dimanche 15 mai 2011

Une vision nuancée de la révolte syrienne

Les journalistes Khaled Sid Mohand et Mark Memmott – tous deux arrêtés par la sécurité syrienne avant d'être expulsés, nous offrent des perspectives plus affinées (que celles prodiguées par les médias internationaux) de la révolte populaire en Syrie.

En effet, le président Bachar El-Assad demeure très populaire car perçu par l'opinion locale d'abord comme un réformateur (notamment par rapport à son feu père Hafez El-Assad), puis comme un rempart contre les Etats-Unis et Israël. Prise de court par les « révolutions 2.0 » dans le monde arabe, Tel-Aviv préfère très probablement un meilleur ennemi syrien plutôt stable... ou immuable.

« ...En outre, la situation socio-économique des Syriens était plutôt bonne : l’éducation et les soins de santé sont subventionnés, l’économie est relativement dynamique et 14% de la population vit sous le seuil de pauvreté, contre 50% en Égypte. Enfin, la libéralisation des technologies de l’information, dans les années 2000, a apporté un bol d’air à la jeunesse et convaincu des velléités réformatrices du président. En janvier dernier, onze ans après son accession, Bachar el-Assad était encore en état de grâce » (cf. Sid Mohand).


Cette révolte semble – vue de loin, épargner la capitale et avoir lieu dans quelques villes provinciales. L'immense majorité des Syriens craint par-dessus tout quelque effeverscence à l'irakienne/à la libanaise ou un chaos qui laisserait la porte ouverte aux mouvances salafistes. En outre, le gouvernement et l'opposition font plus ou moins état de leurs pourparlers en sourdine, et ce, malgré le nombre élevé de morts.

Pour l'Amérique et pour l'Europe, il est hors de question de taper fort sur Bachar El-Assad : la Syrie est au beau milieu du plus dangereux nid de frelons sur la scène internationale (Liban, Israël, Jordanie, Iran, Turquie). Les incalculables conséquences d'un geste mal contrôlé ou les imprévisibles méandres d'une après-révolution font craindre le pire à tout ce beau et nerveux monde.

À moins d'une enième surprise politique ou stratégique, les contestaires syriens doivent donc lutter seuls face à une répression aussi brutale que machiavélique...

En savoir plus :

  1. Jeune Afrique : Le journaliste algérien Khaled Sid Mohand décrypte la crise syrienne

  2. NPR : World Has Simplistic View Of Events In Syria (Mark Memmott)



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