mercredi 1 septembre 2010

Le drone adore l'austérité budgétaire


Si la loi de Moore s'applique superbement à l'électronique civile (des performances accrues pour des coûts moins élevés), c'est quasiment tout l'inverse pour l'électronique militaire plutôt sujette à la loi d'Augustine. Ceci pour des motifs de sécurité matérielle et logicielle, de compétitivité technologique et très souvent d'indépendance dans la R&D militech, d'où une hausse chronique des coûts des matériels militaires.


La preuve flagrante par la Royal Navy qui, confrontée à de sévères coupes budgétaires, renoncera très probablement à l'achat de chasseurs F-35 version VSTOL (à décollage-atterrissage vertical) au profit d'une version marine plus classique, et envisage sérieusement d'emprunter des F/A-18 Hornet et des convertibles V-22 Osprey made in America pour ses porte-avions.

Par ailleurs, (cf. The Economist), la rigueur budgétaire en Europe comme en Amérique est d'autant plus propice à l'inexorable émergence des drones :

But the fighter is an endangered species. One threat comes from success: in Iraq and Afghanistan, Western forces have been uncontested in the air, if not on the ground, so sophisticated fighters seem less relevant. Another comes from technology: the advance of robotic warfare may, at some point, make the pilot in the cockpit redundant. The aircraft that American field commanders most clamour for is not the F-22 but helicopters and the Predator, an unmanned drone able to stay aloft for a day. The fighter pilot seems to be losing his dash. Farewell Tom Cruise in “Top Gun”. Goodbye Biggles, the British adventure-book hero. In their place, welcome the faceless drone operator sitting in a windowless container in the Nevada desert [...]


Getting the pilot out of the cockpit, he says, is the best way to keep prices down. He claims the cost of an Avenger is about a tenth of a new “hyper-expensive” manned jet. The future, he reckons, lies in cheaper, expendable drones that can swarm or spread out as circumstance requires. [...]


Mr Blue’s critics argue that drones only fill a niche. Pilotless planes require more people on the ground, are slow and vulnerable, and hungry for satellite bandwidth. “If your data links are jammed, do you really want to be without an air force?” asks Steve O’Brien of Lockheed Martin. Developing drones able to fight autonomously in high-end combat will make them much more expensive and much less expendable.


Toutefois, le fameux dogfight dans les airs a également été relégué aux oubliettes, notamment depuis la guerre du Vietnam. Aura-t-on encore besoin de nombreux Maverick & Goose quand l'immense majorité des opérations d'attaque au sol et d'appui aérien seront supervisées et « télé-opérées » ? Qu'en est-il de la volonté croissante des états-majors (de l'OTAN en particulier) à réduire la boucle tactique ?

À l'ère des TIC et de la robotique, réduire les coûts et la boucle tactique = Homo Sapiens, dégage !


The Economist : Defence spending in a time of austerity



2 commentaires:

SD a dit…

La comparaison entre la loi de Moore et celle d'Augustine est très pertinente. Dans un cas (civil) les besoins augmentent peu et sont la conséquences des progrès techniques. Dans l'autre cas, les besoins sont toujours en augmentation (avoir mieux que l'autre) et les progrès techniques sont la conséquence de ces besoins...
Les systèmes téléopérés sont en développement car la techno est au rendez-vous mais aussi parce que les adversaires irréguliers ont des moyens relativement limités de guerre électronique/cyberguerre. Ceci pourrait ne pas durer et dans ce domaine tout peut être remis en cause en quelques mois...
Pour la réduction de la boucle tactique, je pense qu'il faut changer de boucle tactique en mettant au coeur du cycle décisionnel l'interaction ami/ennemi en lieu et place de la collecter d'information sur l'ennemi mais cela est un peu en dehors du sujet de très bon billet de rentrée :). Bonne saison 2010/2011 à Electrosphère (maintenant sur FB et Twitter)
Cordialement

Electrosphère a dit…

@ SD,

Très juste compagnon ! De plus en plus de puissantes ou émergentes nations investissent dans la guerre électronique et la cyberguerre. La supériorité "aérobotique" de quelques uns ne durera effectivement pas longtemps.

Concernant un cycle décisionnel-boucle tactique focalisant sur l'interaction ami/ennemi, c un débat bel et bien plus complexe.

Dans le cas d'une attaque au sol, comment interagir "réellement" avec l'ennemi lorsqu'on radioguide un drone à 10 000 km du théâtre d'opérations a fortiori quand on est un opérateur contractuel civil de drones ?

Pour un officier JTAC dans le feu + le lieu de l'action et supervisant un drone d'appui aérien, cette interaction semble peut-être nettement plus envisageable.

Grosse matière à réflexion.

Amicalement, companeiro !