Dans
un
superbe et long reportage, Technology Review nous
explique comment de multiples acteurs de la rébellion libyenne ont
utilisé les médias numériques et les réseaux sociaux afin de
l'emporter sur les armées du Colonel Kadhafi.
Ainsi,
des guérilleros libyens peu expérimentés réussirent à défaire
un véhicule lance-roquettes après avoir glané de précieux
renseignements via leurs mobiles connectés sur Skype auprès de
compatriotes exilés au Royaume-Uni et en Finlande. Grâce à leurs
ordinateurs portables, à leurs smartphones et à Google Earth, ils
purent orienter et ajuster précisément leurs tirs d'artillerie et
de roquettes. Parallèlement, l'identification de l'armement et des
mines ennemies fut « crowdsourcée » et constamment mise
à jour sur Twitter.
Afin
de transporter des armes en échappant aux contrôles routiers, de
quitter sain et sauf une ville bombardée ou d'embusquer leurs
ennemis et disparaître aussitôt, des cartes numériques furent
partagées sur YouSendIt grâce aux bons et loyaux services d'un
producteur radio libanais-américain.
Grâce
à l'immense contribution d'une consultante parisienne en
communication stratégique et d'un « officier européen des
renseignements à la retraite » (aujourd'hui membre du
gouvernement libyen de transition), des rebelles et des civils
libyens sous le feu firent un usage salvateur de Twitter, Facebook et
Livestream, et obtinrent des informations exactes sur les positions,
les mouvements, les tactiques et l'armement des troupes du Colonel
Kadhafi. Ce n'est guère un hasard si les navires chargés d'armes
(expéditeur: Etats-Unis/Europe, destinataire: rébellion libyenne)
et de matériel humanitaire parvinrent au port de Misrata en évitant
autant que possible les bombardements de l'armée de Kadhafi et
d'éventuels « tirs amis » de l'OTAN... qui, fait rare,
informa la rébellion libyenne - via les communications tactiques et
les réseaux sociaux - de ses frappes aériennes quelques minutes
avant que les chasseurs ou les drones entrent en action.
Selon
un officier anonyme de la Marine française spécialisé en systèmes
d'armes et en liaisons tactiques - surnommé « Eric Martin »,
les états-majors de l'OTAN furent d'abord réticents envers ce
renseignement de source ouverte (open source intelligence), puis devinrent pragmatiques en
comparant sa remarquable efficacité à celles de sources militaires.
En outre, la CIA, le DARPA et le Mi-6 auraient savamment analysé
« la Libye des réseaux sociaux et des circuits officieux »
grâce à des applications logicielles de leur cru.
Aux
yeux d'Eric Martin, l'OTAN demeure lourdement pénalisée par sa
complexité intrinsèque et par les inerties administratives,
culturelles et linguistiques inhérentes une telle structure. De
plus, sa hiérarchie est très peu versée dans les médias et
réseaux sociaux et n'a pas su tirer pleinement leçon de
l'expérience libyenne.
NB
: N'avais-je pas insisté à plusieurs reprises (sur ce blog et dans
mes articles AGS/presse stratégique) sur « ces générations
d'hommes politiques et d'officiers plus migrants que natifs du
numérique » ?
Dans
cette « infoguerre en réseaux pour la guerre » poussée
à un paroxysme sans précédent, on constate également que les
réseaux tribaux, claniques et familiaux damèrent sévèrement le
pion aux hiérarchies de l'administration Kadhafi, alors qualifiées
de « sultaniques » par les populations du nord de la
Libye.
Confrontés
à un ennemi supérieur en mobilité et en puissance de feu, ces
réseaux traditionnels irriguant la rébellion libyenne formèrent un
système composite de renseignement open source en interaction
permanente avec l'OTAN tout au long de sa campagne libyenne.
D'une
certaine façon, le régime Kadhafi était une puissante machine
politique et militaire, malheureusement un peu trop rigide et obsédée
par la figure de son leader, et qui fut rapidement submergée
par des réseaux sociaux à
la fois agiles, résilients, virtuels et très réels.
Cette
guerre de l'information venue de Libye constituera certainement une
mine incroyablement riche d'enseignements... et sera longuement analysée dans les prochains jours sur AGS/Electrosphère.
Technology
Review : People
Power 2.0
En
savoir plus :
- Electrosphère : Le hacking téléphonique de la rébellion libyenne
- Electrosphère : Les robots improvisés de la rébellion libyenne

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