vendredi 19 juin 2009

Téhéran 2.0 ou la révolution cyberpolitique


Malgré l'entérinement des résultats électoraux par le Guide suprême, la rue et l'opposition iraniennes ont remporté une immense victoire multimédiatique et psychologique. En arrière-plan, l'administration Obama intègre peu à peu la cyberstratégie dans sa politique étrangère.

Cet article a été initialement publié dans Alliance Geostratégique.


La République électronique

Dès l'annonce de la victoire du président sortant Mahmoud Ahmadinejad, plusieurs sites gouvernementaux ou semi-officiels iraniens – comme celui du Guide suprême Ali Khamenei, l'agence de presse FARS et Ahmadinejad.ir furent interrompus, tous victimes d'attaques DDoS (Déni de Service Distribué) menées par des « hacktivistes » pro-démocratiques de par le monde. Jusqu'ici, la réalisation de telles attaques nécéssitait un amateurisme poussé ou un degré de professionnalisme en matières de programmation et de hacking. De récents outils en ligne comme Pagereboot.com et BWReaper permettent à n'importe quel internaute de paralyser le site de son choix. Ces kits instantanés de cyberpiratage firent rapidement le tour du Web 2.0 et contribuèrent à une internationalisation des cyberattaques contre l'internet officiel iranien.

Gêné par un usage aussi prolifique de son application, le créateur de Pagereboot.com suspendit le site durant quelques heures, expliquant que ces incessantes cyberattaques suscitent maintes interrogations éthiques et consomment la quasi-totalité de la bande passante iranienne, précisément nécéssaire à la contestation en ligne des manifestants perses. Pagereboot.com fut réactivé après une brève réunion de ses employés qui s'engagèrent à financer le surcroît de trafic internet vers l'Iran, où des myriades d'acteurs et spectacteurs de leur propre histoire informent la planète entière via Youtube, Flickr, Facebook et Twitter grâce à leurs ordinateurs et à leurs téléphones mobiles.

Pour cette « i-génération » perse, le recours naturel aux médias numériques fut d'autant plus salvateur, de plus en plus de journalistes et reporters étrangers en Iran étant confinés dans leurs bureaux locaux ou dans leurs chambres d'hôtels par les autorités locales, et parfois sommés « de quitter le territoire ». Parallèlement, adresses de serveurs proxy (relais physiques et/ou virtuels de transmission par internet) et tutoriaux anti-cybercensure inondèrent e-mails, forums et chats activistes iraniens. Dans ces communautés virtuelles, cryptage, confidentialité et furtivité en ligne sont de mise; il fut d'ailleurs vivement recommandé de ne point poster trucs & astuces dans les blogs et les réseaux sociaux trop exposés à la surveillance de la Garde Révolutionnaire.


En effet, celle-ci entra en action peu avant les élections : dans plusieurs universités et dans plusieurs cybercafés, des ordinateurs furent détruits, des cartes-mères et des modems furent confisqués. Profitant d'une architecture télécoms/internet nationale très centralisée, elle fit suspendre le service envoi-réception de SMS et filtra drastiquement l'accès à Facebook pendant les élections : le fameux réseau social comptabilise plus de 36 000 partisans de Mir Hossein Mousavi, fortement inspirés par la réussite électorale de « l'Obamarketing ». Mousavi en personne était très souvent connecté à Facebook et entretenait également ses contacts sur Friendfeed, le premier réseau social en langue farsi. De quoi faire frissonner Ahmadinejad...

Aux premières heures de la contestation, l'accès à l'internet et l'envoi-réception de SMS furent provisoirement interrompus et rétablis ensuite; cet obscurcissement tous azimuts pénalisant considérablement les administrations, les dirigeants, l'activité économique et le pays entier. Ces interruptions de services télécoms/internet aux moments fatidiques ne firent qu'alimenter la suspicion populaire, ceci dans un contexte électoral qui fut certainement le plus intense de l'histoire politique iranienne.


