dimanche 22 janvier 2012

De Kanye West au hip-hop 2.0

Mon oreille musicale est un univers en expansion perpétuelle car on trouve de tout dans mon audiothèque : pop-rock, Rn'B, hip-hop, musiques africaines, trip-hop, downtempo, classique, salsa, lo-fi, pop francophone, jazz, electro, punk-rock, drum n'bass, soul 70-80's, metal, etc. De mes disques durs USB à mon smartphone, mixtapes, albums commerciaux, mashups et productions indépendantes ou vintage se côtoient dans un joyeux désordre.



Depuis une quinzaine d'années, je m'étais détourné du hip-hop qui me passionnait férocement dans les 80-90's. En 2008-2010, un animal étrange nommé Kanye West enchaîna deux chefs d'oeuvre (808s and Heartbreak, My Beautiful Dark Twisted Fantasy) dans lesquels il agrémentait du hip-hop avec de savantes instrumentations trip-hop, breakbeat et post-rock et des arrangements évoquant plus ou moins une bande-son de polar futuriste.

Le parcours de « Kanye Omari West » facilitera quelque peu notre compréhension du hip-hop des années 2010.

Ce garçon a baigné dans la discothèque typiquement soul 70-80's de ses parents qui s'étendait d'Otis Redding à Curtis Mayfield en passant par Stevie Wonder et Isaac Hayes. Son adolescence fut accompagnée par A Tribe Called Quest, The Fugees, The Pharcyde et Wu-Tang Clan. Il avoua également avoir un gros faible pour le trip-hop de Portishead, pour le post-punk de The Killers et pour l'incontournable pop-rock de Radiohead... dont le mythique chanteur Thom Yorke a été décrit par Kanye West comme « un génie musical et son maître spirituel ».

Paradoxalement, Kanye West se considère comme une rockstar et non comme une rapstar. La preuve par les faits : en 2007, il fit chanter Chris Martin (Coldplay) dans son titre Homecoming. Cette ouverture musicale (plutot rare dans les milieux hip-hop) valut un succès considérable auprès du public pop-rock à ce rapper-rocker tourmenté qui, dès ses débuts, se comparait à Prince et à Stevie Wonder... et souhaitait faire la nique à Timbaland et à 50 Cents avant qu'il ne soit trop tard. Pari tenu. Aujourd'hui, tous les ingrédients sont réunis pour un album « Radiohead & Kanye West. »

Fort d'une sédimentation musicale aux matériaux diversifiés, Kanye West a littéralement réinventé et redynamisé un hip-hop plutôt moribond côté créativité depuis le milieu des années 90. Aujourd'hui, les productions « KW » orbitent de près ou de loin autour de grosses pointures du hip-hop et de la Rn'B telles que Jay-Z, Drake, Talib Kweli, Mos Def, Common, Lupe Fiasco, Chris Brown, John Legend, Nas, Scarface, T.I., Lil Wayne, The Game, Cam'Ron, Ludacris, Twista, Janet Jackson, Alicia Keys, Beyoncé...

En 2009-2011, bon nombre de ces stars confirmées réalisèrent de véritables « tueries kanyewestisantes » propres à ravir tout audionaute affable et curieux. Il en fut de même pour plusieurs jeunes talents surgis quasiment de nulle part telles que Kendrick Lamar, J.Cole, Frank Ocean et The Weeknd qui traumatisèrent positivement la scène. Cependant, on est loin du monolithisme instrumental qui caractérisa la Rn'B lors des années Babyface - musicien et producteur du même nom, car la griffe KW ne saigne jamais le vétéran ou le bleu du hip-hop/de la Rn'B qui peut à la fois exprimer ostentatoirement sa nature propre et profiter d'une superbe amplitude instrumentale.

En outre, le déferlement de mixtapes diffusées en ligne par des artistes peu ou prou solitaires a également révélé une production indépendante incroyablement prolifique. Contrairement à de nombreux francophones pur jus, je n'ai aucune peine à saisir l'ironie et l'autodérision de textes parfois délirants ou finement critiques du « système ».

Comme toute industrie de l'entertainement, le hip-hop est une grosse histoire de fric mais il n'a jamais été aussi riche.


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