jeudi 30 septembre 2010

La cyberéducation a (presque) tué l'enseignant

Pourquoi ne pas compléter l'écriture manuelle par un usage nettement plus régulier des supports interactifs ? Les établissements scolaires sont-ils si conservateurs voire réactionnaires face aux technologies modernes de l'éducation ? La cyberéducation est-elle perçue comme une concurrence disruptive par le corps enseignant ?

Sugatra Mitra est professeur au département d'éducation, de communication et des sciences du langage de l'université de Newcastle. Il a toujours estimé que les meilleures écoles et les meilleurs professeurs sont très rarement là où ils devaient être. D'où son expérience intitulée The Hole in The Wall débutée en 1999 en Inde, en Afrique du sud et en Italie. Des ordinateurs fixés dans un mur dotés de webcams et de connexions internet (ou à défaut de serveurs locaux), aucun enseignant à la ronde... et des enfants indiens, sud-africains et italiens qui apprennent tous seuls avec une incroyable efficacité et surpassent aisément leurs barrières linguistiques et culturelles.


Avec plus de 1800 vidéos Youtube visionnées plus de 20 millions de fois, la Khan Academy enclenche un mécanisme encore plus disruptif pour l'école telle que nous la concevons encore aujourd'hui. Ses tutoriaux de 10-15 mn aussi sobres que percutants portent sur les mathématiques, la biologie, la physique et l'économie et attirent plus de 70 000 internautes visiteurs de par le monde. Un investissement minimal par rapport à son impact mondial.



D'ores et déjà, la Khan Academy a récemment obtenu la seconde pôle position dans le concours Project 10^100 - organisé par Google et visant à financer « des idées qui pourraient changer le monde » - et bénéficie donc d'une cassette de deux millions de dollars.


Parallèlement, les jeux vidéo infligent une gifle magistrale aux tableaux noirs et aux cahiers pour l'intérêt et la concentration qu'ils suscitent auprès des élèves. Ce puissant média si controversé auprès des générations plus âgées en général, et du corps enseignant en particulier, a toutes les chances pour devenir le support de prédilection dans les futures salles de classe. Le New York Times relate des expériences menées au sein d'écoles américaines dans lesquelles la manette de jeu remplace le stylo. Ses conclusions corroborent celles d'une étude longitudinale de la Walden University (Minnesota, USA) : les applications ludo-éducatives n'ont pas leur pareil pour « accrocher » durablement et efficacement l'élève notamment dans les matières scientifiques. La preuve par les jeux vidéo éducatifs de DimensionU. Corrélativement, la revue Technology Review publie un graphique qui fait sérieusement réfléchir :

Hole in The Wall, Académie Khan ou jeux vidéo éducatifs : ces multiples expériences de cyberéducation sont des chocs positifs pour les pays du tiers-monde comme pour les pays riches... et une très probable blessure narcissique pour les enseignants – notamment dans les écoles primaires et secondaires - alors réduits au rang de développeurs d'applications. Est-ce vraiment une dévalorisation de leur statut ou une redéfinition de leur métier consécutive à la révolution informationnelle ? Paradis pour les uns, enfer pour les autres, la cyberéducation pourrait définitivement éloigner l'enseignant et l'élève de la salle de la classe.


Toutefois, l'enseignement prodigué dans une école comporte des aspects sociaux hautement constructifs pour l'élève et manquant cruellement aux machines même les plus user-friendly. Je suis certainement vieux jeu en avouant mon attachement à cette dimension sociale de l'école : cette charismatique prof d'histoire-géographie, ce sadique prof de dessin, cet inoubliable amour de CM1...


Mais je ne me berce guère d'illusions : la révolution informationnelle transforme nos modèles cognitifs et nos sociétés à la vitesse TGV. Les vétérans du tableau noir et du cahier tels que moi feraient bien de ne pas s'enfermer dans leurs habitudes au risque de pénaliser cette « i-génération » véritablement planétaire, nourrie depuis l'enfance ou l'adolescence aux smartphones mobiles, aux interfaces tactiles, aux jeux vidéo et aux réseaux sociaux. Bref, des médias propres à leur temps et qui sont appelés à durer. En outre, des groupes d'élèves « techno-didactes » comportent également une dimension sociale qui échappe fortement à leurs aînés.


« Face à ce constat, ne faut-il pas repenser notre éducation ? Ne sommes-nous pas en décalage face à des jeunes dont les valeurs communautaires sont radicalement différentes des nôtres ? », s'interroge Caroline Kéribin (Le Monde).



1 commentaire:

Stéphane Mantoux. a dit…

Merci pour le lien.