Datamasses

Auparavant, les régimes dictatoriaux isolaient électromagnétiquement (radio, télévision, téléphonie fixe) leurs nations du reste du monde ou étouffaient une contestation politique, étudiante, ouvrière ou paysanne dans l'obscurité de leur censure. À l'ère de la téléphonie mobile et de l'internet, cette répression silencieuse et masquée devient de plus en plus difficile, à fortiori lorsque la technologie multimédia (photophonie, visiophonie, 3G) et le Web 2.0 s'en mêlent, surpassant des médias classiques canalisés ou baillonnés par des sbires officiels.

Cette i-génération perse qui n'a rien d'apolitique ou d'anarchiste a donc spontanément « flickrisée, facebookée, youtubisée et twitterisée » elle-même sa contestation. Désormais, elle sait que le monde entier a vu et n'oubliera point ses souffrances, ses revendications, les véritables visages de ses dirigeants et la féroce répression dont elle sera l'objet. Une réalité résumée dans l'équation « Tiananmen + Twitter = Téhéran » par le Christian Science Monitor.


Nul doute que la révolution cyberpolitique iranienne fera des émules au sein de nombreuses populations opprimées car celles-ci disposent d'une arme redoutable contre leurs potentats : leurs téléphones mobiles. Il a fallu 38 années à la radio pour atteindre une audience de cinquante millions d'auditeurs, la téléphonie mobile a conquis plus de 3 milliards d'abonnés en 15 ans et les réseaux sociaux (Facebook, MySpace, LinkedIn, etc) ont engrangé plus de 350 millions d'inscrits en quatre ans. En 2008, plus de 43 milliards de SMS furent échangés. En 2012, plus de cinq milliards d'individus disposeront d'un téléphone mobile, même les plus démunis auront accès à cette technologie grâce à l'incontournable bienveillance de la microfinance en matières d'information et de communication.

D'où une hyper-connectivité des hyper-mimétismes à l'échelle planétaire transformant les relations sociales et les activités économiques plus vite et plus fort que les précédentes révolutions technologiques : roue, machine à vapeur, électricité, etc. Le Siècle des Lumières et la révolution industrielle ne doivent-ils pas énormément à l'imprimerie et à l'édition en masse d'encyclopédies, de traités scientifiques et d'oeuvres littéraires et philosophiques ? Aujourd'hui, nous ne savons guère où nous mène la révolution de l'information, nous savons simplement qu'elle nous emporte à une vitesse exponentielle et qu'elle n'épargnera point « le système » et les systèmes établis. Les industries culturelles s'effritent dans le tourbillon numérique, le parti républicain ne se relève toujours pas du KO infligé par l'Obamarketing, la cybersécurité confond affaires militaires et affaires civiles dans un complet flou artistique, les ayatollahs sont pris de courts par une révolte aussi virtuelle que réelle....


Cependant, derrière le génie échappé de sa lanterne magique, se cache un diable à surveiller de près : l'infoguerre à coeur ouvert. Le « prêt-à-cyberpirater » entrera-t-il en action à la moindre contestation populaire ou au moindre conflit militaire ou irrégulier ? Si l'horreur des deux guerres mondiales et de la Shoah furent des monstruosités adjacentes de l'ère industrielle, que nous promet l'ère informationnelle : d'endémiques ou d'occasionnelles cyberguerres de moyenne ou grande intensité ? Des cybercrimes clés en mains à gogo ? Des armes ultimes cybernétiques ?

Imaginez un instant que les réseaux ministériels, administratifs, bancaires, téléphoniques et médicaux de votre pays soient paralysés suite à une grève dure ou à un agissement de votre armée sur un théâtre lointain. Au printemps 2007, l'Estonie fut victime d'une telle paralysie réseautique provoquée par des hacktivistes russes, le déboulonnement à Tallinn d'une statue commémorative datant de l'ère soviétique fut la cause ou le prétexte à une cyberattaque massive.

Ne l'oubliez pas : la merveilleuse micromachine dans votre poche ou sur votre table ne permet pas seulement de lire ces lignes, c'est à la fois un outil et une arme dépassant de loin la puissance computationnelle du projet Manhattan.


Believe the hype ?

