mercredi 22 décembre 2010

Best of 2010... et Heureuse Année 2011 !

US Navy : les sous-marinières embarquent

Renseignement : du télégénique à l'éthique

Une cyberguerre froide dans la Cité Interdite

Le guide stratégique de David contre Goliath

Les traders virtuels préfèrent la microseconde

Esther Duflo : des expérimentations aléatoires contre la pauvreté

La guerre low cost du Terminatrix

Les robots Adam et Eve font de la recherche scientifique

La propriété intellectuelle, arme de dissuasion

Le micro-drone Anubis tuera propre et net

La bombe nucléaire pour les nuls

Out of Africa, Inside Africa

L'US Air Force rêve d'un drone cargo

Wikileaks, ennemi public 2.0 ?

Vers un appui aérien sur commande ?

Vers une mort programmée des blogs et webzines stratégiques ?

Pourquoi les guerres s'éternisent

Vous rêvez de devenir astronaute ?

Le fantasme du bouclier cybernétique

Invincea virtualise votre sécurité en ligne

Qui a cyberpiraté l'Iran nucléaire ?

La cyberéducation a (presque) tué l'enseignant

Les hommes régissent, les femmes subissent

Infrastructures vitales et cybersécurité (avec Arnaud Garrigues)

Évolution artificielle et jeux vidéo

L'ECoG décode les pensées en mots

La technologie tue les classes moyennes

Hatsune Miku, popstar virtuelle en tournée réelle

Votre robot-masseur, Lady...

Stuxnet, l'Iranium, l'info et l'intox

Charles Bwele, prix Marcel Duval 2010


Chers lecteurs / contributeurs d'Electrosphère et d'Alliance Géostratégique, je vous souhaite un Joyeux Noël et une Heureuse Année 2010 !



samedi 4 décembre 2010

Charles Bwele, prix Marcel Duval 2010

Votre serviteur a obtenu le prix Amiral Marcel Duval 2010, décerné le 1er décembre à l’Ecole Militaire de Paris par la Fondation de France et la Revue de Défense Nationale qui ont particulièrement apprécié mon article Peut-on dissuader dans le cyberespace ? dans lequel je proposais « une dissuasion cybernétique en aval, basée sur la résilience plutôt que sur la résistance des systèmes d’information critiques ».

Le Pr George Henri-Soutou, Charles Bwele et le Général Bernard Norlain à l'Ecole Militaire de Paris


J'espère avoir ouvert une piste de réflexion que maints experts en cybersécurité s'empresseront d'emprunter. Je remercie infiniment la Revue Défense Nationale – dont la qualité ne cesse de s'améliorer – pour cette récompense... ainsi que tous mes amis d'Alliancegeostrategique.org qui m'ont joyeusement encouragé.

Lire l'annonce officielle dans la Revue Défense Nationale.


jeudi 2 décembre 2010

Stuxnet, l'Iranium, l'info et l'intox

J'avais longuement évoqué l'affaire Stuxnet quelques mois plus tôt dans mon article « Qui a cyberpiraté l'Iran nucléaire ? » (AGS) et brossé une petite prospective sécuritaire / militaire... qui a certainement fait hurler les blogs amis Pour Convaincre et CIDRIS Cyberwarfare.


Depuis, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts. Le lundi 30 novembre 2010, le président Mahmoud Ahmadinejad avait officiellement annoncé que son pays cessait temporairement ses activités d'enrichissement de l'uranium. Un fait ensuite confirmé par l'AIEA. Tout porte à croire que le malware Stuxnet a provoqué de sérieuses nuisances dans l'usine d'enrichissement de Natanz.


Cependant, dans une affaire mêlant enjeux nucléaires et cybersécuritaires, désinformation, sensationnalisme et risque de biais font très bon ménage.


En effet, les dégâts causés par Stuxnet à « l'Iranium » relèvent aujourd'hui d'une forte probabilité. La fameuse firme cybersécuritaire Symantec n'en démord guère : ce malware a été conçu pour déprogrammer des modèles particuliers de Contrôleurs Logiques Programmables ou PLC (fabriqués notamment par Siemens) actionnant les énormes turbines de centrifugeuse à gaz. Le dysfonctionnement ou la cassure d'une de ces turbines nuirait au bon fonctionnement de la centrifugeuse et entraverait de facto un enrichissement convenable de l'uranium. Par ailleurs, ce ver peut réinfecter des machines après leur nettoyage et modifier drastiquement les fréquences de fonctionnement des moteurs électriques animant les centrifugeuses; et ce, après 13 jours d'observation de l'architecture complète des systèmes de contrôle de la centrale nucléaire visée. Quelle diabolique merveille !


