dimanche 12 juin 2011

L'Islande forge sa constitution 2.0

Déjà pionnière de l'e-démocratie, l'Islande fait appel à l'intelligence collective de ses citoyens et du monde entier pour rédiger sa nouvelle constitution.

Fort d'un site Internet, de pages Facebook, Twitter, Youtube, Flickr et des profils publics de ses 25 membres, le Conseil Constitutionnel islandais interagit en toute aisance avec ses concitoyens, diffuse ses séances de travail en streaming vidéo et, chaque semaine, soumet le texte en développement aux suggestions du public local et international. Selon un membre du conseil interrogé par le Guardian, les Islandais s'impliquent avec détermination et enthousiasme. N'est-ce pas fascinant pour un citoyen de voir sa constitution émerger littéralement sous ses yeux et sous ses doigts ?

L'insulaire nation scandinave (qui se sépara du Danemark en 1944) est dotée d'une constitution strictement calquée sur celle danoise; le terme « roi » remplaçant celui de « président ».

L'initiative d'une constitution crowdsourcée a commencé par un brainstorming auprès de 950 personnes. Après élaboration participative et rédaction progressive, le texte final sera soumis à un référendum à l'été 2011. La version en développement comporte déjà de longs volets interdisant toute discrimination basée sur les origines ethniques ou sociales, garantissant le droit à une couverture médicale universelle (pour les troubles physiques et mentaux), la liberté académique (academic freedom), la protection des libertés électroniques et des ressources naturelles. La séparation des pouvoirs et des dispositions réglementaires dans le domaine financier sont également au menu. L'Islande autrefois prospère mais toujours aussi « confortable », subit durement les conséquences d'une crise financière qui la frappa de plein fouet en 2008-2009.

Cette « constitution 2.0 » islandaise fait certes rêver mais son élaboration participative me semble d'autant plus efficace dans une petite nation démocratique, développée et faiblement peuplée (l'Islande ne compte que 320 000 habitants). Après quelques semaines à Reykjavik, on constate vite que tout le monde se connaît, s'est déjà vu un jour ou l'autre ou sait parfaitement « qui est qui et qui fait quoi »...

Par ailleurs, une immense majorité d'Islandais disposent d'une ligne Internet personnelle ou professionnelle (avec plus de 90 000 lignes installées, l'Islande est le pays le plus connecté au monde) et doivent nécessairement « tuer le temps » devant l'ordinateur et/ou la télévision câblée pendant les maigres heures diurnes d'un long hiver quasi polaire. Outre des facteurs technologiques, la géographie particulière de l'Islande pèse donc lourdement sur ses réalités sociales, politiques et économiques.

Quelques rares pays comme le Danemark, la Suisse, le Luxembourg et peut-être le Canada seraient plus ou moins propices à des constitutions 2.0. Aux Etats-Unis, en France, en Russie, au Brésil ou en Inde, je crains un scénario plus compliqué ou plus enflammé...

En savoir plus :

  1. The Guardian : Mob rule: Iceland crowdsources its next constitution

  2. Readwriteweb : Iceland Pursues a User-Generated Constitution

Aucun commentaire: