mardi 24 janvier 2012

Megaupload trépasse, le téléchargement passe

La fermeture du site Megaupload a fait l'effet d'une bombe sur quasiment toute la planète connectée. Toutefois, sa société-mère Megaworld était peu ou prou mafieuse et n'avait donc rien en commun avec The Pirate Bay (le fameux le Parti Pirate) qui milite pour le téléchargement gratuit et décentralisé. Une fois de plus, les téléchargeurs changeront leurs habitudes et s'orienteront vers de nouveaux protocoles et/ou de nouvelles (ou anciennes) astuces de téléchargement. Souvenons-nous de Napster, de Kazaa, de eMule/eDonkey, de Bittorrent, du streaming, etc.

Les industries de la musique et du cinéma omettent une réalité toute simple : tant qu'il existera des réseaux numériques (a fortiori aux bandes passantes en augmentation constante) interconnectant un nombre croissant d'ordinateurs de plus en plus puissants, le partage gratuit de fichiers aura pignon sur rue. Après plus d'une décennie de lutte sisyphienne contre ce qu'elles appellent le « piratage », elles ont laissé leurs business models mourir avec grandiloquence. N'est-il pas temps de faire preuve de réalisme ?

Selon la Charente libre, "en gros, le FBI, dont l'action réjouit Nicolas Sarkozy, n'a barré que l'un des multiples chemins qui mènent facilement au piratage. Hier après-midi, il fallait 22 minutes pour télécharger «The Artist» et moins d'une demi-heure pour avoir «Polisse». Sans être abonné à quoi que ce soit, ni débourser un centime."

En outre, en rompant unilatéralement l'accès à Megaupload via les serveurs DNS, le FBI ignore probablement à quel point ce mode opératoire suscite l'inquiétude dans le reste du monde, tant dans le domaine culturel que cyberstratégique. À l'heure actuelle, la Russie, la Chine (et maints pays émergents) s'interrogent : « après Megaupload, à qui le tour ? Des sites .ru ou .cn ? »

Selon Andrea Frandin et Guillaume Ledit (OWNI), c'est « le dispositif plus que la cible : voilà ce qui inquiète les observateurs attentifs du réseau. Du jour au lendemain, le site a disparu des cartes Internet, sous l’effet d’une décision unilatérale des autorités américaines. Et le couperet est tombé avec une simplicité déconcertante. [...] En ce sens, la coupure de Megaupload peut être vue comme une nouvelle légitimation politique, spectaculaire et sans précédent, des intérêts du monde culturel face à ceux du réseau. [...]

Le réseau, que l’on présente comme si difficile à atteindre, a ici été amputé d’une constellation de sites représentant 4% du trafic. Megaupload était l’un des 100 sites les plus consultés au monde. Tout sauf une broutille. Pour Benjamin Bayart, si la coupure est nette et facile, c’est en raison du caractère centralisé de Megaupload : "Megaupload était relativement facile à atteindre : le FBI a débranché tous les serveurs dans des pays où ils disposaient de bons accords. Même si le site avait des serveurs cache [NDLR : des serveurs qui rapprochent les contenus des utilisateurs] sur toute la planète et y compris en France, il suffit de couper la tête pour que ces serveurs ne servent plus à rien."

Megaupload n’est donc pas l’hydre redoutable présentée dans les médias. D’autres sites en revanche, sont beaucoup plus redoutables pour les industries culturelles. “On peut fermer Megaupload. On ne peut pas fermer BitTorent”, poursuit Benjamin Bayart, évoquant une plate-forme populaire d’échange en peer-to-peer. “Pour couper BitTorent, il faudrait intervenir auprès de chacun des utilisateurs connectés. Et donc avoir plus d’agents fédéraux que d’internautes. Ça ne peut pas marcher. Et c’est injustifiable. »

La Charente libre : Megaupload ferme, les hackers rigolents

OWNI : Internet après la fin de Megaupload


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