L'expert allemand en cybersécurité Ralph Langner alias « docteur ès Stuxnet » estime que ce malware est comme « un chasseur F-35 qui surgirait dans un champ de bataille de la première guerre mondiale » du fait d'une sophistication de très loin supérieure à tous les malwares connus jusqu'ici. L'oeuvre d'un état ou d'un irrégulier ?


Toutefois, le régime iranien peut parfaitement utiliser l'affaire Stuxnet pour masquer des difficultés plus profondes, quasi inéluctables à toute puissance nucléaire en devenir. Cette suspension des activités d'enrichissement de l'uranium aurait-elle un lien avec le récent assassinat de deux « nucléo-ingénieurs » iraniens ? Dans un pays soumis à un embargo international particulièrement dur et plongé dans un marasme économique presque endémique, l'Iranium n'est-il pas nécessairement soumis à des difficultés commerciales et logistiques ? Les atomistes perses auraient-ils pressé le pas ou « bricolé » au point de causer maints dysfonctionnements dans leur programme nucléaire ?

L'Afrique du sud en sait quelque chose : soumise à un sévère embargo international à cause de l'apartheid et confrontée à une économie exsangue dans les années 80-90, son programme nucléaire et son industrie militaire firent face à d'innombrables difficultés politiques, techniques et logistiques. Corrélativement, ces multiples contraintes forgèrent l'opiniâtreté et la débrouillardise des ingénieurs nucléaires et militaires sud-africains ensuite très demandés « à l'export ». Peu à peu, Prétoria constata qu'elle n'avait point besoin d'arme atomique dans son environnement géostratégique.


Il en va tout autrement pour Téhéran qui veut la bombe atomique et l'aura très probablement. Mais l'Iranium, comme tout programme nucléaire, est d'abord plus sensible aux pressions politiques et aux difficultés logistiques qu'aux menaces cybernétiques... qu'on ne doit jamais sous-estimer : l'affaire Stuxnet démontre amplement que le hacking d'infrastructures vitales ne relève plus de la science-fiction ou de la prospective. Rien d'étonnant à ce que l'AIEA planche sur une division cybersécuritaire dédiée aux installations nucléaires.



mercredi 1 décembre 2010

Votre robot-masseur, Lady...


On dirait une grosse souris montée sur quatres roues gentiment dentées. Selon son fabricant Dreambots, le robot-masseur WheeMe opère nettement mieux sur les surfaces plus ou moins horizontales de l'anatomie humaine (dos, ventre, poitrine, fesses).

Sa batterie est rechargeable, il ne trébuche que très rarement et ne s'échine guère à (devoir) faire la conversation.



Déjà disponible en pré-commande, WheeMe fera sûrement un malheur dans votre chambre à coucher et sera certainement ce seul et unique rival de proximité... que vous adorerez, Gentlemen. Sa technologie sensuelle et efficace vous dispense d'une lourde tâche et vous permet donc de regarder la télé plus longtemps, de prolonger votre navigation sur le web ou de dormir plus tôt que d'habitude. Offrez-le à vos Ladies pour Noël : vous ne le regretterez pas.



mardi 30 novembre 2010

Terreur (d'État) dans le terminal

Je ne vois aucune objection aux scanners corporels et à l'identification biométrique dans les aéroports, pour peu que leur efficacité soit régulièrement évalué et avéré. Malheureusement, nous en sommes encore très loin. En outre, les états préfèrent très souvent être accusés d'en avoir trop fait plutôt que d'avoir croisé les bras. Vive la dérive ultra-sécuritaire !



