mardi 8 février 2011

Jane McGonigal : l'univers virtuel sauvera le monde réel

En écoutant les premiers instants de Jane McGonigal aux TED Talks, un sourire narquois parcourut mon visage et des rires moqueurs traversèrent son auditoire. Son idée : le jeu vidéo peut rendre le monde meilleur.

Selon la conceptrice de jeux vidéo (Institute for Future), chaque fois nous remportons une victoire héroïque dans un jeu massivement multi-joueur (ou MMOG), nous sommes mus par une motivation et une satisfaction plutôt rares face aux obstacles de la vie réelle. Comment transposer puis exploiter ces énergies positives dans la sphère réelle ?

A l'écoute de cette interrogation, je fis preuve d'une attention plus sérieuse et plus soutenue. Il en fut de même pour l'auditoire des TED Talks.



Dans un MMOG comme World of Warcraft, des milliers de joueurs s'entraident dans leurs multiples épreuves. De fait, cet environnement virtuel pousse globalement à plus de collaboration et à plus d'honnêteté. En outre, nous assistons à l'émergence d'une génération de virtuoses du MMOG : 500 millions aujourd'hui de par le monde, 1,5 milliard dans dix ans. Comment expliquer cet "exode en masse vers les mondes virtuels et les environnements de jeux en ligne ?" (cf. Edward Castronova, économiste).

Quelles sont les facultés acquises grâce au jeu vidéo et à quoi peuvent-elles servir dans le monde réel ?

  1. L'optimisme urgent c-à-d « la volonté d'agir immédiatement pour surmonter un obstacle, associée avec la certitude d'un espoir raisonnable de réussir » (sic). Ainsi, le joueur est toujours persuadé qu'une victoire héroïque est possible.

  2. Un réseau social dense. Qu'ils soient adversaires ou rivaux, les joueurs tissent très souvent de solides liens de confiance et de collaboration après une ou plusieurs parties.

  3. Une merveilleuse productivité : « Les joueurs sont prêts à jouer tout le temps si on leur confie la bonne mission ».

  4. Un sens héroïque. « Les joueurs adorent mener des missions motivantes à l'échelle d'une planète ». A l'image des consomm'auteurs de Wikipedia ayant construit la plus colossale et la plus héroïque encyclopédie à ce jour, les joueurs de World of Warcraft ont élaboré la plus colossale et la plus héroïque base de connaissances sur cet univers virtuel.


Grâce à ces quatre facultés, les joueurs deviennent des individus pleins d'espoir et surpuissants, chacun persuadé de pouvoir changer leur monde... virtuel mais pas réel. Voilà le problème qu'essaie de résoudre McGonigal. Sa solution : rendre le monde réel plus proche du MMOG.

Sous l'égide de l'Institute for Future, elle a crée le jeu Superstruct dans lequel les humains n'ont plus que 23 ans à vivre sur Terre. Ici, chaque joueur doit inventer l'énergie, l'alimentation, la santé, la sécurité et la protection sociale du futur. En huit semaines de jeu, plus de 8000 superstructeurs imaginèrent 500 solutions hautement novatrices.

Auparavant, McGonigal a conçu les jeux World Without Oil (un monde sans pétrole) et plus récemment - en partenariat avec des universités d'Afrique subsaharienne et le World Bank Institute - Evoke centré sur l'innovation sociale (études locales, réseau de connaissances, développement durable, gestion des ressources, prospective & vision) et jouable ligne ou sur papier.

Les jeux vidéos en ligne seront peut-être une des planches de salut de notre monde réel. Vivement l'exode virtuel !

Mes respects, Miss McGonigal !

Jane McGonigal : Reality Is Broken: Why Games Make Us Better and How They Can Change the World (Penguin Press HC , 2011)


1 commentaire:

Stef a dit…

C'est sympa, tout ça. Enfin des études solides. Ca change l'image des gamers...