Diplômé de Standford âgé de 27 ans, féru de technologie, chargé de la planification stratégique sous l'autorité de Richard Holbrooke (envoyé spécial en Afghanistan et au Pakistan), Jared Cohen est le plus jeune fonctionnaire du Département d'État. Quelques semaines après l'élection de Barack Obama, il organisa le sommet Alliance of Youth Movements à New York – sponsorisé par Facebook et HowCast, appuyé par la Voix de l'Amérique et l'Electronic Frontier Foundation – afin d'assister les jeunes activistes d'Amérique latine, d'Afrique, du Moyen-Orient et d'Asie dans leur usage des médias sociaux. Ce sommet aboutit à la création d'une plate-forme en ligne dédiée au cyberactivisme et à la cyberdissidence... Au nez et à la barbe de la répression gouvernementale grâce à un tutorial vidéo anti-censure disponible en page d'accueil.

Doit-on classer cette habile manoeuvre dans les opérations cyberpsychologiques, nouvelle passion de Richard Holbrooke et de Hilary Clinton ? Qu'en verront les gouvernements étrangers : une sournoise ingérence dans leurs affaires intérieures ou une manipulation e-médiatique de leurs administrés par l'impérialisme américain ?


Au matin du 15 juin 2009, Jared Cohen émit par téléphone et par e-mail une requête apparemment anodine auprès de Jack Dorsey, co-fondateur de Twitter : retarder la prochaine opération de maintenance et mise à jour de la fameuse plate-forme de microblogging afin que les contestataires iraniens « twittent » sans interruption. Dorsey accepta sans rechigner et reporta cette opération de deux jours.

Nous assistons donc à un tournant diplomatique et stratégique : forte d'une industrie logicielle et infomédiaire (Google, Microsoft, Yahoo!, Facebook, Myspace, LinkedIn, Flickr, Youtube, Twitter, etc) sans rivale, l'Amérique intègre ingénieusement le cyberactivisme et le support technique inhérent à sa politique étrangère. Ce n'est plus de la diplomatie, c'est de la gestion d'interfaces : l'une géopolitique, l'autre sociopolitique. Après tout, the Black President en sait long sur l'effet de levier de la technologie.

Devant grandement son élection à un marketing numérique remarquablement novateur, l'administration Obama ne fait pas que transmettre un savoir-faire accumulé sous l'égide de son charismatique et technoïde président : entre idéal démocratique et opérations psychologiques, elle diffuse ce Manifest Destiny typiquement américain par le biais des médias sociaux; et ce, conformément au récent discours du Caire dans lequel Barack Obama s'engagea à dialoguer positivement avec le monde musulman et à favoriser la démocratie au Moyen-Orient. Vaste programme.

D'une certaine façon, l'Amérique emboîte le pas à la Russie qui intégra savamment un modèle d'infoguerre participative à sa stratégie guerrière globale, mis en oeuvre lors de son expédition militaire en Géorgie. Vladimir Poutine et Barack Obama seraient-ils des cyberstratèges insoupçonnés ?


Toutefois, le cas iranien appelle un sérieux bémol. Au plus fort de la crise post-électorale, la Maison Blanche s'était déclarée prompte à négocier avec la République islamique, quelque soit son dirigeant effectivement investi. Le report de l'opération de maintenance et mise à jour de Twitter ne peut être considéré comme une ingérence dans les affaires intérieures iraniennes. Si Ali Khamenei avait un tant soit peu surfé sur le web perse, il aurait vite constaté une effervescence politique et sociale ne datant pas d'hier. Ses concitoyens activistes et cyberactivistes n'étaient guère manipulés par une puissance extérieure, leur contestation ad hoc n'est qu'un pur produit de ce que Howard Rheingold appelle « foules intelligentes », celles bénéficiant de l'hyper-connectivité et de l'hyper-mimétisme prodiguées par les technologies de l'information et de la communication.

Dès lors, les affirmations du Guide suprême au sujet de quelque complot latent fomenté depuis l'étranger sonnent creux. L'argument conspirationniste n'est-il pas un classique de la rhétorique ayatollacratique ?