L'opinion américaine étant prête à accepter tout et n'importe quoi au lendemain des attentats du 11 Septembre pour être réconfortée (la preuve par le Patriot Act), bon nombre de whistleblowers passèrent très souvent pour des anti-patriotes ou des traîtres. Parallèlement, le marché étatsunien de la technosécurité se chiffrait déjà à une centaine de milliards de dollars. Aujourd'hui, cette opinion fait sa mijaurée et découvre (enfin) à quel point la prolifération des mesures invasives génèrent de sérieuses nuisances logistiques, constituent de graves atteintes aux libertés individuelles... et une sacrée victoire psychologique pour les terroristes : passer d'un aéroport international à un autre relève de plus d'une expérience quasi carcérale.

Pourquoi ne pas voyager avec des uniformes oranges ou rayés prêtés par les compagnies aériennes, de surcroît, sans bagages à main ?


lundi 29 novembre 2010

Réducteurs de fracture numérique

Dans les zones rurales d'Afrique (comme d'ailleurs), le cybercafé est très souvent une rareté voire une technologie extraterrestre, contrairement au téléphone mobile qui beaucoup plus répandu. Malgré les taux de diffusion et de pénétration très élevés de la téléphonie mobile sur le continent africain, la fracture numérique est toujours aussi marquée : l'immense majorité des ruraux n'ont toujours pas accès aux webmails, aux messageries instantanées et aux réseaux sociaux.


Forgetmenotafrica a donc crée une plate-forme appelée eTXT. Il s'agit d'un Message Optimiser (MO) que les opérateurs africains de téléphonie mobile peuvent proposer à leurs clients afin que ceux-ci échangent SMS, emails et messages instantanés en toute simplicité. Point besoin de changer ses habitudes ou de télécharger une quelconque application. Un bonheur ne venant jamais seul, eTxt intègre également MSN Hotmail, Facebook et Google Talk. Que font donc Twitter et Yahoo! ?



Plus au nord, Nokia expérimente un boîte électronique universelle qui unifiera diverses plate-formes de communication (webmails, SMS, messageries instantanées, réseaux sociaux, microblogging, VoIP/ToiP, etc) dans une seule et même application / interface. Vivement la phase commerciale !

dimanche 28 novembre 2010

La ceinture de sécurité, ange ou fée ?


À mes yeux, le meilleur spot publicitaire recommandant le port de la ceinture de sécurité. Simple, efficace, émouvant. Par Sussex Safer Roads.


vendredi 26 novembre 2010

Des baby-boomers à la génération Y

We All Want to Be Young from box1824 on Vimeo.


Réalisé par le cabinet brésilien Box1824 spécialisé dans les sciences sociales, le documentaire We All Want To Be Young décrit les interactions entre la culture, la technologie, l'économie, le marketing, la société et la jeunesse, des années 60 à l'ère de Facebook. Une mise en scène très accrocheuse de 9 mn.



jeudi 25 novembre 2010

Infographie : produits d'esclavage


Le site Productsofslavery.org révèle les origines de 122 produits fabriqués dans 58 pays grâce au travail forcé d'adultes ou d'enfants. L'animation en page d'accueil et ce poster PDF valent le détour...


lundi 22 novembre 2010

Hatsune Miku, popstar virtuelle en tournée réelle

Entre l'holographie 3D et le jeu vidéo musical Guitar Hero, une popstar virtuelle en tournée réelle relevait depuis belle lurette d'une inéluctabilité... technologique ou artistique ?



Hatsune Miku est un avatar 3D féminin - à l'infographie typiquement manga - conçu par Crypton Future Media (Yamaha) qui « emploie la technologie de synthèse vocale Vocaloid avec différentes banques de voix enregistrées spécialement par des comédiens de doublage ou chanteurs. Pour créer une chanson, l'utilisateur doit entrer la mélodie, au moyen d'une interface représentant un clavier de piano ou en chargeant un fichier MIDI, et les paroles, qui peuvent être placées sur chacune des notes. Le logiciel peut modifier la prononciation (longueur des consonnes notamment), ajouter des effets tels que le vibrato, ou changer les nuances et le timbre de la voix. Tous les Vocaloids sont vendus comme des « chanteurs virtuels » (cf. Wikipedia).

