jeudi 26 mars 2009

De l'axe du Mal à l'axe du Bouleversemal



George W. Bush combattait l'axe du Mal, Barack Obama affrontera « l'axe du Bouleversemal ».

Chaque présidence américaine hérite-t-elle nécéssairement d'un totem intellectuel ? Durant l'ère Bush, ce fut le politologue Robert Kagan; à l'ère Obama, ce sera peut-être Niall Ferguson, brièvement évoqué dans un article précédent. Pour ce professeur d'histoire à Harvard, il est temps de tirer un grand trait sur ce réducteur « axis of Evil » (Iran, Irak, Corée du nord) cher à W. L'administration Obama fait face à des menaces plus multiples et à des risques plus complexes rassemblés sous la bannière « axis of Upheaval ». Dans ma petite terminologie personnelle, ce jeu de mot se traduit par « axe du Bouleversemal ».

Selon Ferguson, l'actuelle « Grande Récession » a ceci de profondément injuste : les partenaires commerciaux de l'Amérique seront plus sévèrement affectés que celle-ci, épicentre de la crise. Les États-Unis disposent à priori de ressources industrielles et technologiques et à fortiori d'un leadership politique nettement plus propices au « rebootage » de leur machine. Faut-il également voir dans ces pertinentes analyses quelque américanocentrisme larvé ? L'Asie orientale/méridionale (Chine, Japon, dragons et tigres d'Asie) devra fermement s'accrocher, l'Europe manquera complètement d'inspiration – à mes yeux, cette dernière semble encore hésiter entre une (impossible) réforme du système financier et une (hasardeuse) relance économique - la faim dans le tiers-monde s'aggravera, le pouvoir d'achat dégringolera sur tous les continents, les tensions sur les matières premières augmenteront et la globalisation pourrait ne pas survivre à ce marasme. L'une des rares bonnes tenues de cette décénnie perdue serait la fameuse « Chimérique », Oncle Sam et le Dragon Rouge ayant trop à perdre d'un éventuel divorce financier et commercial.

Comment en arriverait-on jusque là ? Dans ses aspects les plus prévisibles, la Grande Récession incitera à des politiques plus agressives (nationalisme, protectionnisme, dumping, etc), favorisera des gouvernements plus radicaux, dopera les populismes et éveillera des guerres civiles et des conflits ethniques en latence, comme ce fut le cas dans les années 1870 et 1930.

Cependant, point de 1914-1918 ou de 1939-1945 à grande échelle, plutôt une multiplication de zones de non-droit et de non-états (mafias, cartels, pirates, cyberpirates, terroristes, guérillas et probables alliances afférentes) du fait de l'affaiblissement politique, économique et militaro-policier des états. Lorsque la dette fédérale américaine et celle publique française/allemande atteindront 90% à 100% du PIB - politique de relance, taux de chômage stratosphérique, état-providence, vieillissement démographique et volatilité économique obligent ! - où et comment trouver les ressources pour redynamiser, réguler et policer son propre environnement puis faire de même ailleurs ? En effet, l'axe du Bouleversemal comporte quelques sulfureux devants de scène : Mexique, Brésil, Colombie, Russie et Caucase, Soudan, Somalie, Nigéria, Congo, Zimbabwé, Turquie, Moyen-Orient, Afghanistan, Pakistan, Inde, Sri-Lanka, Chine, Thaïlande et Indonésie, pour ne citer que ceux-ci. Instabilités régionales en sus.

Ferguson considère clairement les prévisions du FMI, de la Banque Mondiale et de diverses institutions – tablant sur une reprise vers 2010 – comme profondément illusoires voire ouvertement mensongères. Une sortie de crise extrêmement difficile aurait lieu vers... En fait, nul ne sait quand ce cauchemar prendra fin. Pour l'instant, Mad Max ne peut que vous souhaiter la bienvenue dans l'axe du Bouleversemal.

En savoir plus :

  1. Niall Ferguson - Foreign Policy : The Axis of Upheveal

  2. Niall Ferguson – Times : Introducing the axis of upheveal

  3. Niall Ferguson – Globe and Mail : There will be blood

  4. Thomas P.M. Barnett – Foreign Policy : Obama's New Map of the World

2 commentaires:

EGA a dit…

Bravo Charles, bel article
OK

F. de St V. a dit…

A cet nouvel axe, le Venezuela, je pense aurait toute sa place dans l'esprit des Américains: liens avec la Russie (énergétiques et manœuvres militaires), grandes déclarations osées sur la politique étrangère (nationalisation des entreprises ou se présenter comme une résistance au "tout-américain"), etc.

Sachant que pour les États-Unis, le Venezuela est dans leur voisinage proche, dans ce qu'ils aiment à regarder comme leur jardin: l'Amérique du Sud.