Le fer est dans le fruit

Lors de cette crise post-électorale, l'ayatollacratie fut confrontée à son plus tragique dilemme cornélien :

  • entériner des résultats électoraux très contestés et céder à un gouvernement alors perçu comme illégitime,

  • ou céder à la rebellion populaire et lire les pages nécrologiques de leur propre régime.

En fait, les ayatollahs se sont un peu retrouvés dans la posture du Chah qu'ils ont renversé trente ans plus tôt, ayant toutefois l'immense mérite d'avoir implanté d'immenses volets démocratiques dans un système théocratique. En entérinant les résultats électoraux, Ali Khamenei a choisi son ennemi : plutôt le peuple perse que l'État pasdaran dans l'État. Ce dernier ayant obtenu une victoire très suspecte (exemple : le score triomphant d'Ahmadinejad dans la province natale d'un Mousavi parlant farsi avec un léger accent azéri !), l'ayatollacratie ne risque-t-elle pas d'être débordée puis dévorée par un coup d'État pasdaran permanent ?

Apparemment, les dirigeants iraniens n'ont pas encore perçu une réalité brutalement appréhendée quelques mois plus tôt par leurs homologues du Pakistan voisin : le pire ennemi d'une démocratie incertaine et/ou puissance régionale nucléaire est d'abord intérieur.

Pourquoi ne pas offrir un satanique Blackberry ou un diabolique iPhone au Guide suprême afin qu'il e-maile ou chate en toute convivialité avec Mikhail Gorbatchev et le Général Musharraf ?


En savoir plus :

  1. Wired : Web Attacks Expand in Iran’s Cyber Battle

  2. The Guardian : Iran widens jamming of BBC as Revolutionary Guard cautions bloggers

  3. Wired : Tehran Threatens Bloggers, ‘Deviant News Sites’

  4. The Christian Science Monitor : Iranian media crackdown prompts Tweets and blogs

  5. Nextgov : Activists call on U.S. to provide unfettered Internet access to Iranian citizens

  6. New York Times : With a Hint to Twitter, Washington Taps Into a Potent New Force in Diplomacy

  7. Howard Rheingold : Foules Intelligentes (M2 Editions)

  8. Électrosphère : Le négociateur, le provocateur et le franc-tireur


9 commentaires:

Anonyme a dit…

PAR YADAVEH, TU ES FAIT CHEVALIER DE DJENDI

DanielB a dit…

"Pourquoi ne pas offrir un satanique Blackberry ou un diabolique iPhone au Guide suprême afin qu'il e-maile ou chate en toute convivialité avec Mikhail Gorbatchev et le Général Musharraf ?"

Votre article tres interresasnt est cependant marqué par un mepris qui denote que par certains points vous êtes aussi obscurantiste que ceux que vous denoncez !

Comme vous le mentionnez , il existait des " sites officiels " et un " reseau centralisé " qui montre que les " clericaux " sont parfaitement au fait des enjeux de la revolution numerique et de ses possibilités d'utilisation en temps qu' arme de guerre ou arme politique .
Vous oubliez aussi que les " obscurantistes " d'Al-Quaida ont largement utilisé le web pour communiquer , utilisant des messages cryptés dans des photos , et que le 11 septembre ne s'est pas fait en utilisant un sabre ou une pierre mais en pilotant un avion de ligne !
Je vais vous raconter cette anectodote qui j'espére vous fera reflechir !
Elle est tirée du livre de Benoist-Mechin sur Ibn-Seoud .
Lorsqu'il fut question de mettre en place le telephone en Arabie Seoudite , les imnams Whabbites s'opposérent à ce " modernisme diabolique " et Ibn-seoud fit alors lire des versets du Coran lors du premier esasi de telephonie filaire en Seoudie .
Le conseil des imamns decreta alors que le telephone devait être installé sur tout le territoire ...........
Vous oubliez aussi que les " obscurantistes religieux " Iraniens en exil à Paris utiliserent la radio onde-courtes et les K7 pour propager leur revolution .

En resume , vous pensez que seule la " branchitude occidentalisée " est capable d'utiliser ces " outils de la modernite " alors qu'en realité des regimes " dictatoriaux " en sont aussi capables et sont à même , dans le cas d'un pays comme l'Iran , de mobiliser les ressources en personnel et en materiel pour se livrer à une " contre - guerre " .


