mercredi 13 juin 2012

Africanistan: menace sur l'islam noir

Ousman Blondin Diop: Menace sur « l'islam noir » (Le Monde)
Historiquement, l'islamisation de l'Afrique noire s'est construite sur la rencontre entre des sociétés aux traditions sociales et spirituelles indigènes avec des valeurs nouvelles, différentes et d'origine arabo-berbère, véhiculées par le commerce caravanier, mais qui parviendront à un syncrétisme religieux tout à fait original. […]


Ainsi, si l'islam a pu épouser les valeurs et pratiques antéislamiques des sociétés spirituelles traditionnelles des Africains, cela tient précisément à sa souplesse d'adaptation qui n'entraînait pas de rupture avec la coutume. […] Si l'islam s'est imposé sans mal, c'est parce qu'il apportait une plus-value au corps social endogène, par empilement et non par substitution.[...] Enfin, l'Afrique subsaharienne ne doit pas se laisser divertir de ses propres urgences de développement face aux défis contemporains, au moment où elle entre dans sa propre période d'invention de sa place dans le monde.

Jeune Afrique: Africanistan
Au Mali, où l'urgence consiste à endiguer la pauvreté, l'analphabétisme et la sécheresse, ces don Quichotte en djellaba ont choisi de commencer par la tournée des bars, avec pour divine mission la destruction des réserves d'alcool. […] Rien n'empêche désormais ces purificateurs de brûler les manuscrits de Tombouctou, qu'ils jugeraient « hérétiques ». Et pourquoi pas remplacer le bambara et le songhaï par l'arabe ? Pourquoi pas sortir de la tête des enfants les contes de griots et interdire les palabres sous prétexte qu'elles brouilleraient le message de la charia ? Entre-temps, les salafistes s'emploieraient à couvrir les Africaines de la tête au pied. Enfermez-moi donc toutes ces graines du diable qui s'obstinent à se faire de jolies nattes et à gambader comme des gazelles ! Brûlez-moi ces tissus en bogolan et ces boubous en basin. […]


Ainsi serait l'Afrique d'Aqmi et d'Ansar Eddine - dont le nom signifie « défenseurs de la religion », mais qui, en réalité, en sont les pires détracteurs. Plutôt que de se souvenir, comme le clame l'adage, que « Dieu est beau et aime la beauté », les djihadistes ne cessent de prôner l'esthétique de la laideur et la culture de la mort. Alors, le jour où l'Afrique sera l'Africanistan, on y perdra non seulement l'âme du continent mais la mémoire du monde.

Aucun commentaire: