jeudi 5 juillet 2012

Football: la stratégie espagnole de saturation et d'interdiction

J'ai adoré l'Euro 2012 qui, à mes yeux, a marqué le football d'un véritable saut qualitatif: vitesses de jeu, stratégies collectives, solidité des défenses, efficacité des contre-offensives. Du premier tour à la finale, le calendrier des rencontres fut proprement digne d'un Mondial. Les équipes africaines, sud-américaines et moyen-orientales/asiatiques ont du souci à se faire pour le Mondial 2014: les équipes européennes – toutes très bonnes ou excellentes - les attendent de pied ferme.


Néanmoins, l'Espagne a démontré – depuis le Mondial 2010 - à quel point elle était nettement au-dessus de la concurrence.

Au départ, la seule identité de la fameuse Roja a de quoi faire frémir d'excitation ou d'angoisse car son sélectionneur Vicente Del Bosque a su taire la rivalité atavique entre Real de Madrid et FC Barcelone, osmoser leurs superbes talents respectifs pour aboutir au final à une redoutable machine de football, de surcroit typiquement espagnole.

Question: que faire lorsque Xavi, Xabi, Busquets, Mata, Iniesta, Fabregas, Silva, Torres et/ou Mata déferlent quasi simultanément jusque dans vos dernières lignes de défense? Réponse: courir derrière un ballon aux pieds d'Espagnols ayant toujours un ou deux mètres d'avance... et se faufilant sereinement dans vos minuscules périmètres défensifs.

Contrairement aux autres équipes, la Roja est dépourvue d'attaquant/d'avant-centre officiel (et donc d'une cible facile pour les défenseurs comme c'est le cas pour le portugais Christiano Ronaldo, l'italien Mario Balotelli ou le français Karim Benzema) au profit de six milieux de terrain (cités plus haut) développant d'incroyables volumes de jeu... sans pour autant s'épuiser.

Ainsi, les défenseurs étaient constamment confrontés à un dilemme cornélien: « marquer » vainement tous les middlefields espagnols ou être en permanence « pressés » par une armée rouge aussi efficace en attaque qu'en défense. Après une demi-heure de jeu, l'Espagne réussissait littéralement à « stériliser » le jeu de son adversaire... qui se décourageait et/ou s'énervait plus tôt que tard. Une fois près/dans la surface de réparation, les joueurs du Real de Madrid/FC Barcelone n'avaient plus qu'à mettre en oeuvre ces indéfectibles automatismes (centre/passe transversale et frappe dans les 6-10 mètres) qui terrifient la Champions League.

Telles furent les mésaventures de l'Irlande, de la France et de l'Italie face à l'Espagne... qui n'a encaissé qu'un seul but lors de cet Euro 2012. Seules des équipes très retors comme la Croatie et le Portugal réussirent quelque peu à faire souffrir la Roja lors de la première phase du tournoi.

Dans tous les cas, les adversaires de l'Espagne subirent une stratégie dans laquelle interdiction (des milieux offensifs/des avant-centres) et saturation (des défenseurs) se déployaient dans un seul et même continuum. Qui dit mieux?

À ce jour, le Mondial et l'Euro ne sont pas encore à la hauteur de la Roja. Qui arrêtera donc la formidable armada? 


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