Votre article pêche aussi par le fait que ces " outils de la modernité " ne sont accessibles qu'à une frange limitée de la population et que même si l'Iran est connu pour l'activisme de sa blogosphère , il n'existe pas moins un réel " fossé numerique " , voir même un " apartheid numerique " entre les couches les plus éduquées et " occidentalisées " de la population et la " plebe obscurantiste " .
Ce fossé numerique fait que le seuil critique necessaire à un mouvement capable de renverser un regime dans un pays de 75mio d'habitants est loin d'être atteint . Bien sûr , on pourrait discuter de la pertinence d'une " elite revolutionnaire " capable de " changer le cours de l'histoire " , mais là c'est un autre sujet .

Cordialement

Daniel BESSON

DanielB a dit…

"Pourquoi ne pas offrir un satanique Blackberry ou un diabolique iPhone au Guide suprême afin qu'il e-maile ou chate en toute convivialité avec Mikhail Gorbatchev et le Général Musharraf ?"

Votre article tres interresasnt est cependant marqué par un mepris qui denote que par certains points vous êtes aussi obscurantiste que ceux que vous denoncez !

Comme vous le mentionnez , il existait des " sites officiels " et un " reseau centralisé " qui montre que les " clericaux " sont parfaitement au fait des enjeux de la revolution numerique et de ses possibilités d'utilisation en temps qu' arme de guerre ou arme politique .
Vous oubliez aussi que les " obscurantistes " d'Al-Quaida ont largement utilisé le web pour communiquer , utilisant des messages cryptés dans des photos , et que le 11 septembre ne s'est pas fait en utilisant un sabre ou une pierre mais en pilotant un avion de ligne !
Je vais vous raconter cette anectodote qui j'espére vous fera reflechir !
Elle est tirée du livre de Benoist-Mechin sur Ibn-Seoud .
Lorsqu'il fut question de mettre en place le telephone en Arabie Seoudite , les imnams Whabbites s'opposérent à ce " modernisme diabolique " et Ibn-seoud fit alors lire des versets du Coran lors du premier esasi de telephonie filaire en Seoudie .
Le conseil des imamns decreta alors que le telephone devait être installé sur tout le territoire ...........
Vous oubliez aussi que les " obscurantistes religieux " Iraniens en exil à Paris utiliserent la radio onde-courtes et les K7 pour propager leur revolution .

En resume , vous pensez que seule la " branchitude occidentalisée " est capable d'utiliser ces " outils de la modernite " alors qu'en realité des regimes " dictatoriaux " en sont aussi capables et sont à même , dans le cas d'un pays comme l'Iran , de mobiliser les ressources en personnel et en materiel pour se livrer à une " contre - guerre " .


Votre article pêche aussi par le fait que ces " outils de la modernité " ne sont accessibles qu'à une frange limitée de la population et que même si l'Iran est connu pour l'activisme de sa blogosphère , il n'existe pas moins un réel " fossé numerique " , voir même un " apartheid numerique " entre les couches les plus éduquées et " occidentalisées " de la population et la " plebe obscurantiste " .
Ce fossé numerique fait que le seuil critique necessaire à un mouvement capable de renverser un regime dans un pays de 75mio d'habitants est loin d'être atteint . Bien sûr , on pourrait discuter de la pertinence d'une " elite revolutionnaire " capable de " changer le cours de l'histoire " , mais là c'est un autre sujet .

Cordialement

Daniel BESSON

Electrosphère a dit…

@ Daniel Besson,

L'obscurantisme commence quand une note d'humour/d'ironie est aussitôt abusivement interprétée. Pour vous faire plaisir, je change quelque peu mon fusil d'épaule. A défaut d'un diabolique iPhone ou d'un satanique Blackberry, on peut aussi offrir un démoniaque netbook ou un impur Gphone (Android) à Ali Khamenei, l'interface du premier est plus élargie, les applications en ligne Google (comme Youtube et Blogger) sont d'emblées intégrées au second. N'est ce pas, à vos yeux, moins insultant pour le Guide suprême ?

