vendredi 9 septembre 2011

DJ Script: 11 septembre 2001+10

Le dixième anniversaire des attentats du 11 Septembre ne m'inspire guère. Les chaînes TV rediffusent sans cesse ce tragique événement, les webzines/blogs fourmillent d'analyses stratégiques ou historiques et les contre-experts en BTP & Aéronautique de tout poil s'en donnent à coeur joie. Je préfère donc jouer au DJ Script avec quelques morceaux choisis lus ça et là...


Le dernier des blogsLe jour où les avions se sont arrêtés : De manière opportuniste, le gouvernement fédéral venait d’obtenir de nombreuses choses qu’il aurait été difficile ou impossible à obtenir autrement, et ceci avec le consentement pleutre du parti Démocrate (qui a voté le Patriot Act et accepté la Guerre en Irak) mais aussi de la plupart des alliés des États-Unis, à l’exception de la France dont la résistance reste le dernier « beau geste » historique à mon avis. Il faut dire que la menace était forte, le président de la première puissance militaire n’avait pas hésité à lâcher : « Vous êtes soit avec nous, soit contre nous ».[...]

Les complots existent. Les attentats destinés à accuser d’autres que ceux qui les ont perpétrés, y compris des attentats contre soi-même, ne sont pas rares dans l’histoire : qui veut noyer son chien l’accuse d’avoir la gale, n’est-ce pas. Mais pour moi, l’hypothèse du complot d’État reste peu vraisemblable, et ce pour des questions d’image. Pour commencer, la raison d’État est une notion qu’une majorité de gens admet à des degrés divers, mais toujours à condition que celle-ci ait un lien direct avec ce qui est censé être protégé ou conquis.[...]

Par ailleurs, si les États-Unis adorent s’inventer des ennemis et les monter en épingle, il est en revanche insoutenable pour eux de se voir en victimes d’une authentique défaite, et je doute qu’ils prennent sciemment le risque d’en subir.


François-Bernard Huyghe (Atlantico) - 11 septembre 2001 : L'honneur suprême d'Al-Qaïda : Al-Qaïda, après le 11 septembre 2001, accède à l’honneur suprême : être nommée ennemi principal de l’hyperpuissance américaine pour une «guerre globale au terrorisme», qui suscite de «vraies guerres» en Afghanistan comme en Irak.


Guy Sorman 9.11 : Le 9.11 n'était donc pas, dans l'esprit de son auteur, un acte de terrorisme gratuit ainsi qu'on le qualifie en Occident , mais une guerre symbolique contre le Mal et stratégique pour le Pouvoir: un mélange de mystique et de politique, comme l'est le mouvement islamiste tout entier. Mais Ben Laden s'est évidemment trompé sur la réaction américaine : George W. Bush ne pouvait pas accepter un second Pearl Harbour sans réagir, et comme après Pearl Harbor, la réaction ne pouvait être que militaire. Les Etats-Unis sont une nation martiale, peu portée à la négociation (ce que n'ont toujours pas compris les Européens qui auraient préféré des opération de police plutôt que la guerre).

Ben Laden s'est trompé plus encore sur son propre monde : les Arabes, hors une poignée de mystiques et de mercenaires, n'ont aucun désir de s'en retourner au temps du Prophète sous les ordres d'un Ben Laden. On s'en doutait mais ils nous ont assené la preuve : les révolutions arabes en cours ne se réclament pas de l'Islam radical, mais des Droits de l'homme universel. Le 9.11, Ben Laden et sa mouvance ont gagné une bataille et perdu la guerre, une guerre qui opposait les musulmans à d'autres musulmans : l'Occident n'en fut jamais l'enjeu premier, mais l'occidentalisation du monde, oui.


