vendredi 1 février 2013

Comment éviter une guerre du "Sahelistan" ?

L'ennemi se dérobe (Abou Djaffar) : « Touchés par les raids aériens, les jihadistes se sont donc retirés dans la profondeur de ce pays presque vide. Habitués depuis des années à vivre dans un environnement hostile, bénéficiant des immenses lacunes sécuritaires des Etats riverains comme de l’insuffisance des moyens militaires français à contrôler la zone, ils n’ont sans doute pas encore montré l’ampleur de leur capacité de nuisance. [...] Le fait est qu’avec près de 3.500 hommes et les effectifs d’un escadron de chasse au Mali la France fait un effort qui fait pâlir d’envie ses alliés européens. On est loin, pourtant, de ce que nous sommes censés pouvoir mettre en oeuvre en cas de crise majeure. L’imbrication des crises, du jihad syrien au Sahel, de révoltes en révolutions, l’interconnexion des théâtres, du Yémen au Mali en passant par le Pakistan, sont autant de défis que nous relevons en ordre dispersé, et c’est finalement dans le discours de ceux que nous combattons que nous trouvons l’unité qui nous fait défaut. »


Mali: « Mission accomplished »? (Ultima Ratio) : « Tout d’abord, le « faible » a généralement conscience de sa faiblesse relative. Il évite donc tout choc frontal qui pourrait lui être fatal. Il n’hésite pas à se replier quand il est attaqué et passe à l’offensive quand le « fort » apparaît localement vulnérable. […] Ensuite, le « faible » joue souvent à domicile, maîtrise le terrain et peut se fondre au milieu de la population. C’est ce qui s’est passé en Afghanistan et en Irak – du moins pour les insurgés issus du terroir. […] Enfin, le « faible » est persuadé de disposer d’un avantage moral sur son adversaire. Dans le cas des jihadistes, cette supériorité est de nature religieuse : ils se perçoivent en effet comme des remparts face à l’impiété. Ils mènent une lutte sacrée et sont prêts à mourir pour la cause de Dieu. Autrement dit, ils sont dans une logique de guerre totale alors que le « fort » est bien souvent dans une logique de guerre limitée. Dans le cas d’AQMI, cette logique de guerre totale est renforcée par le fait que plusieurs leaders de l’organisation ont déjà été condamnés à mort par contumace. Ils n’ont donc d’autre alternative que la victoire, la fuite ou la mort. »


Les joueurs du non-E (Colonel Michel Goya, Alliance Géostratégique) : « En fonction de leur capacité d’implantation, de leur motivation et de leur armement, sans oublier le facteur démographique, on obtient ainsi tout un spectre de milices depuis la petite bande en rébellion comme certaines troupes mutines en Afrique sub-saharienne jusqu’à l’armée du Hezbollah, bien équipée, parfaitement implantée dans son milieu géographique et très motivée. [...] Le combat qui s’engage ensuite contre les milices est généralement victorieux mais il n’obtient que rarement un succès décisif car l’acteur non-étatique ne respecte que peu le schéma clausewitzien de soumission politique après la défaite militaire. Organisations réticulaires certainement et telluriques parfois peuvent reconstituer leurs forces à l’étranger tandis que sur place les éléments survivants adoptent des modes d’action plus furtifs, de terrorisme dans le premier cas, de guérilla dans le second. En résumé, la force expéditionnaire ne vainc pas vraiment l’ennemi, elle le transforme. Un autre combat commence alors, au milieu des populations, généralement beaucoup plus long et qui nécessite d’autres moyens et une autre approche. »

Drôle de guerre (Forces Opérations Blog) : « Vu la porosité et l’élongation des frontières, un grand nombre de combattants d’Aqmi pourraient fuir vers d’autres terrains de jeux, hors de portée des armes françaises. Et puis, le Niger ou la Mauritanie, voir l’Algérie, regorgent d’autres « In Amenas » […] Cependant, un risque demeure : l’engagement asymétrique. Vu l’élongation des distances, le combat au Mali est mobile. Et si les colonnes françaises avancent vite, les effectifs engagés par Paris sont loin d’êtres suffisants pour pouvoir occuper et sécuriser l’ensemble du territoire, grand comme presque deux fois la France. C’est donc aux bons soins des forces maliennes que le contrôle des villes et villages libérés par Serval revient. Des forces maliennes, à l’efficacité douteuse, qui pourraient bien se retrouver la cible d’attaques. Loin derrière les lignes françaises qui avancent. Le véritable front se déplacerait alors à l’intérieur. Et c’est une autre guerre qui s’ouvrirait. Une guerre d’usure menée par un ennemi rapide et difficilement saisissable. Une guerre avec un front diffus où la menace est partout. »