Si les cléricaux sont autant informés des possibilités de la technologie numérique, il n'empêche guère qu'ils sont complètement surpris voire dépassés par la contestation en ligne et dans les rues. A moins que je ne sois victime d'un complot multimédiatique occidental. Apparemment, malgré l'architecture télécoms/internet centralisé de l'Iran, les fameux cléricaux n'ont pu anticipé ou même étouffer l'hacktivisme, le cyberactivisme et l'information en temps réel sur événements dans les rues de Téhéran... Le pouvaient-ils réellement ? Peut-être, peut-être pas, mais ce n'est toujours guère le cas après une semaine de crise post-électorale...

NB : L'Arabie Saoudite n'est point l'Iran, et ce, sur les plans politique, socioculturel et même technologique ! Votre comparaison ou votre évocation hautement enrichissante sur ce fait technologique et politico-religieux en Arabie Saoudite est grandement hors-sujet. Encore plus pour l'usage du net par Al-Qaïda relevant essentiellement (mais pas uniquement) de la mobilisation/galvanisation en ligne

Où ai-je prétendu ou même insinué dans cet article que "seule la branchitude occidentalisée est capable d'utiliser ces outils de la modernite" (sic) ? Par ailleurs, je n'ai guère évoqué un quelconque renversement du régime dans ces lignes, j'ai plutôt focalisé sur le rôle de l'internet et du multimédia mobile dans la contestation post-électorale, et sur d'éventuelles menaces - parmi d'autres ! - auxquelles le régime sera confronté. Pour le reste, laissons l'Histoire suivre son cours et observons. Que peut-on faire de plus ?

Amicalement

PS : Relisez attentivement l'article avant de foncer dans le tas. Je serai heureux de lire votre contribution sur le même sujet, surtout s'il comporte une dose d'humour voire de sarcasme...

Anonyme a dit…

Tous d'abord bravo pour le travail que vous effectuer, votre site fait maintenant parti de mes favoris.
J'ai trouvé un lien qui peut ètre peut vous intéréssé concernant la cybersécurité:

http://www.theatrum-belli.com/archive/2009/06/24/les-usa-se-dotent-d-un-commandement-militaire-dedie-a-la-cyb.html#more

DanielB a dit…

Bonjour ,


" Si les cléricaux sont autant informés des possibilités de la technologie numérique, il n'empêche guère qu'ils sont complètement surpris voire dépassés par la contestation en ligne et dans les rues. A moins que je ne sois victime d'un complot multimédiatique occidental. Apparemment, malgré l'architecture télécoms/internet centralisé de l'Iran, les fameux cléricaux n'ont pu anticipé ou même étouffer l'hacktivisme, le cyberactivisme et l'information en temps réel sur événements dans les rues de Téhéran "

Ils semblent même que ces religieux retardataires aient anticipés ce genre d'offensives :

http://www.zdnet.fr/actualites/internet/0,39020774,39700501,00.htm?xtor=RSS-1

J'ai cite l'Arabie Seoudite uniquement pour montrer que le lien que vous faites ( implicitement ) entre democratie et " modernite" ( technologique ) n'existe pas et que les " obscurantistes " sont aussi capable d'utiliser les technologies de l'information les plus modernes (de leur temps ) .

Concernant la technologie , il semble d'autre part que le verbe ( et l'image ) Khameinyien , diffusée par l'Hertzien analogique de la television d'Etat a considerablement reduit le nombre de sympathisants de cette " revolution verte " .
Les "manifestations de masse" , dont je m'etonne qu'on ne nous ai pas fourni d'images satellitaires comme pour celle du Hezb' en 2006 , ont fondu comme peau de chagrin des que les " moderes " , ou ceux qui se sont joint aux manifesations par ce que comme tout le monde ils ont quelque chose à reprocher au regime en place ( un Pv par exemple ! ) ont compris les enjeux .
Or la Tv Hertzienne est regardée par les " masses " et atteint donc plus de personnes .........
Il ne reste donc plus pour manifester que cette " branchitude twittée " qui tournait en rond au sein de ses reseaux mais qui n'arrivait pas à agglutiner d'autres sympathisants .
C'est du moins mon interpretation ..........
C'est bien de diffuser des images sur You Tube d'une pôvre etudiante ensanglantée mais si la " plèbe " est dans l'impossibilité de les regarder , l'effet de mobilisation des " masses " sera proche de zero !