Guido Steinberg (via Ultima Ratio) – Al Qaïda, 2011 : Les révolutions égyptienne, libyenne et tunisienne représentent une défaite stratégique pour les partisans d’Al-Qaida. Lorsque les leaders djihadistes d’aujourd’hui ont entamé leur carrière, dans les années 1980 et 1990, Al-Qaida ne visait que l’« ennemi proche », son objectif étant de renverser certains régimes du monde arabe, notamment saoudien et égyptien. Ce n’est qu’après avoir réalisé que Riyad et Le Caire étaient des adversaires trop puissants qu’elle s’est tournée vers les pays occidentaux. En visant l’« ennemi lointain » pour forcer les États-Unis à quitter la région, ces leaders espéraient reprendre l’initiative contre les gouvernements du monde arabe. Et alors qu’il apparaissait déjà clairement, dès l’après-2001, qu’Al-Qaida n’atteindrait aucun de ces deux objectifs, ce sont les pires ennemis de l’idéologie djihadiste qui ont chassé les présidents Ben Ali et Moubarak en 2011. La majorité des contestataires des deux pays se méfiaient de l’islam politique, rejetaient la violence et aspiraient à une démocratisation sur le modèle européen. Le printemps arabe de 2011 a ainsi clairement démontré que si Al-Qaida avait jamais eu une chance d’imposer sa vision au monde arabe, le temps en était maintenant révolu.

Al-Qaida reste pourtant une organisation militante à ne pas sousestimer, et la tourmente générale de ces derniers mois lui ouvre de nouvelles perspectives d’action dans des zones où la répression était parvenue ces dernières années à neutraliser ou à réduire le mouvement djihadiste.


Daniel Vernet (Slate.fr)La fin du siècle américain : L’attaque d’al-Qaida signe la fin du «siècle américain» commencé en 1914 quand Washington a envoyé ses soldats se battre pour la première fois sur le Vieux continent. Elle n’en est pas la cause principale; elle en est la marque symbolique.[...]

L’historien américain Paul Kennedy vient de signer dans l’International Herald Tribune un commentaire regrettant que la lutte contre le terrorisme ait distracted (diverti, au sens du divertissement de Pascal) les Etats-Unis de défis plus importants. A l’intérieur: blocages de la démocratie, lutte contre la pauvreté, dérive de la dette provoquée par le coût des guerres et la politique –«inexcusable», écrit-il–, de baisse des impôts pour les plus riches menée par George W. Bush… Comme à l’extérieur: bouleversements en Amérique latine, développement de l’Afrique, transfert de puissance de vers l’Asie…[...]

Le déclin des Etats-Unis a été si souvent annoncé au cours du XXe siècle et leur capacité de rebond sous-estimée que la prudence s’impose cependant. Les dix dernières années n’en sont pas moins un avertissement qui pousse à une refondation. Les Tea parties en suggèrent une forme sur des principes populistes et isolationnistes. La campagne de Barack Obama en 2008 annonçait des prémices d’une politique plus ambitieuse qui se sont malheureusement perdues dans l’exercice du pouvoir.


Anne Applebaum (Slate.com) - The Worst Mistake America Made After 9/11 : And we were, in the terms defined by the war on terror, successful: Ten years after 9/11, al-Qaida is in profound disarray. Osama bin Laden is dead. Fanatical Islam is on the decline. Our military remains the most sophisticated and experienced in the world. And yet, 10 years after 9/11, it's also clear that the war on terror was far too narrow a prism through which to see the entire planet. And the price we paid to fight it was far too high.[...]

In our single-minded focus on Islamic fanaticism, we missed, for example, the transformation of China from a commercial power into an ambitious political power. We failed to appreciate the significance of economic growth in China's neighborhood, too. When President George W. Bush traveled in Asia in the wake of 9/11, he spoke to his Malaysian and Indonesia interlocutors about their resident terrorist cells. His Chinese colleagues, meanwhile, talked business and trade. [...] Thanks to the war on terror, we missed what might have been a historic chance to make a deal on immigration with Mexico. Because all of Latin America was irrelevant to the war on terror, we lost interest in, and influence on, that region, too. The same goes for Africa, with the exception of those countries with al-Qaida cells. In the Arab world, we aligned ourselves closely with authoritarian regimes because we believed they would help us fight Islamic terrorism, despite the fact that their authoritarianism was an inspiration to fanatical Islamists. If we are now treated with suspicion in place like Egypt and Tunisia, that is part of the explanation.