Afin de prodiguer un degré de réalisme vocal à sa créature, Crypton Future Media a emprunté la voix de la chanteuse nippone Saki Fujita. Dans les plans rapprochés, le téléspectateur aperçoit la pixellisation inhérente à cette « vocaloïde » mais nul doute qu'il en soit autrement pour le spectateur. Aujourd'hui, Hatsune Miku compte plus de 45 000 fans sur sa page Facebook et commercialise sa petite collection de DVD/Blu Ray. Selon le blog Vocaloidism, la filiale de Yamaha planche actuellement sur une version anglo-saxonne de la chanteuse virtuelle. Parallèlement, le succès de l'application Vocaloid fut tel que Crypton Future Media a crée son label musical KarenT et la chaîne Youtube correspondante.



Côté pop-rock, j'ai une nette préférence pour Beth Orton, Radiohead, Martina Topley-Bird ou Gorillaz. Néanmoins, la JPop un tantinet adolescente de Hatsune Miku est loin d'être désagréable. En outre, je suis moins impressionné par ses qualités artistiques ou holographiques que par sa gestuelle et surtout par la réaction très positive de la foule face à cette popstar virtuelle accompagnée de musiciens biologiques. Au fait, débourserez-vous quelques euros / dollars pour aller voir un hologramme 3D en concert ? Si oui, évitez d'en informer vos amis mélomanes ou musiciens.



En écoutant le superbe trip-hop funky du fameux label Ninja Tunes lors de la rédaction de cet article, je constatai à quel point mes oreilles sont longuement et profondément habituées à une musique de plus en plus électronique, de plus en plus assistée par ordinateur. Par ailleurs, bon nombre de popstars modernes me semblent être l'oeuvre conjointe de laboratoires scientifiques, d'agences de marketing et accessoirement de labels musicaux. Suite logique de la synthétisation et de la « technicisation » incessantes de la performance musicale, les vocaloïdes seront-ils le prochain cauchemar de l'industrie phonographique ?

Prochaine étape : une intelligence artificielle vocaloïde composant ses chansons en solitaire ou chantant sur scène avec des artistes de chair et de sang ?


samedi 20 novembre 2010

Ça roule en 3D


Une animation de la marque automobile Honda qui tourne à merveille. Avec un peu d'obstination et beaucoup d'espace, vous parviendrez au même résultat dans votre salon ou dans votre garage...

vendredi 19 novembre 2010

La technologie tue les classes moyennes

La technologie d'abord et la globalisation ensuite sont les plus cruels bourreaux des classes moyennes américaines. Tel est le verdict du professeur d'économie David Autor (MIT) dans son rapport intitulé The Polarization of Job Opportunities in the US Labor Market, qui devrait également intéresser les Européens.

Aujourd'hui, le marché américain du travail est essentiellement réparti entre des petits boulots mal payés (agents de sécurité, caissières, manutentionaires, etc) et des emplois hautement qualifiés et rémunérés (chercheurs, managers, juristes, etc) : d'où « une polarisation des opportunités d'emploi » et donc une érosion des classes moyennes.


Extrait du rapport évoqué plus haut (p.15), le graphique ci-dessous révèle une forte décroissance des opportunités et des revenus dans « la vallée centrale » des cols blancs et des cols bleus. Dans de nombreux pays européens, maintes études font état d'une souffrance accrue des classes moyennes, victimes d'un sérieux coup de frein dans leur progression salariale, d'une augmentation continue du coût de la vie (à cause notamment des dépenses obligatoires telles que l'électricité, l'eau, le gaz, l'alimentation, le transport, les impots & taxes qui plombent parfois plus de la moitié de leurs revenus) et surtout de la précarité endémique du marché de l'emploi.


Selon Jean-Marc Vittori, « les classes moyennes ont raison d’avoir peur. Car dans notre société, il n’y a plus rien de « moyen ». Plus de produits moyens, plus d’emplois moyens. Il ne reste que des gros moyens et des petits moyens. Tout ce qui ne grossit pas est condamné à maigrir. Il n’y a plus de stabilité. Il n’y a plus d’embellie assurée, plus d’amélioration automatique, plus d’escalier mécanique qui entraîne toute la société vers le haut. La révolution industrielle du XXIe siècle, celle des technologies de l’information, favorise la main d’oeuvre qualifiée : ceux qui savent se servir d’un ordinateur et manier les flux d’information. Du coup, le peloton social s’étire. La société ressemblait à une pyramide, où tous les échelons intermédiaires constituaient les classes moyennes. La révolution de l’information écrase le milieu ! Les uns sont propulsés vers le haut. Les autres descendent. À la pyramide succède un sablier. »


