jeudi 9 juin 2011

Le syndrome de l'opposant historique

Laloupo nous livre cette remarquable analyse d'un personnage quasi incontournable dans la vie politique de plusieurs pays africains :

L’Afrique postindépendance a produit un homo politicus d’un genre particulier : l’opposant historique. C’est une variété spécifiquement africaine, et que le monde entier pourrait envier au continent. Il est d’ailleurs étonnant que, dans les études de sciences politiques, l’on n’ait pas encore songé à inclure un chapitre sur ce spécimen qui, pourtant, depuis cinquante ans, a joué sa partition, aussi constante que nécessaire, dans la conflictualité politique en Afrique. C’est là une lacune d’autant plus fâcheuse qu’il s’agit d’une espèce en voie de disparition. […]



Autre signe particulier de l’opposant historique : dans le combat politique mené par diverses forces de contestations, l’historique est convaincu qu’au bout du parcours, le pouvoir lui reviendra, comme de droit. Comme une récompense de son mérite. Le mérite d’avoir autant « duré » dans l’opposition. A la manière d’une promotion administrative, ou plus trivialement, d’un butin…[...]

Appartenant le plus souvent à une génération peu imprégnée de la culture démocratique et de l’exercice de la contradiction, ils se révèlent au pouvoir pires que ceux qu’ils ont combattus : leurs régimes sont des ersatz de démocraties aussi roublardes qu’inconfortables. Pétris de projets de revanche, mentalement colonisés par leurs adversaires de naguère, frustrés de maintes occasions de jouissance des attributs du pouvoir, ayant rêvé mille et une nuits de devenir califes à la place du calife, nos historiques ne souffrent ni la contestation ni le débat. Et surtout, une fois hissés au faîte du pouvoir temporel, se transmuent en conducators bavards et matois, rompus à toutes les stratégies, manœuvres politiciennes et manipulations mentales pour ne plus jamais céder leur fauteuil présidentiel aux aspirants n’appartenant pas à leurs clans ou à leurs cercles familiaux. [...]

Nelson Mandela figure parmi les rares exceptions de ce tableau hautement réaliste. Toutefois, l'Afrique du sud est une bête à part (sur le plan politique et économique) en Afrique.

Francis Laloupo : Le syndrome de l'opposant historique


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