Finally, we stopped investing in our own infrastructure—think what $3 trillion could have done for roads, research, education, or even private investment, if a part of that sum had just been left in taxpayers' pockets—and we missed the chance to rethink our national energy policy.[...]

Plenty of other mistakes have been made, both abroad and at home, since 9/11, and I'm sure that plenty of people will use this anniversary to reargue Iraq, Guantanamo, or the shocking wastefulness of homeland-security spending. But our worst mistake was one of omission. In making Islamic terrorism our central priority—and in some times and places our only priority—we ignored the economic, environmental, and political concerns of the rest of the globe. Worse, we pushed aside our own economic, environmental, and political problems until they became too great to be ignored.


Mon coup de coeur va au blog Les VingtenairesC'est historique :

« Ce qui m’a toujours fascinée en histoire, c’est le phénomène de feu au poudre ou encore l’effet domino. En découvrant l’assassinat d’un archiduc à Sarajevo en 1914, a-t-on pressenti que le premier domino s’écroulait et allait déterminer toute l’histoire du XXe siècle ? A contrario, certains événements n’ont-ils pas été surinterprété ? Considérés comme une date que personne n’oubliera alors que dans 50 ans, ça restera du domaine de l’anecdote ?[...]

Prenons un exemple concret : le 11 septembre. En Histoire, les siècles ne commencent pas un 1er janvier XX00 pour se terminer un 31 décembre XX99 (je me souviens plus très bien si les siècles commencent les années 00 ou les années01). Non, on choisit un événement clé. Exemple : le XXe siècle est débutant en 1914. Donc le XXIe siècle débute le 11 septembre 2001 ? Pas si sûr. En 2002, l’historien René Rémond était venu faire une conférence au Mirail et estimait que le 11 septembre n’était pas une date charnière de notre histoire et je suis pas loin de le suivre. Il me semble, sans recul aucun, que les révolutions arabes pourraient être bien plus importantes en fin de compte. Evidemment, faut attendre la suite, je sais pas encore si on a assisté à l’étincelle de la mèche de la dynamite ou à un pétard mouillé. »


1 commentaire:

Anonyme a dit…

Le 11/09 complot où non le résultat est là...les faucons us tout comme les islamistes font tout pour nous mené à un choc de civilisation, la guerre d'Irak est le 11/09 pour les musulmans, ces deux événements en sont suivis d'une propagande de masses contre les uns envers les autres.
Le déclin de l'Amérique ? L'Amérique est encore une hyper-puissance...personne ne peut défier les américains, mais bien que l'économie leur soit défavorable...une fin de cycle prévisible depuis trente ans, les stratéges us ont mis en place une stratégie globale pour rester la puissance hégémonique pour l'entrée de ce nouveau siècle, une entrée de ce siècle sera sous une nouvelle guerre mondiale.
Un conflit chine versus taïwan, japon, australie et les américains interviendront après l'affaiblissement des alliés comme des rivaux, les américains pourront ainsi conservé toute leur force pour ce nouveau siècle et apparaître comme des sauveurs.
Idem pour affaiblir la Russie dans un conflit avec la turquie et les pays du caucase voir l'Afghanistan sous la bannière de l'islam.
Un conflit inde-Pakistan et les pays arabes contre israël...ce dernier conflit l'Europe via l'OTAN interviendra pour soutenir israël, une guerre au nom de dieu dans le moyen orient et il se pourrait bien que les sociétés multiculturel prennent la forme d'une guerre civile.
Affaiblir ces alliés et rivaux...réformé le système économique et le plus fort se verra redistribuer les cartes à l'échelle globale.
La politique de bismarck...affaiblir et diviser tout en consevant une puissance supérieure sur tout les rivaux comme les alliés, être le centre pour toute concertation entre les belligérants...se rendre indispensable.

À lire..."pdf stratégie américaine et le nouvel ordre émergeant", cette analyse nous expliquent le pourquoi.