Des deux côtés de l'Atlantique, les économistes en appelent à une croissance keynésienne qui créerait des emplois, à une diminution de la pression fiscale... ou à l'augmentation de celle-ci pour les plus riches. Bref, rien de très novateur. Pour Autor, cette érosion des classes moyennes est moins le fait d'une Grande Récession commencée en 2008 que de processus d'automatisation ou d'externalisation (enclenchés dans les années 70) des tâches routinières qui furent autrefois l'apanage des cols blancs et des cols bleus. Malheureusement, bon nombre de ces tâches routinières ont été séquencées, numérisées et modélisées au point d'être exécutées par un ordinateur / un robot ou par un salarié d'un pays en développement. En clair, les compétences usuelles des classes moyennes sont devenues obsolètes à cause des effets combinés de l'automatisation et de la délocalisation... qui doit tout aux progrès des TIC et de la logistique.


Auparavant, ce furent les pompistes qui disparurent des stations d'essence alors complètement automatisées, et les laboratoires de développement photo qui vacillèrent face à l'expansion de la photographie et de la « photophonie » numériques. Aujourd'hui, des robots destinés aux chaînes de montage sont fabriqués par d'autres robots dans des usines peu ou pas éclairées; motif : point besoin d'ouvriers humains. L'automatisation et/ou la délocalisation des call centers et des hotlines a éliminé des armées de standardistes. Une assistante de direction munie d'un ordinateur portable, d'un « microcasque », d'une connexion sans fil et d'une suite bureautique donnerait des sueurs froides à ses consoeurs des années 80 ou 90. Demain, les caissières seront court-circuitées par les caisses automatiques et par la monétique mobile (paiement par téléphone mobile ou m-paiement) et deviendront une coquetterie voire un luxe réservé à certains points de vente. On peut également parier que des logiciels savamment conçus assureront la télésurveillance et la fouille des bagages.


Ainsi, à mesure que les technologies (informatique, TIC, robotique) gagnent en efficacité, des franges croissantes de cols blancs et de cols bleus sont appauvries ou marginalisées. Corrélativement, le processus schumpeterien de destruction créatrice (d'emplois) prend une tournure nettement moins romantique que celle décrite par la théorie économique : des techniciens faiblement rémunérés entretiennent des technologies élaborées par des ingénieurs chèrement payés. Entre ces deux classes socioprofessionnelles, règne un vide quasi absolu.


Des tournevis keynésiens et des bielles fiscales ne suffiront guère pour endiguer l'érosion des classes moyennes par la technologie, facteur trop souvent ignoré ou éludé par les décideurs politiques. Tout le monde ne pouvant être programmeur-développeur, chercheur en biotechnologies, avocat, designer, médecin, e-marketeur, assureur, conseiller financier ou ingénieur en robotique, une révision profonde des systèmes d'éducation et de formation s'impose. Cette révision devra faciliter l'émergence de cols blans et de cols bleus mieux adaptés à une ère où l'information sci-tech et les exigences de créativité immergent tous les métiers.


Au XXIème siècle, même un poète est tenu de maîtriser une suite bureautique, un navigateur web, plusieurs médias sociaux et quelques notions d'e-marketing afin de diffuser peu ou prou ses oeuvres payantes ou gratuites...


En effet, dans les démocraties (post-)industrialisées, les classes moyennes ont longtemps constitué la plus grosse part de la population active et ont toujours été le coeur de cible des politiques économiques. Leur situation socioéconomique et leurs perspectives globales conditionnent grandement « l'ambiance » et le destin d'une nation. Si rien n'est entrepris en Amérique du nord et en Europe pour remédier à leur érosion, l'équation suivante prendra vite forme : moins de classes moyennes = plus de pauvres = plus de frustration et d'insécurité = plus de populismes.

Et si le maintien des classes moyennes relevait d'une nécessité autant politique qu'économique ?


