lundi 11 mai 2009

Sacré netbook




Le faramineux succès de l'ordinateur ultraportable low cost a quelque peu bouleversé l'ordre informatique mondial.

Ultramicromania

À la fois inspiré et un tantinet effrayé par le projet One Laptop Per Child (OLPC) développant un PC ultraportable à 100 $ pour les enfants du tiers-monde, le fabricant taïwanais Asustek a aussitôt planché sur notebook allégé pesant 1,45 kg, dépourvu de lecteur DVD-ROM et d'une mémoire vive digne de ce nom mais suffisament équipé pour les usages « cybernautiques » courants. Grâce à son prix de 380 €, son disque dur Flash de 4 à 40 Go et son autonomie de 7 heures, ce netbook Windows XP/Linux grand comme une feuille A4 aurait de quoi séduire les consommateurs du monde entier peu prompts à craquer 700 à 1000 € dans un PC portable.

Lors de sa sortie à l'automne 2007, l'Eee PC fit littéralement une entrée fracassante : plus de 350 000 unités vendues en un seul trimestre. Contraints et forcés, HP, Dell, Lenovo, Acer, Toshiba, Lenovo, Sony et consorts proposèrent à leur tour des gammes de netbooks à moins de 400 € et contribuèrent à l'expansion de la niche. À l'automne 2008, l'Eee PC se vendit à plus de cinq millions d'unités et l'ensemble des modèles concurrents franchit la barre des 10 millions d'unités. À l'hiver 2009, Asustek remit la pression sur la concurrence avec son Eee PC 1000HE doté d'un écran 10 pouces, d'un disque dur de 160 Go, d'une mémoire vive d'un Go, d'une autonomie de 9 heures et accompagné d'un espace de stockage en ligne de 10 Go.

En effet, l'émergence du PC ultraportable a amplement convergé avec les usages d'une génération Web 2.0 confirmée surfant entre Youtube, Facebook, Twitter, Google Docs, Wordpress/Blogger et les médias audio/vidéo en streaming. Ces plate-formes 2.0 ont à la fois externalisé et disséminé l'archivage des données et l'éxécution des programmes sur des nuages de serveurs distants, d'où le fameux cloud computing. Le netbook consacre donc cette informatique dans laquelle logiciels et stockages en ligne égalent ou l'emportent sur mémoires vives et disques durs internes. Conseil d'ami : multipliez les sauvegardes dans des mémoires USB externes vendues à des prix de plus en plus compétitif et incontestablement salvatrices en cas de bogue interne ou en ligne.

La technoïde urbaine affectionne particulièrement ce joujou offrant ce dont elle a essentiellement besoin (bureautique, multimédia, web et wi-fi) et se faisant à peine sentir dans le sac à main. Un atout ergonomique et mercatique imparable qui inscrira le netbook dans le top 5 des cadeaux les plus offerts à Noël 2008 aux États-Unis et surtout en Europe où il fit un véritable malheur.

Lentement mais sûrement, les entreprises s'équipent en PC ultraportables de loin plus endurants que les PC portables lors d'interminables réunions ou lors de déplacements professionnels prolongés - jusqu'à 10h contre 2h30 d'autonomie - et nettement plus économes en électricité du fait de leurs adaptateurs A/C de 40W contre au moins 75W pour les notebooks. Par ailleurs, L'écran 7 pouces du tout premier Eee PC est certes peu encombrant mais restreint sensiblement le confort visuel. À l'hiver 2009, la quasi-totalité des modèles proposés - toutes marques confondues - disposaient d'écrans 10-12 pouces (1024 X 600 pixels). Leurs dimensions affecteraient-elles peu ou prou les courbes des ventes ?

Mes collègues infographistes et mes compagnons vidéojoueurs auront toujours besoin d'un « Terminator » fixe ou portable du fait de l'avide consommation en ressources (mémoire vive, processeur, carte graphique et volume de données) des animations 3D et des logiciels de PAO et d'édition vidéo/audio. Le jeu de stratégie en temps réel et la conception infographique multi-logicielle ne sont-ils pas plus jouissifs avec un PC Dual Core, 4 Go de RAM et écran 15 pouces minimum ?

