mercredi 29 avril 2009

Golfe de Guinée : anti-piraterie ou pétrostratégie ?



Apparemment, la piraterie somalienne dans le Golfe d'Aden produit des émules plus novatrices dans le Golfe de Guinée.

Depuis quelques mois, le Nigéria, le Cameroun, le Gabon, la Guinée équatoriale et l'Angola connaissent une augmentation sensible des attaques initiées par des pirates ou par des mouvements rebelles contre des pétroliers et des plate-formes offshore, précédant souvent une prise d'otages de leurs personnels. Cette tendance ne manque d'ailleurs pas d'inquiéter la fameuse compagnie d'assurances maritimes Lloyd, qui a récemment enregistré une incroyable expansion de ses polices couvrant également les risques du piratage et de la demande de rançon.

En septembre 2008, environ cinquante « gangsters des mers » lourdement armés ont débarqué à Limbé (ville moyenne située sur la côte ouest camerounaise) avec leurs embarcations rapides, pris d'assaut six banques du centre-ville, causé un mort durant leurs braquages puis repris le large sans demander leur reste. Cette « attaque amphibie » a probablement servi de test de la sécurité côtière camerounaise. Pour peu qu'ils constatent une absence complète d'action ou de réaction, les loups des mers – un peu trop bien équipés, trop bien armés et trop efficaces sur la terre ferme même pour des pirates « pros » - peuvent très bien réediter leur exploit... Dans une capitale économique portuaire comme Douala, par exemple, ou dans d'autres cités côtières régionales.

Avec 24 milliards de barils de réserves pétrolières et une production quotidienne de cinq millions de barils (sur un total de neuf millions de barils/jour pour tout le continent africain), l'importance pétrostratégique du Golfe de Guinée n'est plus à démontrer. Rien d'étonnant donc à ce que la France et les États-Unis entreprennent des partenariats de sécurisation maritime avec les pays concernés. Début avril 2009, les navires de guerre français BPC Tonnerre et américain USS Nashville – tous deux en escale au Cameroun – ont procédé à des exercices conjoints « Passex » au large de Limbé. Les deux vaisseaux embarquaient des officiers de la marine camerounaise afin de former ceux-ci à la surveillance et à la protection des côtes.

Les actualités récentes ont démontré à quel point une dizaine de flottes (États-Unis, France, Royaume-Uni, Russie, Chine, Inde, etc) peinent grandement à sécuriser le seul Golfe d'Aden et même à dissuader les pirates. Comment deux navires de guerre esseulés effraieront-ils les loups des mers sur une zone maritime s'étendant du Nigéria à l'Angola ? Qu'ont donc appris les marins camerounais et leurs homologues régionaux en quelques jours à bord de vaisseaux dont leurs hiérarchies ne peuvent que rêver ? S'agit-il pour Astérix et pour Mickey Mouse de contrer une piraterie émergente ou d'afficher leurs positions sur l'échiquier pétrostratégique africain ?

Selon le webzine Les Afriques, « les pirates profitent de la lourdeur des rouages administratifs entre les états, et tirent avantage d’une configuration géographique morcelée pour opérer en toute quiétude. » Au-delà de cette analyse pertinente mais très insuffisante, l'expansion de la piraterie maritime (en Afrique centrale comme orientale) doit surtout à l'incapacité croissante de nombreux états régionaux à assurer peu ou prou leurs fonctions régaliennes, l'actuelle Grande Récession aggravant de surcroît la donne. Entre gestion délirante, corruption flambante, misère galopante et autorités défaillantes, la piraterie maritime n'est qu'un thermomètre de l'ordre non-établi... Ou du désordre établi sur la terre ferme, et ce, malgré des rentes pétrolières faramineuses.

En savoir plus :

  1. Les Afriques : Golfe de Guinée: enjeux sécuritaires autour du pétrole

  2. Lloyd's List : Fears over growth in Somalia style attacks

  3. US Navy : USS Nashville Visits Cameroon for APS Mission

  4. Ambassade de France au Cameroun : Des navires Français et Américains participent à un exercice conjoint au large du Cameroun.

  5. All Africa : Cameroon: Pirates Hit Limbe; Kill, Rob Banks


8 commentaires:

Frédéric a dit…

La Marine National à au moins un aviso en permanence au large de la ''francafrique'' et des navires de guerre occidentaux passent ponctuellement dans la zone en se dirigeant vers le cap de bonne espérance.

eric a dit…

je dit qu il faudrait mettre plus de moyen dans la lutte anti piraterie

ZI a dit…

"un peu trop bien équipés, trop bien armés et trop efficaces sur la terre ferme même pour des pirates « pros » "

J'avoue ne pas bien saisir le sous-entendu. Qui ça pourrait être d'autres?

Stéphane Mantoux a dit…

Bonjour,

Je connais mois bien la situation en Afrique occidentale mais pour ce qui est de la Somalie, je pense pour ma part que le facteur de décomposition étatique est déterminant. Autrement dit la piraterie somalienne en est là en raison de l'histoire catastrophique du pays depuis 1991 et de tout ce que cela implique sur le plan politique et socio-économique.

A bientôt !

SD a dit…

Le Cameroun est un beau pays qui dispose de richesses pétrolières, halieutique, et bien sûr humaines (et un beau parc botanique à Limbe s'il existe toujours).
La piraterie nait de la pauvreté et de l'absence d'Etat. En Afrique de l'Ouest, les Etats existent. Le différend de Bakassi entre le Nigéria et le Cameroun étant presque réglé, une politique d'assistance pour former ces armées contre la piraterie, au sol et en mer, serait souhaitable.
Tout le monde peut y gagner à bon compte car le problème n'est pas encore démesuré.

fox a dit…

Qu'elles sont selon vous les risques de voir ce phénomène descendre vers le sud ?

Fox

Electrosphère a dit…

@ Fox,
Qu'entendez-vous par "sud"?

Stéphane Mantoux a dit…

Merci SD pour ces précisions.