samedi 23 janvier 2010

Excès de confiance et modèle mathématique

Guerres mondiales, guerres du Vietnam, d'Irak et d'Afghanistan, crashs financiers et gestions des crises ont un dénominateur commun à blâmer : l'excès de confiance.


Telle est la conclusion des professeurs Dominic Johnson (université d'Edinburgh) et Jam Fowler (université de Californie) en science politique et en relations internationales dans The Evolution of Overconfidence.


D'ores et déjà, notre confiance dérive trop souvent en excès de confiance dans les conditions psychologiques suivantes :


  • nous sommes toujours sûrs de prendre la bonne décision,

  • la suffisance dicte notre conduite,

  • nous rejetons la moindre objection ou la moindre alternative,

  • la moindre critique nous agace,

  • nous sommes certains d'être ouverts et sensibles.


À la lecture de tout ceci, je me pose sérieusement quelques questions sur ma personne.


De nombreuses études ont révélé que l'excès de confiance est l'une des choses les mieux partagées par ces misérables terriens. N'êtes-vous pas persuadé d'être meilleur conducteur que vos pairs compte tenu notamment de votre (soi-disant) temps de réaction plus bref ? Une illusion aussi universellement répandue qu'archi-fausse dans sa réalité statistique.

Grâce un modèle mathématique – un enième, passablement imbuvable pour les néophytes, nos deux théoriciens démontrent que l'excès de confiance constitue tout de même un atout face à des concurrents normalement confiants. En plus clair, si la récompense potentielle est au moins deux fois plus bénéfique que le coût de la concurrence, l'excès de confiance devient la meilleure stratégie car elle dope l'ambition, le moral, la détermination et la persévérance. L'excès de confiance est donc la meilleure solution pour maximiser les profits sur les coûts quand les risques sont incertains.

Johnson et Fowler vont plus loin : l'excès de confidence augmente avec le degré d'incertitude. Ainsi, des individus déjà normalement confiants dérivent d'autant plus aisément vers l'excès de confiance que le risque est élevé. C'est effectivement le cas dans les relations internationales impliquant des événements complexes et distants et une pluralité de cultures et de langues, ainsi que dans le marketing des TIC, la gestion bancaire et la spéculation boursière.


Au plus fort de la crise financière de l'automne 2008, j'avais brièvement décrit dans Krach flow comment l'analyse-gestion boursière hi-tech des banques et des fonds d'investissement était devenue moins efficace que le simple bon sens d'un conseiller financier de banlieue. Au fil des ans, la simplification graduelle de l'analyse-gestion des risques (malgré des outils informatiques ultra-perfectionnés) et la sophistication constante des produits dérivés – un cocktail molotov dévastateur ! - s'étaient sournoisement dissimulées entre le fauteuil et l'écran plat du trader. Dans un marché financier où les taureaux prennent vite de l'avance sur les ours en empruntant davantage pour maximiser les profits - amplifiant consécutivement les risques d'erreurs ou de biais dans leurs analyses-gestions à moyen/court terme, l'excès de confiance gagne très vite du terrain. Le krach financier aussi.


Les travaux des deux universitaires laissent imaginer ce qui a pu se passer dans les cortex de l'administration W. Bush lorsqu'ils ont lancé l'armée américaine à l'assaut de l'Irak. Bon nombre d'entre eux étant issus des milieux pétroliers texans, ont-ils été sujets à quelque réductionnisme en matières de relations internationales, de stratégie et d'administration territoriale notamment du fait de leur culture pétrostratégique bien huilée ?

Au fait, comment amoindrir quelque peu la nuisibilité rampante de l'excès de confiance dans une société qui, en plus de surestimer ses capacités propres, ne rêve que de « risque zéro » ou de « zéro mort » ? Le comportement humain est-il réellement quantifiable ou prédictible en termes mathématiques ? Pourquoi ne pas poser ces questions aux anciens salariés de la défunte banque Lehman Brothers ?


Dominic Johnson et Jam Fowler : The Evolution of Overconfidence


1 commentaire:

Richi a dit…

Il s'agit peut-être de retrouver le juste mesure d'un catastrophisme éclairé, sans sombrer pour autant dans des outrances paralysantes en refusant de laisser sa place au tragique.

Une nouvelle forme de modernité moins arrogante et qui saurait d'où elle vient et surtout où elle en est.

Bon courage si vous souhaitez vous y atteler...

Cordialement