Taleban issue mobile phone threat


Article publié et commenté dans Agoravox



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