jeudi 13 décembre 2012

Comment la crise financière transforme l'économie sud-sud

La trop forte dépendance aux produits importés d'Europe/d'Amérique de consommation courante a longtemps été l'une des grosses lacunes des pays du tiers-monde (notamment ceux africains) peinant à développer leurs productions locales et à diversifier tant leurs débouchés commerciaux que leurs politiques d'importation. 


Parallèlement, si la chute brutale de la consommation chez Oncle Sam et sur le Vieux Continent a poussé les firmes multinationales à s'intéresser de plus près aux marchés émergents, les pays du tiers-monde ont été pris d'assaut par des firmes issues de nations émergentes, très souvent plus aptes que leurs concurrentes occidentales à adapter leurs prix aux ressources des consommateurs locaux sans pour autant sacrifier la qualité. 

En effet, l'acheteur africain, indien ou sud-américain est de loin plus exigeant sur le prix que son homologue occidental en quête du meilleur rapport qualité-prix. Dès lors, l'approche du fabricant/distributeur consistera moins à constamment différencier une offre de qualité ascendante qu'à commercialiser des produits low-cost et à faire d'ingénieuses promotions sur des marques solidement établies.

Cas d'école: le Cameroun. Les entreprises françaises de BTP ont rapidement rendu les armes face à une déferlante chinoise. Après avoir pris le dessus sur Orange dans la téléphonie et l'Internet mobiles, l'opérateur télécoms sud-africain MTN devra se faire à Viettel, un nouvel entrant vietnamien qui promet de casser les prix. En plus de fournir du matériel à l'opérateur national Camtel et à l'Ecole Nationale Supérieure des Postes et Télcommunications, de former leurs techniciens/ingénieurs sur place ou en Chine, Huawei s'est offert une position confortable dans les téléphones fixes et mobiles et devient la meilleure passerelle de l'OS mobile Android vers l'Afrique. Les smartphones et tablettes made in India et les netbooks à 300€ du coréen Samsung se vendent comme des petits pains. Les entreprises brésiliennes Andrade Gutierez (BTP, télécoms), Pétrobras (hydrocarbures), Hydromine (aluminium, exploitation hydro-électrique) et le patronat de Sao Paulo (agro-alimentaire, énergie) ont profité du sillage de la nouvelle ambassade du Brésil au Cameroun. Dans la grande distribution, l'entreprise indienne Mahima a su séduire les classes moyennes/aisées urbaines. De nombreux stagiaires en informatique, en télécoms et en agronomie préfèrent désormais passer une ou deux années en Inde plutôt qu'en Europe ou aux Etats-Unis.

La crise financière commencée en 2008 n'a fait que renforcer les investissements et le commerce sud-sud, tendance qui s'est étendue au B2B (business-to-business) entre pays émergents d'abord, et avec les pays pauvres ensuite.

Dans le cas spécifiquement africain, « le lien Chine-Afrique va rester une dynamique clef de la croissance du continent, que ce soit en termes de commerce, d’investissements mais aussi et surtout de financement », selon les économistes Thomas Costerg et Sarah Erwin (l'Economiste).

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