Marges XXS, concurrence XXL

Mémoire vive flamboyante, disque dur insatiable, carte vidéo olympique, lecteur Blu-Ray, Windows N+x machin-chose : point besoin d'une onéreuse machine de guerre pour consulter ses e-mails, visionner Youtube et rédiger un rapport de dix pages. À quoi bon proposer systématiquement des 4X4 à des conducteurs urbains ou autoroutiers ? Motif : les machines surpuissantes offrent des marges confortables d'abord aux constructeurs informatiques, puis aux éditeurs de logiciels qui, trop souvent, en profitent pour développer des applications commerciales graduellement et inutilement cossues. Exemple : l'incessante gourmandise des suites Adobe (Photoshop, Illustrator, Indesign, Premiere, AfterEffects, etc) pour des fonctions supplémentaires finalement très peu révolutionnaires.

D'une certaine façon, le PC ultraportable est une « version XS remastérisée » d'un PC portable de 2004. Intel a du serrer son corset pour s'adapter à cette informatique low cost et introduire manu militari sa puce Atom certes moins puissante mais beaucoup moins énergivore qu'un modèle Core : 47 millions de transistors et 512 Ko de cache contre 410 millions de transistors et 3 Mo de cache. D'abord conçue pour être incorporée dans les smartphones et les PDAphones, la puce Atom 32 bits grignote voire cannibalise le marketing des puces multi-coeur Core 64 bits destinées aux PC portables (et fixes). À l'image de son netbook hôte, elle questionne sévèrement la sempiternelle course aux performances copieusement facturée au consommateur par l'industrie informatique.

D'où la hantise de HP, Dell, Lenovo, Acer, Toshiba, Lenovo, Sony, Intel, AMD et compagnie : le cybernaute moyen sera-t-il toujours enclin à débourser 700 à 1000 € pour un PC portable ? À 380 € l'unité, le fabricant commercialise une machine à un prix extrêmement proche de son coût de revient, espérant se rattraper ensuite sur les ventes en volume. Or, l'outsider Asustek devenu No 8 mondial doit son exploit technico-commercial à sa chaîne de production (conception, marketing, fabrication) située de bout en bout en Asie du sud-est et en Chine, d'où ses coûts de développement nettement plus compétitifs que ceux de ses concurrents occidentaux et japonais. D'ailleurs, ces derniers ont plongé plutôt tardivement – en serrant des dents ! - dans cette informatique low cost où les marges tendent d'emblée vers zéro.

Autre enjeu et non le moindre : l'avenir du netbook se jouera en grande partie dans les pays émergents (Chine, Inde, Russie, Brésil, Europe centrale) et auprès des classes moyennes et aisées du « sud » (Amérique latine, Afrique, Moyen-Orient et Asie centrale-méridionale). Dans ces marchés, le développement rapide de l'internet haut débit pousse de nombreux consommateurs à s'équiper pour la première fois, à fortiori en période de vaches maigres. De formidables opportunités vite flairées par Clevo, MicroStar International, Compal Electronics, Elitegroup, Mitac et Pegatron Technology (en partie détenu par Asustek), manufacturiers taïwanais d'ULCPC ou Ultra-Low Cost Personal Computer. Selon certaines rumeurs courant dans les milieux techno, Apple remet à jour la conception de son McBook Air afin d'entrer dans la danse. La partie ne fait que commencer...

On le voit, le feu d'artifice d'Asustek et la déferlante informatique taïwanaise illustrent amplement ce basculement géoéconomique et industriel tant annoncé vers l'Asie en général, et vers les Chines en particulier. Celles-ci ne sont plus seulement des zones de délocalisation pour les firmes occidentales et nippones, elles deviennent simultanément des centres de conception et des vecteurs de tendances lourdes.

Last but not least : tout indique que le boom du PC ultraportable opposera Android (Google) à Microsoft Windows. Mais ceci est une autre histoire...



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