David Autor : The Polarization of Job Opportunities in the US Labor Market (PDF)



mercredi 17 novembre 2010

La guerre est (presque) un jeu vidéo

Du moins, elle y ressemble de plus en plus du fait de l'usage massif de drones radioguidés en Afghanistan et en Irak par l'armée américaine. L'immense majorité des missions de drones relève du renseignement, de la surveillance et de la reconnaissance (ISR) et une petite fraction de l'attaque au sol.



En regardant ces opérateurs manoeuvrer leurs drones, je repense d'abord à ces simulations aériennes d'arcade ou sur PC. Corrélativement, le drone incarne proprement (ou salement, selon le point de vue) une automatisation progressive de la conduite de guerre et une énorme distanciation - voire une séparation – entre l'acte de guerre et sa funeste conséquence.



Quelle sensation éprouve-t-on lorsqu'on détruit pyhsiquement des cibles (hommes, matériel) à une distance intercontinentale et en étant confortablement assis dans une salle high-tech climatisée ?



mardi 16 novembre 2010

L'ECoG décode les pensées en mots

Selon Interstices, « une Interface Cerveau-Ordinateur ou ICO (en anglais Brain-Computer Interface ou BCI) permet à son utilisateur d’envoyer des commandes à un ordinateur ou à une machine directement à partir de son activité cérébrale. […] Les applications principales des interfaces cerveau-ordinateur sont l’assistance à des personnes handicapées motrices (en particulier les personnes entièrement paralysées souffrant du locked-in syndrome), le multimédia (pour le jeu vidéo ou la réalité virtuelle), et de manière plus générale l’interaction avec tout système automatisé (en robotique, en domotique...). »

Le microélectrode utilisé par les bioingénieurs de l'université de l'Utah.


Au lieu d'une technique exploitant un signal électroencéphalographique de surface ou un signal issu d'électrodes profondément implantés dans le cerveau, des bioingénieurs de l'Université de l'Utah ont dérivé l'électrocorticographie (ECoG) qui, initialement, sert à détecter les symptômes de l'épilepsie dans le cerveau. Leur méthode repose sur des algorithmes décodant des signaux cérébraux spécifiques transmis par une matrice de 16 implants non-pénétrants placés sur les aires cérébrales du langage. Ainsi, les voyelles et les consonnes ont été clairement identifiées et des mots tels que « oui », « non », « chaud », « froid », « faim », « soif », « bonjour », « au revoir », « plus » et « moins », pour ne citer que ceux-ci, ont été décodés avec une précision de 48%.

En outre, les électrodes utilisés par les universitaires de l'Utah ayant une dimension et une espacement nettement plus réduits que les électrons standards – 40 microns et 2 mm au lieu de plusieurs centaines de microns et plusieurs centimètres, l'analyse des signaux cérébraux est considérablement affinée.

Auparavant, le décodage des pensées en mots avait effectué grâce à l'Imagerie par Résonance Magnétique Fonctionnelle (IRMf), reorientée ici dans une approche plus pratique et plus ergonomique. Au fur et à mesure, cet ECoG dérivé gagnera en précision et permettra d'élaborer des ICO encore plus perfectionnées.

Ceux qui se retiendront d'évoquer le (superbe) film Inceptions bénéficieront d'un rabais de 40% sur ma solution neurosécuritaire tout en un : pare-feu, antivirus, anti-malware et détecteur d'intrusion. Je décline toute responsabilité en cas de dommage cérébral ou de « bogue neurologiciel »...

Technology Review : Turning Thoughts Into Words


dimanche 14 novembre 2010

Björk in The Shell


Dans cette vidéo de la chanteuse islandaise Björk (datant de 1999), on assiste à l'apparition d'une singularité technologique et/ou biologique : l'homorobosexualité !


samedi 13 novembre 2010

Dix victimes du smartphone

Grâce à ses fonctionnalités de plus en plus élargies, le smartphone devient une technologie sournoisement disruptive : PDA, baladeurs MP3, appareils photo, consoles portables de jeux, récepteurs GPS, télécommandes, ordinateurs fixes (et portables ?), téléphones mobiles classiques et montres au poignet sont sérieusement menacés.


N'oublions pas le réveil, le bloc-notes, l'agenda et la calculatrice qui relèveront bientôt de la préhistoire...


