vendredi 11 décembre 2009

Laïdi : « Obama est une marque, les États-Unis une puissance »



Au-delà de la polémique entourant le Prix Nobel de la Paix du président américain Barack Obama, lisons Zaki Laïdi, directeur de recherches à Sciences-Po :


« Le monde n'est que très imparfaitement multipolaire et la diplomatie américaine ne cherche guère à le promouvoir. [...] On est donc très loin d'une multipolarité économique où les différents pôles auraient une puissance équivalente. De surcroît, puissance économique et puissance politique sont loin d’être mécaniquement corrélées [...]

Sur le plan stratégique, il y a une superpuissance militaire qui dépasse très largement toutes les autres (États-Unis), une puissance montante (Chine), une puissance qui vit essentiellement sur son passé et ne parviendra à maintenir son rang que si ses ressources énergétiques lui permettent (Russie) et une infinité d'acteurs d'envergure moyenne dont la capacité de projection reste encore très faible. [... ]

L'Europe est la seule région du monde qui refuse d'accroître ses dépenses militaires, comme si les Européens avaient une fois pour toutes décidé de sous-traiter leur défense aux États-Unis. Enfin, même dans les situations où les États-Unis se trouvent en difficulté (Afghanistan, l’Iran) on est frappé de voir qu’aucun autre grand État au groupe régional n’est en mesure de proposer une stratégie de sortie de crise différente de celle des Américains. Au niveau européen il n’existe à peu près aucune concertation politique sur le sujet et une incapacité tout aussi grande à peser sur le choix américain sinon en résistant aux pressions de Washington pour envoyer de nouveaux soldats. [...]

On ne voit donc pas pourquoi Washington accepterait une structuration « multipolaire » de l'ordre mondial alors que sur les trois plans que nous indiquons, ils continuent à disposer d'un avantage sensible sur tous les autres acteurs. On comprend donc pourquoi l'administration Obama préfère parler de multi partenariats plutôt que de multipolarité. [...]

Ce que l'administration Obama cherche à faire sera de rester au cœur du jeu mondial en faisant de la place aux autres tout en veillant à prévenir soit la constitution d'une coalition qui pourrait sur un dossier particulier lui forcer la main comme vient de le prouver la Déclaration de Singapour (changement climatique), soit d'un challenger qui voudrait prendre leur place (Chine). Naturellement la structure du système international est par définition évolutive et la seule volonté des acteurs ne suffit pas à geler le jeu. Mais on aurait tort de sous-estimer l'influence américaine après l'avoir exagérément surestimée et encore plus tort de penser qu'ils ont renoncé à rester les maîtres du jeu. Si M. Obama est une marque, les États-Unis restent une puissance. »



Dans quelques jours, j'aborderais plus longuement - dans Alliance Géostratégique - les mésaventures afghano-pakistanaises d'Obama, de l'OTAN et de l'Europe.

1 commentaire:

MGN a dit…

Intéressant, voilà quelques observations lucides sur la réalité des grandes puissances stratégiques.

(Plus trivialement, j'observe que Mr Cool porte un étui de ceinture, censé être un repoussoir pour la gente féminine. Ce grand président va sans doute faire bouger les lignes de la mode masculine.)

Impatient de lire ce fameux billet sur l'AGS.