mercredi 25 novembre 2009

Identité nationale sans histoire-géographie ?


Quand les choses prennent une tournure aussi tragique qu'ubuesque. Résumons. Le Ministère frenchy de l'Éducation tationale a décidé de supprimer l'histoire et la géographie comme matières obligatoires en classe de terminale scientifique (bac S). Aussitôt, mes alliés Athéna et Moi, EGEA et La Plume & le Sabre dégainèrent plus vite que leurs ombres. À juste titre. Quand on est membre d'Alliance Géostratégique, c-à-d féru de géopolitique et de stratégie depuis l'adolescence, on positionne immédiatemment Yongbyong, Ispahan, Luanda et Juarez sur la carte.


Cependant, c'est à l'aune de « l'identité nationale » et de la globalisation que j'apprécie particulièrement la suppression de ces deux matières scolaires dans la filière scientifique.

Je reprend ici les récents propos de Jacques Attali dans son blog :

    « L’identité, c’est comme l’amour : plus on le théorise, moins on sait ce que c’est. Et, en général, on en débat d’autant plus qu’on ne sait plus le vivre.

    [...]

    Six éléments caractérisent l’identité d’un peuple, quel qu’il soit : un territoire, une langue, une culture, des valeurs, une histoire, un destin commun. Aucun de ces éléments n’est stable. Tous évoluent avec le temps. La France fut chrétienne ; elle est laïque. La France fut monarchiste ; elle est républicaine. Et aujourd’hui, toutes ces dimensions sont remises en cause par le mouvement du monde : l’effacement des frontières, en particulier en Europe, remettant en cause l’idée même d’un territoire identitaire ; le nomadisme croissant des Français comme des étrangers ; la présence croissante, sur le territoire national, d’autres langues, d’autres cultures, d’autres façons de vivre ; l’universalisation des valeurs, autour des droits de l’homme et de liberté individuelle, qui en fait disparaitre le caractère national; et, enfin, dans l’individualisme ambiant, l’incertitude quant à l’existence d’un destin commun .

    […]

    De tout cela il résulte que, à terme, la seule chose qui définira durablement l’identité d’une nation, c’est sa langue, et la culture, la façon de penser le monde, qu’elle implique. La langue française conduit à penser, à écrire, à vivre, de façon claire, simple, directe, précise, logique, binaire. Elle trouve sa source dans l’harmonie des paysages et conduit à une symétrie des mots, à un équilibre des concepts, qu’on trouve déjà dans les textes des inventeurs de cette langue, de Rachi de Troyes à Blaise Pascal, de Chrétien de Troyes à Montaigne, de Marcel Proust à Léopold Senghor.


D'ores et déjà, la langue française agonise dans le secondaire : « Si 14% s'en tirent avec la moyenne, un élève sur deux a fait plus de 15 fautes, et un élève sur trois plus de 20 ! 80% de ces fautes sont des fautes de conjugaison et de grammaire, c'est-à-dire des fautes qui concernent la logique même de la langue. »

La suppression de cette dictée quasiment jugée « traumatisante » est de plus en plus évoquée. Au fait, où est passée la fameuse dictée de Bernard Pivot ? Dans la trappe de la « bienpensance » ou sous les roues du bulldozer mercatique ? Comment penser sa propre culture, percevoir le monde et agir en conséquence lorsque la langue est autant négligée dans l'apprentissage comme dans l'enseignement ?

Ne nous leurrons point : stress du bac scientifique oblige, les ados en phase terminale délaisseront bel et bien les options histoire et géographie afin de consacrer plus de temps aux mathématiques, à la physique, à la chimie et à la biologie. Pourtant, ces probables scientifiques ou techniciens seront tôt ou tard plongés dans des enjeux sci-tech aujourd'hui complètement pluri-nationaux, européens et/ou globalisés : environnement, épidémiologie, transports, espace, recherche & développement, gestion des risques et des crises, etc.


Profitez donc de cette triste occasion pour acquérir illico les manuels d'histoire, de géographie et de dictée à leurs prix normaux : dans quelques années, seuls les collectionneurs se les arracheront à prix d'or. À quoi bon débattre d'une identité nationale dont les matières premières se négocieront aux enchères sur eBay ?


En savoir plus :

  1. Athéna et Moi : Comment les terminales S vont répéter les erreurs du passé

  2. EGEA : Pour l'histoire et la géographie obligatoire en terminale S

  3. La Plume et le Sabre : La suppression de l'Histoire et de la Géographie du programme des terminales S, une erreur dramatique

  4. Jacques Attali : Le génie du français

  5. TF1/LCI : Education - Dictée : naux enphan son nulle !


1 commentaire:

Arnaud a dit…

Ayant fait des études qui abordent l'enseignement (des sciences), je puis affirmer que le problème de transmission de la connaissance est identifié et clairement compris depuis au moins les années 30, c'est-à-dire Bachelard. La France est un système élitiste = qui ne se comprend pas et sélectionne sur le tas, avec bien entendu la constatation que les ingénieurs font des ingénieurs, etc... Pour reprendre sur Bachelard, étant donné ce qu'il dit sur le passage de la connaissance commune à la connaissance scientifique, le fait que la seconde se différencie de la première par l'implication directe d'une pensée (exemple spectromètre qu'on ne peut construire/comprendre/interpréter sans théorie non intuitive au contraire d'une balance)et qu'au final la pensée scientifique participe à la création des processus qu'elle étudie, on peut en conclure que toute civilisation s'appuie sur le passage d'une vie "sauvage" basée sur les pulsions et instincts primaires, à un "savoir-vivre" basé sur des éléments intellectuels, la langue en premier lieu, les éléments culturels, etc... Donc en effet, l'abandon de la maitrise de la langue sans que personne ne semble s'en émouvoir n'est ni plus ni moins qu'un abandon de la civilisation (pour faire vite). Mais le capitalisme va nous savez !