24/7 WallSt : The Ten Businesses The Smartphone Has Destroyed


jeudi 11 novembre 2010

Évolution artificielle et jeux vidéo

La locomotion d'un athlète, d'un soldat ou d'un monstre de jeu vidéo gagnera significativement en réalisme grâce à l'évolution artificielle.

L'école classique

Dans l'univers du jeu vidéo, les infographistes et les programmeurs forgent des personnages virtuels dont la locomotion est directement calquée sur celles de personnages réels. La méthode usuelle repose sur le motion capture : plusieurs capteurs fluorescents implantés sur un acteur réel permettent de « capturer ses mouvements » - notamment ceux de points-clés comme les coudes et les genoux - à partir d'une multitude d'angles. Les séquences de locomotion ainsi capturées serviront ensuite de modèle à un personnage virtuel en mouvement : athlète olympique, soldat d'élite, monstre bipède, etc.

Malheureusement, le nombre de séquences applicables est limité par rapport à l'immense diversité de situations auxquelles est soumis un personnage de jeu vidéo. D'où un (léger) manque de réalisme dans ses déplacements malgré des progrès constants dans le motion capture et dans l'animation 3D. Parallèlement, cette limitation ménage les cartes graphiques et autorise de facto une meilleure jouabilité globale de l'application ludique.

L'école darwinienne ?

Fort de ses racines théoriques dans la biomécanique et dans la zoologie, et surtout d'un moteur 3D exceptionnel - auquel doivent les jeux vidéo The Getaway, Tekken 5, Metal Gear Solid, Grand Theft Auto IV et les films d'animation Troy, Poseidon et Star WarsNaturalMotion s'est peu à peu spécialisé dans l'évolution artificielle : une approche consistant à implémenter une intelligence artificielle en compétition / en interaction avec l'intelligence biologique dans des modèles informatiques en général, et dans des animations 3D en particulier.


Auparavant, le studio britannique d'animation 3D avait changé la donne grâce à ses marcheurs virtuels, aujourd'hui incontournables dans les industries du film d'animation et du jeu vidéo.





NaturalMotion forgea 100 squelettes virtuels complétés par des simulateurs de muscles et de réseaux neuronaux simplifiés. Des valeurs aléatoires furent attribuées au degré de connectivité des nerfs impliqués dans la locomotion de chaque squelette. Le « top 5 » de ces marcheurs virtuels fut dupliqué en 20 exemplaires. Chacun de ces (top 5 x 20 =) 100 clones virtuels fut « neuronalement modifié » afin de mimer maintes variations inhérentes à la locomotion d'un humain. Un deuxième top 5 ou 10 fut utilisé pour produire la génération suivante de marcheurs virtuels, et ainsi de suite. Après plusieurs cycles de sélection, émergea un marcheur virtuel se déplaçant avec la grâce et l'agilité d'un marcheur réel et retrouvant aisément son équilibre après une chute.



Au final, plutôt que recourir à des séquences pré-programmées de locomotion, NaturalMotion animent des personnages virtuels « à la volée » grâce à des « algorithmes évolutifs » qui s'adaptent instantanément à la diversité des situations et donc génèrent des mouvements plus réalistes. La preuve par l'image : ces algorithmes évolutifs sont au coeur du jeu vidéo American Football Backbreaker (paru en juin 2010). Les infographistes et les programmeurs de Sa Majesté estiment que leur approche darwinienne de la locomotion virtuelle contribuera également à l'animation d'espèces disparues virtuellement reconstituées.

En savoir plus :

  1. New Scientist : Virtual walkers lead the way for robots

  2. New Scientist : Animated monsters 'learn' to walk from humans


mardi 9 novembre 2010

Les Cafés Stratégiques sur la défense anti-missile balistique

Pour leur seconde édition, les Cafés Stratégiques - organisés par AGS - auront le plaisir d’accueillir Corentin Brustlein qui est chercheur à l’IFRI, animateur de l’excellent blog Ultima Ratio et surtout LE spécialiste français de la défense anti-missile balistique (DAMB). Ce débat libre et ouvert à tous aura lieu, comme pour la première fois, de 19h à 21h au Café le Concorde (239, boulevard Saint-Germain, Paris 6ème, Métro : Assemblée Nationale, plan).

