jeudi 8 novembre 2012

Des enfants éthiopiens apprennent et piratent Android

Le taux d'alphabétisation à Wonchi et à Wolonchete (Ethiopie) est quasiment nul et l'immense majorité des habitants n'ont jamais vu un caractère imprimé, un livre, un journal, un signal routier ou un emballage papier.


Début 2012, le programme One Laptop Per Child offrit des centaines de tablettes tactiles Motorola Xoom (et leurs chargeurs solaires) aux enfants de ces villages et ne leur prodigua aucune indication sur le fonctionnement de l'appareil (démarrage, interface, périphériques, contenus, etc). Chaque semaine, des techniciens retiraient et remplaçaient les cartes SD de ces terminaux Android afin de reconstituer et d'étudier les usages qu'en faisaient les joyeuses petites têtes.

Cinq minutes après avoir obtenu son joujou hi-tech, un enfant - qui n'avait jamais vu un bouton on/off - ouvrit la boîte de protection et réussit à démarrer la tablette. Cinq jours plus tard, chaque enfant utilisait quotidiennement une quarantaine d'apps. Au bout de deux semaines, les enfants chantaient l'alphabet (en anglais) et épelaient des mots. Un petit garçon utilisa un logiciel de dessin pour écrire le mot « lion » après avoir vu une image de l'animal dans un jeu d'alphabétisation.

Les webcams intégrées avaient été désactivées par des techniciens du projet OLPC mais les enfants découvrirent de quoi il s'agissait et parvinrent à activer cette technologie. Les bureaux Android avaient été bloqués mais les enfants contournèrent cette interdiction afin de personnaliser leurs interfaces. Pour couronner le tout, la recharge énergétique des tablettes n'avaient plus aucun secret pour eux.

Les cas d'enfants apprenant rapidement tous seuls et/ou en groupe grâce des ordinateurs avaient déjà été abordés deux ans plus tôt sur ce blog. Pour Nicholas Negroponte, fondateur et superviseur du programme OLPC, « si ces enfants peuvent apprendre pour lire, ils peuvent donc lire pour apprendre ».

Dans des pays du tiers-monde où la pénurie d'enseignants est très souvent chronique, des technologies bon marché peuvent ouvrir la porte à des solutions peu ou prou innovantes, à l'image de l'impact très positif qu'ont produit la téléphonie et l'Internet mobiles en Afrique. Ce n'est guère un hasard si les smartphones Huawei-Android (= made in China + Google inside) à prix cassés se vendent comme des petits pains en Afrique orientale et australe.

Parallèlement, cette confrontation entre des enfants d'un village éthiopien et une tablette Android démontre une fois de plus ce que nous savions déjà sur le théâtre de la cybersécurité: un ou plusieurs acteurs suffisamment déterminés et disposant du temps nécessaire réussissent très souvent à contourner une interdiction ou à craquer une protection. En bref, l'ingéniosité humaine ne doit jamais être sous-estimée.

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