lundi 4 mai 2009

Infodémie 2.0


Grâce à leur suivi en temps réel de l'épidémie de grippe porcine, les médias numériques participatifs et les outils collaboratifs en ligne ont amplement démontré leur rôle incontournable dans la gestion d'une crise régionale ou mondiale.

Ce texte a été initialement publié dans Alliance Géostratégique.


Situés près des lieux des déflagrations, des témoins équipés de leurs visiophones 3G informèrent immédiatement le monde entier des attentats de Mumbaï - longtemps avant les médias classiques - via les fameuses plate-formes du Web 2.0 : blogs, réseaux sociaux, Twitter, Youtube, Flickr, etc. Aussitôt, des médias participatifs et des outils collaboratifs comme Wikipédia, GroundReport, NowPublic et GlobalVoices agrégèrent toutes ces actualités en filtrant autant que possible « le brouhaha » inhérent pendant que Google Maps géolocalisait précisément les multiples incidents en temps réel.

Du fait de l'expansion véritablement planétaire de la téléphonie mobile multimédia, les témoins font et écrivent de plus en plus les actualités en pôle position et se muent involontairement en reporters « live ». Il en était déjà ainsi, dans une moindre mesure, lors du tsunami asiatique en 2004, des attentats de Londres en 2005, du séisme au Sichuan chinois en 2007 et des batailles du coltan au Kivu congolais en 2008. Cette vague « infodémique » fut encore plus marquée dès les débuts mexicains-américains de l'épidémie de grippe porcine et lors de sa propagation mondiale au printemps 2009... Avec tout que cela comporte comme risques réels d'erreurs, de biais et de désinformation.

Néanmoins, lors de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl – à une époque où le Web 2.0 ne relevait même pas de la science-fiction – les plus grosses sources de désinformation étaient gouvernementales : l'état communiste russe en décomposition masquée minimisait l'incident et son homologue français jurait par toutes les particules que le nuage radioactif ne franchirait point les Ardennes ou les Alpes ! L'ampleur asiatique et nord-américaine de l'épidémie de pneumopathie devait beaucoup au refus du Parti Communiste = l'état chinois d'informer sincèrement l'OMS et les ONG médicales – même par de simples e-mails ! - sur la situation sanitaire dans la province du Guandong, épicentre de la maladie.

Dans le cas de la grippe porcine, la psychose essentiellement générée par les médias classiques (télévision, radio, presse) et les dissonances alarmistes entre OMS et gouvernements (américain, mexicain et français) furent rapidement infirmées par la pertinence générale des médias 2.0, au sujet notamment de la létalité beaucoup moins prononcée du H1N1 par rapport à celle du H5N1 de la grippe aviaire. Rien d'étonnant donc à ce que de nombreuses organisations internationales, gouvernementales ou non-gouvernementales et maints centres de recherche médicale s'associent à des infomédiaires comme Google ou Twitter et/ou créent leurs propres services collaboratifs d'information. Le Center for Disease Control (CDC) n'a guère attendu quelque pressante sollicitation pour diffuser le génome séquencé du H1N1 dans une database publique en ligne afin que les laboratoires du monde entier mettent leurs mains à la pâte.

Au fur et à mesure des catastrophes naturelles, sanitaires, humanitaires ou sécuritaires, émerge un infosystème global et cohérent de suivi des crises et de gestion des urgences agrégeant communiqués officiels, médias classiques, e-médias participatifs, outils collaboratifs en ligne et géolocalisation en temps réel. En tirant ingénieusement parti de l'information institutionnelle et de l'information ouverte, « l'infodémie open source » permettra certainement aux organisations et aux individus de mieux prévenir les risques et de limiter d'autant les dégâts lors de futures crises régionales ou mondiales.

Cet article a été publié comme éditorial dans Alliance Géostratégique.


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