Pour le reste, laissons l'Histoire suivre son cours et observons. Que peut-on faire de plus ?

C'est le plus sage ...........

Cordialement

Daniel Besson

padawane113@hotmail.fr a dit…

Ps : Un petit complement .
La " revolution verte " n'est pas la première " revolution Twittée " ( Moldavie )
L'idée d'utiliser les reseaux sociaux non plus .
C'est une vieille idée de Gene Sharp qui date d'au moins 40 ans .
De même que le concepte de " foule intelligente " , Jean Marie Domenach
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Marie_Domenach
parlait deja de " massification de l'individu " avec l'avenement de la radio dans les années 30 et son utilisation par les " regimes totalitaires "
Toutefois croire que les " obscurantistes " restent sans reagir devant ces progres technologiques est une vision de l'esprit .
Les " evenements " survenus en Moldavie ont certainement du orienter les chefs politiques Iraniens sur la nature d'une eventuelle attaque et donc sur les moyens necessaires à mettre en oeuvre pour les contrer .
Comme toujours , une fois l'effet de surprise passé , si la decision n'a pas été emportée alors il faut esasyer de " passer en force " .
Les caracteristiques de ces " revolutions colorées " reposent sur le postulat que la repression des forces de maintien de l'ordre ne pourra pas avoir lieu du fait de la mediatisation des protestations ( En fait , on dit aux manifestants qu'il n' y aura pas de * nouveau Tien An Men" * ).
Or des que la couverture mediatique est suffisemment basse , par un filtrage par exemple , ce postulat ne tient plus ..........
Le probleme des " revolutionaires de velours " est donc d'assurer la couverture mediatique de leur revolte sur la longueur , à la fois pour se proteger mais aussi de crer par " agluttinement " , la " masse critique " pour renverser le regime honni ou alors de disposer de cette masse critique au depart .
Sur le concept d' " arme de la resistance " , je suis des plus sceptique !
Les differents reportages sur ces " revolutionnaires " me laissent penser qu'ils ont plus le profil de candidats à l'exil comme urgentiste dans un CHU de Province ou assistants de TP dans une faculté que comme activistes .

Codialement

Daniel BESSON

Electrosphère a dit…

@ Daniel B

Encore une fois, vous mentionnez ou évoquez des faits ou des éléments ne figurant point dans cet article Exemple : des obscurantistes décrits comme inaptes en technologie.

Sous peu, vous m'affirmerez qu'il n'y avait personne dans les rues de Téhéran durant la crise post-électorale... On peut donc se demander pourquoi Khamenei a autant aboyé et Ahmadinejad mordu par la suite. En matière d'anticipation d'une contestation populaire, les "cléricaux" (comme vous dites) ont encore énormément de progrès à faire. "La plèbe" perse - notamment celle paysanne - n'a peut-être pas vu, mais celle urbaine (70% des Iraniens vivent dans les moyennes/grandes villes) ne s'en est guère privée. Idem pour le reste du monde, et c peut-être le plus important.

N'oublions pas que l'Iran n'est point un adepte des révolutions fulgurantes : plus d'un an de tumulte a été nécéssaire pour que la révolution islamique exile le Chah. La nation perse verse plutôt dans des révolutions lentes/profondes permettant à chaque partie de ne point perdre la face. La rue ayant fait son oeuvre, les cercles politiques et ayatollacratiques entrent peu à peu en action. Comment cela évoluera ? On ne sait pas. Regardons.

Par ailleurs, les révolutions colorées se multiplient grâce notamment - mais pas uniquement ! - aux bienfaits de la technologie (téléphonie/internet mobile, Web 2.0, etc). Vous focalisez sur "l'obscurantisme et la modernité", thème vous tenant apparemment à coeur mais hors-sujet ici. Pour ma part, je focalise sur le lien entre hyper-connectivité/hyper-mimétisme (par le biais des TIC) et aspirations démocratiques de plus en plus prononcées de par le monde.