Le sujet est au cœur de la majorité des préoccupations stratégiques actuelles : défense contre l’Iran, sécurité européenne, lien transatlantique, maîtrise nucléaire, militarisation de l’espace… Retrouvez les Cafés Stratégiques du 25/11 sur Facebook.



dimanche 7 novembre 2010

Des autoroutes d'insectes dans le ciel

Durant les belles saisons, plus de trois milliards d'insectes virevoltent constamment au-dessus de votre tête. Ne l'oublions point : Homo Erectus/Sapiens a toujours été un intrus au royaume des invertébrés.



Finalement, les automobiles volantes qui me firent autrefois rêver ne sont pas bonne idée car leur usage massif détruirait rapidement ce « microcosmos aérien ».

vendredi 29 octobre 2010

Électrosphère dans la revue DSI, nov 2010

Votre serviteur est l'auteur d'un article dans la revue Défense & Sécurité Internationale (No 64, Novembre 2010) consacré au cyberespionnage.

Introduction. En focalisant sur la cyberguerre, les projecteurs sécuritaires omettent grandement une réalité plus sournoise, plus dynamique et plus permanente : le cyberespionnage. La menace persistante avancée est actuellement le procédé le plus abouti en la matière.

Les blogueurs Florent de Saint Victor (Mars Attaque) et Benoist Bihan (La Plume et le Sabre), tous deux membres d'Alliance Géostratégique, ont également contribué à ce numéro de DSI. Un gros merci à Joseph Henrotin, star de la pensée stratégique... française et/ou belge ?

Consulter le sommaire de DSI No 64, magazine en vente chez votre marchand de journaux (France, Belgique, Suisse, Afrique francophone).


mercredi 27 octobre 2010

Égocratie et démocratie, par Alban Martin

Après « L'âge de peer », « Facebook, on s'y retrouve » et « Et toi, tu télécharges ? », l'ami Alban Martin remet le couvert avec « Égocratie et démocratie ».

Cet ouvrage est bien plus qu'une version « réseautiquement remastérisée » du concept d'égocratie cher à Michel Serres et défini ici comme « le pouvoir de l’individu de bousculer les frontières, notamment dans la manière dont on mobilise ses semblables afin de créer une nouvelle opinion publique. Il y a un changement de référentiel par rapport à ce que l’on connaît dans le monde physique. L’égocratie est un pouvoir pris au dépend des autres, c’est un pouvoir qui est pris dans l’intermittence du suffrage universel, c’est-à-dire là où n’on est pas censé avoir plus de pouvoirs que les autres. »

Sans pour autant être invincible à la récupération, à la censure ou à la répression, une opinion publique ou une contestation populaire génére et/ou exploite ses propres « voies express » d'information, de communication et donc de mobilisation.

Pour ma part, l'analyse de Martin est amplement confirmée par le marketing 2.0 qui mena Barack Obama à la Maison Blanche et qui pourrait bien l'en faire ressortir, par la contestation iranienne « twitterisée », par les Tea Parties et par les blogs de la colère en Chine. De Washington à Pékin via Téhéran, les médias sociaux ont bousculé quelques repères politiques et redistribué les cartes médiatiques.

Dans le cas d'une démocratie (post-)industrialisée, « l’impact est alors direct et plus ou moins fort sur le fonctionnement démocratique : amendements portés à l’assemblée, projets de loi remis en question, ou de manière plus négative, candidats écartés des listes, ou baisse de la réputation mettant en péril le bon exercice d’une fonction de représentant » (cf Readwriteweb.fr).

Maître de conférence associé au CELSA - Paris IV Sorbonne et cofondateur du think tank Social Media Club France, Alban Martin considère les technologies de l'information et de la communication – plus très nouvelles depuis environ deux décennies – comme « une opportunité pour réenchanter la démocratie ». Son ouvrage a l'immense mérite d'établir un savant trait d'union entre technologies et sciences politiques.

En savoir plus :

  1. Alban Martin : Égocratie et démocratie (éditions FYP)

  2. Alban Martin, son blog : Cocréation

  3. Public Sénat : Les nouvelles technologies, une opportunité pour réenchanter la démocratie

  4. Readwriteweb.fr : Un nouveau pouvoir : égocratie et démocratie