samedi 24 janvier 2009

Cyops ou opérations cyberpsychologiques



À l'ère du mobile multimédia et de l'internet, les batailles se déroulent également sur un théâtre virtuel imbriquant étroitement cyberguerre, guerre électronique, opérations psychologiques et couverture (e-)médiatique. D'où la notion récente de cyops [cyber warfare + electronic warfare + psychological operations + media affairs] dans le jargon militaire anglo-saxon.

Ici, on baigne dans le paradigme flexible et changeant de la guerre informationnelle, hautement tributaire des révolutions et évolutions technologiques, politiques, stratégiques et militaires. Aujourd'hui, états et non-états apprennent à exploiter l'immense potentiel de la cybersphère en termes d'influence, de persuasion, de mobilisation, d'information/intoxication, de coercition et de manipulation.


Les cyops sont caractérisées par leur vitesse, leur précision et leur degré de créativité. On peut aujourd'hui envoyer des SMS ou des MMS à certaines franges d'une population civile afin de terroriser, d'avertir, d'informer ou de désinformer celles-ci.

Durant ses campagnes contre le Hezbollah en 2006 et contre le Hamas en 2009, Tsahal expédiait des SMS et des messages vocaux en langue arabe aux populations libanaises et palestiniennes avoisinant une zone prochainement ciblée par l'Israeli Air Force. Le Hamas, le Djihad Islamique et les Brigades des Martyrs d'Al-Aqsa procèdaient également de la sorte en langue hébreue avant de tirer leurs roquettes sur le territoire israélien, repérant préalablement leurs zones de frappe grâce à Google Earth. Ces méthodes visent à diminuer autant que possible les pertes humaines ou à démoraliser le camp adverse en propageant quelque sensation généralisée d'insécurité.

Au lieu des cyops, certains évoquent plutôt les PGM ou precision guided messages (à ne pas confondre avec les precision guided munitions) qui peuvent revêtir des formes nettement plus sophistiquées pour des fonctions plus étendues.

Lors de l'opération Plomb Durci, des sympathisants de la cause palestinienne - à l'accent égyptien, jordanien, libanais ou lybien - téléphonaient à des habitants de Gaza, se déclaraient longuement horrifiés par leur sort puis engagaient une abondante discussion concernant leurs conditions de vie, d'éventuels sympathisants du Hamas/Djihad Islamique dans leurs familles ou la présence possible de tireurs dans leur voisinage. Parsemée de ruelles et de tunnels, la dense ville de Gaza est un paradis de la guerre urbaine asymétrique, remarquablement menée autrefois par les milices du Hamas contre celles du Fatah. D'où la nécéssité pour l'Israeli Defence Force de diversifier la collecte d'informations (PGM, drones aériens, agents infilitrés, etc)... Ou de leurrer les combattants adverses sur ses futures actions.

Ayant beaucoup appris auprès du Hezbollah, virtuose de l'infoguerre asymétrique, le Hamas n'est guère resté muet durant son conflit avec Tsahal de l'hiver 2009. Peu avant la rupture de la trêve, des messages en hébreu annonçant la capture ou la mort d'un soldat israélien étaient régulièrement diffusés sur les ondes, notamment vers la frontière israélo-palestinienne. Dans ces mêmes émissions radio, le Hamas déclarait « réserver d'innombrables surprises » aux troupes de l'IDF. Sans toutefois empêcher l'expédition militaire de Tsahal à Gaza, elles ont suscité la crainte d'un piégeux combat urbain chez les soldats hébreux qui furent d'autant plus prudents et optèrent pour un usage appuyé de l'appui-feu aérien et de l'escorte blindée... Aux risques de pertes civiles élevées et, consécutivement, d'une sérieuse dégradation de la notoriété d'Israël. Drastique précaution tactique, énorme défaite médiatique...

En 2006, lors de l'expédition militaire israélienne au pays du cèdre, de nombreux mobiles libanais reçurent des flashes d'infos – titrés News ou Headlines - émis par la défunte Voix du Liban. Numériquement ressucitée par l'état hébreu, la radio diffusait des actualités d'un point de vue israélien. Nul doute que cette technique – autorisant maintes dérivations et innovations - sera de plus en plus utilisée contre quelque population informationnellement isolée, censurée ou « obscurcie » tous azimuts (radio, télévision, téléphonie, internet). En effet, lors de la campagne militaire russe en Géorgie et celle israélienne à Gaza, la mise en « état de cybersiège ou d'infosiège » de l'adversaire précédait et/ou accompagnait souvent l'assaut réel.


Au-delà de leur dimension purement tactique - intimidation, désinformation, renseignement, diversion, etc – cyops ou PGM deviendront certainement les composantes supplémentaires d'un storytelling (e-)médiatique et s'inscriront dans des stratégies de guerre (classique ou irrégulière) et d'infoguerre globales.


En savoir plus :

  1. Mars Attaque : La téléphonie au coeur des combats

  2. École de Guerre Économique : Une illustration de la guerre de l’information : Le conflit entre Israël et le Hezbollah de l’été 2006 (PDF)

  3. Der Spiegel : Psychological Tricks to Demoralize the Enemy

  4. New York Times : A Gaza war full of traps

  5. Selil Blog : From Information Operations to Cyber Warfare and a New Terrain


2 commentaires:

F. de St V. a dit…

Bien modestement étant beaucoup moins technicien, je m'étais aussi penché sur la question dans un billet.

http://mars-attaque.blogspot.com/2009/01/la-tlphonie-est-au-cur-des-combats.html

Cordialement.

F

technology a dit…

aodaliya
kanpeila
moerben
xini056
riben668