La révolution twittée moldave, je connais. Mais, je rédige un article blog pas des cahiers de l'Histoire. En outre, la révolution, ou plutôt la contestation Web 2.0 iranienne a eu beaucoup plus d'impact médiatique à l'échelle internationale (Ex : la Moldavie n'intéréssait guère les Américains qui, cette fois, ont découvert la jeunesse iranienne), a révéillé plus de mouvements cyberactivistes et hacktivistes de par le monde et de surcroît donné lieu à une profusion (plus massive qu'auparavant) d'un "prêt-à-cyberpirater politique". Lors de la révolution moldave, l'administration Bush moins technoïde avait nettement moins bien appréhendé les multiples potentialités du Web 2.0 que l'administration Obama qui a su profiter de cette crise iranienne pour peaufiner quelque peu la part "cyber" de sa diplomatie, à défaut d'avoir qq influence sur la scène iranienne. Faut pas rêver non plus !-) C'est cette combinaison de facteurs qui a suscité mon intérêt, pas un fait ou un élément en particulier... à fortiori ne figurant point dans les lignes ci-dessus.

Gene Sharp, J-M Domenach... Prolifiquement intéréssants ! Que cela ne nous empêche point - ou plutôt ne m'empêche point - de procéder à quelques mises à jour en matières de références. Pour une simple et bonne raison parmi tant d'autres : la radio et la TV ne sont pas interactives.

Cordialement

Nicolas a dit…

Vous oubliez que ces nouveaux médias internet sont des armes à double tranchant, dans la mesure où ces réseaux virtuels sont étroitement contrôlés par ceux qui les manipulent (la CIA est derrière Facebook et Twitter (1) ), en fonction d'intérêt géostratégiques assez éloignés des préoccupations humanitaires de ceux qui tapottent fébrilement des messages "révolutionnaires" sur leurs claviers. Tout cela ressemble fort à de la manipulation de masse au profit des gens qui déterminent les nouveaux modes de pensée et de fonctionnement des masses totalement tributaires des outils de communication que l'on veut bien leur prêter au prix d'une transparence absolue des identités difficilement compatible avec le secret inhérent aux véritables conspirations. Comment pouvez-vous croire un seul instant au caractère spontané de telles opérations sur le web, alors que dès le départ elles ont été initiées et orchestrées par des agents sionistes au profit de puissances étrangères en guerre larvée avec l'Iran? Les Etats-Unis se sont surtout faits remarquer par les échecs magistraux de ces multiples révolutions "spontanées", que ce soit dans les Balkans, en Ukraine, dans le Caucase, enfin dans toutes ces régions qui servent de terrain de confrontation entre l'Eurasie et l'empire anglo-saxon affublé de son encombrant allié sioniste décidément trop voyant. Les précédents des malheureux coups d'Etat dont a pâti la nation iranienne n'étaient certainement pas de nature à faire croire à une quelconque volonté du peuple iranien de se débarrasser des tyrans que les Etats-Unis et la France ont été les premiers à porter au pouvoir. Il y a donc encore bien du chemin à faire avant que le web serve de plateforme "indépendante" à un soulèvement populaire capable d'emporter un régime politique bénéficiant d'une forte assise populaire. Considérez par exemple ce qui se passe tous les jours dans les rues de Tbilissi, où la population fait le siège des institutions. Ces gens n'ont pas les moyens financiers d'animer des réseaux sur Facebook ou Twitter (nombreux sont ceux qui doievnt emprunter pour s'acheter un simple téléphone portable) et pourtant le régime est tout proche de la chute. Les censeurs d'Internet, ceux qui bloquent ou ouvrent les réseaux à leur guise, n'ont apparement pas encore réussi à convaincre les masses laborieuses de la pureté altruiste de leurs intentions. Che Guevara aurait sans doute déconseillé l'utilisation de l'Iphone 3G comme moyen de propagande révoutionnaire...

(1) http://www.youtube.com/watch?v=BWdyyAtsK6I&eurl=http://warofillusions.wordpress.com/2009/06/18/the-iranian-soft-coup-under-the-microscope/&feature=player_embedded