lundi 6 septembre 2010

Pourquoi les guerres s'éternisent


Selon Stephen M. Walt, professeur de relations internationales à Harvard, les guerres menées par les grandes puissances contre des ennemis irréguliers durent trop longtemps pour dix raisons essentielles :

  1. Les dirigeants politiques sont piégés par leurs propres certitudes.

  2. Ils sont très peu motivés à assumer leurs erreurs et à faire machine arrière.

  3. Ceux qui les ont mené vers la guerre ne sont point ceux qui les en extirperont.

  4. Ils ne sont pas nécessairement informés de la profonde gravité de la situation.

  5. L'information de guerre est souvent ambigüe.

  6. Les grandes puissances peuvent toujours combattre.

  7. Elles doivent justifier la spirale des coûts de la guerre.

  8. Leur crédibilité est en jeu.

  9. Les militaires détestent perdre.

  10. La fierté nationale.


La lecture des développements inclus dans l'article original est vivement recommandée. Je compléterais la vision de Walt avec l'analyse raffinée de « l'allié » Benoist Bihan publiée dans le DSI de septembre 2010. Selon l'auteur du blog La Plume et le Sabre, la contre-insurrection expéditionnaire en Afghanistan pâtit d'une compréhension hautement erronée de l'art opératif et, de surcroît, s'est clandestinement érigée en doctrine stratégique au point de « retirer au politique toute capacité de décision sur le conflit ».



Benoist aurait-il mis le doigt sur un aspect critique de la conduite de guerre en Afghanistan ? En attendant la suite de ses analyses et des événements, je lui adresse d'ores et déjà un pouce levé.


Outre cette probable appropriation silencieuse de la conduite stratégique par la COIN expéditionnaire au détriment de la direction politique, assiste-t-on à une césure, à une distanciation voire à une forte divergence en sourdine entre le Pentagone (les militaires) d'une part, la Maison Blanche (les décideurs politiques) et le département d'État (les diplomates) d'autre part, et les alliés européens en arrière-plan ?

Entre deux guerres (irakienne, afghane) et deux crises stratégiques (iranienne, coréenne) à gérer simultanément depuis la présidence W. Bush à l'administration Obama, la politique étrangère américaine serait-elle également et nécessairement sujette à quelque « pentagonisation » volontaire ou accidentelle ?

Au final, les décideurs politiques d'Europe et d'Amérique percevront-ils cette éventuelle évidence invisible, savamment expliquée par l'ami Benoist ? Dans le cas afghan, l'allié Pour Convaincre évoque à juste titre un piège abscons. Au-delà du fait stratégique / tactique, sa brève et percutante analyse m'en appris un peu plus sur cette expression plutôt marrante.


Foreign Policy : Top 10 reasons why wars last too long, par Stephen M. Walt


Défense & Sécurité Internationale - No 62, septembre 2010 : Quel art de la guerre pour les guerres d'aujourd'hui ? - Première partie, par Benoist Bihan (La Plume et le Sabre)


Alliance Géostratégique : Attention, piège abscons, par S.D. (Pour Convaincre)



2 commentaires:

SD a dit…

Hey, tu as oublié le piège abscons... Je suis vraiment déçu sur ce coup là.
Je ne suis pas totalement convaincu par les arguments du brillantissime M. Walt. Les dix points sont un peu trop génériques, ils s'appliquent à tous les types de guerre (pas seulement irrégulières). En remplaçant guerre par crise économique et militaires par entreprise, on peut appliquer ces principes aux "conflits" économiques. On peut même l'étendre au sport. Ces 10 points correspondent aux situations de hasard sauvage "non predictible" par essence.
Les guerres sont trop longues parce que les deux camps suivent des "règles" similaires à celle qu'expose M. Walt... pas à cause de ces "règles". Mais bon, cela se discute. Je suis open :)
@ bientôt mon Internet super allied and friend (ISAF)

Electrosphère a dit…

@ SD,

C bizarre : j'ai pensé à toi en lisant les deux ou trois derniers points du père Walt (LOL).

Le fameux piège abscons. Très bien vu. Revendu, ajouté, inséré.

Cordialement, Camarade !-)