mardi 16 septembre 2008

Google offshore

Des super-serveurs de Big White embarqueront dans des tankers en eaux internationales reliés aux câbles transocéaniques de télécommunications et alimentés par l’énergie des vagues.

Ô sombres hérauts de la mer

La firme de Mountain View aurait décidé de porter sa conquête virtuelle sur les fronts marins en déposant un brevet pour le moins percutant auprès de l'US Patent and Trademark Office (USPTO).

Des tankers mouilleront à bonne distance des eaux territoriales américaines (8 miles nautiques soit environ 11 km), affranchissant la compagnie des taxes nationales usuelles sur ses activités computationnelles. A bord, une grosse dizaine de « containers datacenterisés » hautement automatisés, aisément reconfigurables, commandés à distance et ne nécéssitant que quelques employés - « hébergeront et projeteront » les applications virtuellement distribuées actuelles et futures (Gmail, Youtube, Apps, Desktop, Earth, Maps, Street View, etc) de Big White à des milliards d'ordinateurs par-delà les océans, connectés qu'ils seront à des câbles sous-marins de télécommunications. Au premier trimestre 2008, la firme avait engagé un partenariat avec cinq compagnies de câblage sous-marin afin de relier ses datacenters dans la zone Asie-Pacifique.

Les embarcations intégreront 30 à 40 unités Pelamis Wave Energy Converter convertissant l'énergie des vagues en électricité à hauteur d'un mégawatt par unité. Enfin, des pompes hydrauliques transformeront l'eau de mer en liquide de refroidissement pour les super-serveurs embarqués. L'exploitation de ces Google offshore sera flexibilisée en fonction de la réglementation maritime, de l'activité Internet/télécoms, des conditions météorologiques et des évolutions technologiques.

Big White ne fut guère la pionnière en la matière, elle a simplement amélioré un concept d'abord forgé par International Data Security (IDS) : 50 pétroliers et cargos reconvertis en datacenters flottants – dont 22 ancrant au large de la Californie - et alimentés au biodiesel.

The rebirth of cool

Supports physiques primaires de l'informatique nuageuse (cloud computing), des grilles computationnelles (grid computing) et de l'informatique-service (software-as-a-service), les datacenters deviennent de véritables ogres énergétiques du fait d'une demande exponentielle d'applications en ligne. Le seul refroidissement des super-serveurs googléens consomme autant d'électricité qu'une ville de 300 000 habitants. Constituant 1% de la consommation électrique mondiale, grandes comme plusieurs terrains de football, les fermes terrestres de super-serveurs sont la hantise de leurs exploitants (Google, IBM, HP, Microsoft, Sun, etc) et des environnementalistes. Selon le cabinet de consulting McKinsey et le think tank Uptime Institute, l'empreinte carbonique de notre activité réseautique égalera celle actuelle de la navigation aérienne à l'horizon 2020, flambée des coûts énergétiques en sus. Surfer sur Internet n'est donc pas très écologique...

Dans la même veine, Microsoft envisage de construire des fermes techno en Sibérie, Sun Microsystems lorgne vers une mine désaffectée du Japon où les eaux souterraines seront transformées en liquide de refroidissement pour ses super-serveurs. Ainsi, ces deux géants diminueraient leurs consommations énergétiques de plus de 50%.

Google offshore relèverait-il d'un quelconque « infocapitalisme écologique » ? Last but not least, Big White planche déjà sur une question incontournable : que faire de ses datacenters flottants en cas de cyclone ou de tsunami ? Pourquoi ne pas développer Google Earthquake, alerte en ligne avancée reposant sur un réseau de capteurs sismiques en profondeur ?

Article liés :

  1. Data Center Knowledge : Google Planning Offshore Data Barges

  2. Times : Google search finds seafaring solution

  3. US Patent and Trademark Office : the Google patent

  4. Électrosphère : L'entreprise virtuelle agile

Article publié et commenté dans Agoravox

3 commentaires:

clarisse a dit…

Bonjour Charles,

quelques remarques en vrac :
- Big White me fait penser à Moby Dick… est-ce symbolique ???

- retrouvé ce vieux sujet de forum datant de 2005 http://www.presence-pc.com/actualite/Informaticien-Californie-Outsourcing-9512/

- comment seront protégés ces bateaux : contre une intrusion, une attaque hostile type piraterie, un détournement avec demande de rançon, une torpille etc. ?

Voilà, c'est tout pour aujourd'hui !

à bientôt,
Clarisse

Charles Bwele a dit…

Hi Clarisse !

Commençons par le commencement. Ce n’est qu’une frange minoritaire de la machine datacenterisée de Google qui flottera sur les eaux, la majeure partie demeurant à terre.

Quant au risque terroriste ou militaire, je suis de ceux qui pensent qu’il ne faut pas le surestimer (sans pour autant le négliger), et qu’il ne doit point freiner psychologiquement l’investissement et l’innovation.

Par ailleurs, un datacenter est assez différent d’un disque dur, d’un app server d’entreprise ou d’une quelconque boîte noire avionique. Ces machines n’ont pas grand intérêt en termes de données archivées mais plutôt dans la projection dynamique d’applications plus virtuelles que physiques, "matérialisées" sur les terminaux finaux (les app servers à terre et/ou les ordinateurs personnels). Isolément, un de ces Google boats n’aurait pas de réelle ou relative valeur ajoutée pour des pirates ou des militaires, qui ne pénaliseraient même pas la machine Google disposant de milliers de superserveurs majoritairement restera basée sur la terre ferme, eux-mêmes dotés d'une remarquable redondance réseautique dans une Toile elle-même très résiliente.

Donc, viser un Google boat ? Pourquoi pas. Ca fera juste un peur aux mondes techno et boursier qq jours, mais pas plus.

Par ailleurs, comme mentionné dans l’article, ces navires mouilleront certes dans des eaux internationales, mais à proximité des eaux territoriales à fortiori américaines ou britanniques par exemple. Si j’étais un pirate, je ne m’y frotterais pas trop. Nul doute que ces datacenters flottants ne mouilleront certainement dans le Détroit d’Ormuz, dans le Golfe d’Aden ou au beau milieu des Caraïbes...

Les risques naturels (tempêtes, cyclones, tsunamis) me semblent bien plus importants pour ces navires, comme c déjà le cas pour les pétroliers, les méthaniers et autres bâtiments de surface qui ne sont que rarement la cible d’attaques terroristes ou militaires, et seulement dans certaines zones maritimes.

clarisse a dit…

Merci Charles, je me sens un peu moins bête (ou un peu plus savante, c'est selon :-).

Finalement, une dizaine de Sealand est peut-être la solution ? ou alors un port artificiel protégé en haute mer ?
Vite, relisons Jules Verne…