lundi 12 septembre 2011

L'immoralité, poison des empires et des tyrannies?

Apparemment, l'incessante dégradante des valeurs morales fut au coeur de l'effrondrement de l'URSS et incita fortement Mikahil Gorbatchev à mettre en oeuvre la glasnot et la perestroïka qui, au final, assènerent le coup de grâce à l'Empire soviétique.


Comme virtuellement toutes les révolutions modernes, la dernière des révolutions russes fut amorcée par une libéralisation hésitante venue « d’en haut » — et ses motivations allaient bien au-delà de la simple nécessité de réformer l’économie ou de s’attirer la bienveillance de l’environnement international. La démarche de Gorbatchev était fondée sur un idéalisme indéniable: il voulait bâtir une Union soviétique plus morale.[...]

Pour le premier ministre de Gorbatchev, Nikolai Ryzhkov, « l’état moral [nravstennoe] de la société » en 1985 était sa caractéristique la « plus terrifiante »: « [Nous nous] volions à nous-même, nous donnions et recevions des pots-de-vin, on mentait dans les rapports, dans les journaux, depuis les estrades, on se vautrait dans nos mensonges, on s’accrochait des médailles les uns aux autres. Et tout cela, du haut vers le bas et du bas vers le haut. »[...]

Le fait que les réformes aient conduit à la révolution en 1989 est dû en grande partie à une autre cause «idéaliste»: l’aversion personnelle profonde de Gorbatchev pour la violence et, en conséquence, son refus obstiné à faire usage de la répression de masse lorsque l’ampleur et la profondeur des changements se sont mises à dépasser ses intentions de départ. Déployer une répression de type stalinienne, ne serait-ce que pour «préserver le système» aurait été trahir ses convictions les plus profondes.[...]

Ceux qui ont instillé cette spectaculaire « prise de conscience » ne sont pas différents de ceux qui ont déclenché les autres révolutions classiques de notre temps : écrivains, journalistes, artistes. Comme le faisait remarquer Alexis de Tocqueville, de tels hommes et femmes « contribuent à créer ce sentiment général d’insatisfaction, cette consolidation de l’opinion publique, qui… Créé une demande effective pour un changement révolutionnaire ». Soudain, « l’éducation politique entière » de la nation devient « l’oeuvre de ces gens de lettres ».[...]

A leurs yeux, une résurrection morale s’imposait. Cela signifiait non seulement une révision des systèmes politiques et économiques soviétiques, pas uniquement un renversement des normes sociales, mais une révolution sur le plan individuel : une mutation du caractère personnel du sujet russe. Comme l’a déclaré Mikhail Antonov dans un article fondateur daté de 1987, « Que nous arrive-t-il? » publié dans le magazine Oktyabr, les gens devaient être «sauvés» — non de dangers venus de l’extérieur, mais principalement d’eux-mêmes, des conséquences de ces processus démoralisants qui tuent les qualités humaines les plus nobles ».

Gardons-nous de toute comparaison ou analogie hasardeuse avec les révolutions/révoltes arabes (Tunisie, Egypte, Maroc, Libye, Syrie... et bientôt Algérie ?)

Slate.fr : Tout ce que vous pensiez savoir de la chute de l'Union soviétique est faux


Aucun commentaire: