Selon
Ayesha et Parag Khanna, co-directeurs du Hybrid
Reality Institute
et
auteurs du très enrichissant Hybrid
Reality: Thriving in the Emerging Human-Technology Civilization
(TED
Books, 2012),
l'ère informationnelle n'est que le prélude de l'âge hybride.
Percevez-vous l'absence de votre smartphone ou d'un réseau de téléphonie mobile comme un handicap? Si oui, vous êtes sujet à la « nomophobie » (contraction anglaise de l'expression no mobile phone phobia). Avez-vous régulièrement ressenti votre téléphone vibrer puis vous apercevoir que vous n’avez finalement reçu aucun appel, message ou mail? Si oui, vous êtes victime du syndrome des vibrations fantômes, une pathologie psychologique de plus en plus courante à l'échelle mondiale.
Peut-on
considérer ces (vraies ou fausses) pathologies comme des indicateurs
de tendances? Devenons-nous de primaires cyborgs plus en plus
techno-dépendants?
Aux
yeux du couple Khanna, l'âge hybride est celui où l'Homme n'utilise
plus seulement la technologie afin de dominer la nature mais fusionne
littéralement avec des technologies convergentes.
En
moins de deux décennies, nous sommes passés du gros ordinateur fixe
au smartphone, à la tablette tactile et aux lunettes Google. En
moins de dix ans, les médias sociaux ont bouleversé les relations
sociales et l'univers médiatique, transformé la politique et furent au coeur des révoltes
arabes. Les analystes en géopolitique/géostratégie/géoéconomie
feraient bien d'intégrer la « géotechnologie » à leurs noyaux de connaissances. Bientôt, nous imprimerons des objets
réels à domicile et les connecterons à l'Internet
des Objets.
Dans moins d'une génération, l'ordinateur physique tel que nous le
connaissons relèvera de l'histoire et sera remplacé par une
infrastructure informatique quasi invisible et omniprésente
(pervasive
computing
ou
informatique
ubiquitaire)
sur les murs, dans les airs et dans notre corps. Grâce au
rapprochement de la biologie
synthétique,
du génie génétique et des neurosciences, « l'humanité
augmentée » compte orienter voire contrôler son « évolution technologiquement
assistée ».
Source: IEET.org
D'une
certaine façon, l'âge hybride serait l'étape intermédiaire entre
l'ère informationnelle et cette singularité
technologique
tant attendue. Mais où est donc Ray
Kurzweil
?
Consécutivement,
le choc du futur n'en sera que plus brutal et le monde n'en sera que
plus complexe, et les conséquences de cet âge hybride seront
d'autant plus imprévisibles. Au plus fort de l'ère industrielle
pendant les Trente Glorieuses, le réchauffement climatique n'était
qu'une théorie très marginale...
La
convergence actuelle ou imminente des technologies de l'information,
des biotechnologies, de la robotique, des neurosciences, des
nanotechnologies et des matériaux intelligents (la preuve par les
tablettes tactiles, les puces à ADN, l'impression 3D, la réalité
augmentée, les prothèses intelligentes, etc) incitera plus tôt que
tard à revoir les critères de l'innovation, de la compétitivité
et de la puissance.
À
l'âge hybride, la technik
d'une nation sera son atout-maître. Ce terme allemand n'a guère
d'équivalent français ou anglais. Peut-on parler d'intelligence
technologique? Pour le couple Khanna, la technik
est bien plus que le « quotient technologique (QT) »
d'une nation, c'est aussi sa capacité à innover efficacement dans
des technologies hybrides en vue de promouvoir le développement social et grâce à une stratégie/une vision
cohérente de puissance nationale.
Pendant
la guerre froide, les Etats-Unis défirent l'URSS grâce à un
système socioéconomique nettement plus performant et à des
standards technologiques plus élevés, de surcroît habilement
intégrés à une stratégie de puissance plus intelligente.
Aujourd'hui, l'Amérique est certainement la nation disposant de la
meilleure technik,
notamment grâce au « carré magique » réunissant
gouvernement fédéral, universités, armées et industries. La Chine
est en passe de damer le pion aux Etats-Unis grâce à une stratégie
hybride combinant ressources humaines, développement industriel et
militaire, recherche scientifique, espionnage et renseignement de
source ouverte.
NB: Toutes les puissances confirmées ou émergentes sans exception pratiquent intensivement le (cyber)espionnage et le renseignement de source ouverte.
NB: Toutes les puissances confirmées ou émergentes sans exception pratiquent intensivement le (cyber)espionnage et le renseignement de source ouverte.
Sur
la scène géotechnologique, le facteur politique ou socioculturel
compte moins que la technik.
Ainsi, plutôt qu'escompter un effondrement « à la russe »
du Parti Communiste chinois ou espérer l'apparition de quelque
business
model à
l'américaine au coeur de la société chinoise, l'Amérique (qui
subit tout de même une baisse constante de ses effectifs
scientifiques) devrait plutôt redynamiser/renouveler sa technik
afin de ne pas décrocher.
Last
but not least:
une nation maintient et perfectionne d'autant plus sa technik
lorsque ses jeunes citoyens se forgent un quotient technologique
élevé et/ou un esprit créatif digne de ce nom à l'école et à
l'université. Vaste programme.
Ayesha
et Parag Khanna auraient pu être les Alvin et Heidi Toffler de l'âge
hybride si leur essai
geotech
avait été plus précis et plus percutant. Toutefois, ils ont
approfondi plusieurs pistes de réflexion avec brio et leur oeuvre
mérite largement de figurer parmi les grands classiques de la
prospective.


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