Eviter les erreurs de l'Irak et de l'Afghanistan (François Heisbourg, Ouest-France Blogs) : « Il faut empêcher les djihadistes de recouvrer les moyens de leur mobilité. La bataille de l’essence est essentielle et de ce point de vue la fermeture de la frontière algérienne est importante. Faire en sorte que les conditions soient remplies pour la stabilisation des zones libérées par des moyens africains et maliens pour que puisse commencer le processus politique. [...] La fermeture de la frontière algérienne a deux conséquences : 1/ faire le plein va devenir plus compliqué. Cela posera aussi des problèmes d’accès aux concessionnaires, il faudra acheter des véhicules, des pickups. 2/ L’autre faculté dont les djihadistes sont privés, c’est le passage direct au Niger. [...] Selon moi, la seule façon pour les Touaregs de retrouver une place à la table de discussion c’est de montrer sur le terrain qu’ils sont prêts à prendre des risques pour se débarrasser des djihadistes. »

Source: Abou Djaffar

Des sociétés à la géopolitique du conflit (Michel Galy, Afrik.com) : « Illusion d’ailleurs de ne voir que des « islamistes » au Nord, alors que l’islamisation de la société malienne en un phénomène de longue durée, combattant la laïcité d’un Etat malien hélas discrédité par la corruption , le népotisme et des élections contestées. Il n’est que de voir la puissance de Mohammed Dicko, dirigeant du Haut conseil islamique à Bamako, qui a fait échouer un texte parlementaire sur le statut de la famille, pour combattre des illusions politico-militaires courantes ! Avec un pouvoir en partie double à Bamako - le capitaine Sanogo et le président Traoré , qui prétend on renforcer, alors même qu’une intervention occidentale et africaine, certes salvatrice dans l’instant, affaiblit à terme ce qu’il reste de l’Etat malien ? »


Guerre au Mali : l'Afrique sous le choc (François Soudan, Jeune Afrique) : « D'ailleurs, est-on si sûr que cela de la précision chirurgicale des frappes françaises sur Gao, Tombouctou, Kidal, Léré ? [...] À quand les images, sur un site jihadiste, d'une famille de pasteurs songhaïs ou de nomades touaregs fauchés par l'éclat d'une bombe « impie » ? [...] Pour une fois que la singulière et incestueuse liaison franco-africaine débouche sur une ingérence vertueuse, s'en plaindre serait malvenu. [...] La reconstruction du Mali, qui suppose l'invention d'un nouveau modèle d'État fédéral et, au-delà, une éradication régionale des sources de financement des groupes terroristes nécessite sans doute un accompagnement politique, économique et sécuritaire lourd et de longue haleine, que seule la communauté internationale peut (et doit) offrir. Mais, en même temps, imaginer que ce but sera atteint par la seule botte des soldats de l'ex-puissance coloniale relève de l'aberration. »

An Iron Hand in a Velvet Glove: Reclaiming the French art of Statecraft (Kings of War) : « Equally interesting is to look at the French diplomatic and strategic concerns and to put them in some perspective. France has a long tradition of articulating military power and diplomacy that dates back at least to Richelieu, and it is worth looking at the way these two elements interact in the recent French interventions. [...] France and the UK are now the only remaining forces able to cover the entire spectrum of military activities in Europe, and the last willing to use force: the assessment is fifteen years old already, and each military intervention is a painful reminder that nothing has changed. In the short term, this is good news for France, and confirms its status of responsible nation, but the medium- to long-term perspectives for Europe are obviously much grimmer. »

In Search of Monsters (Stephen W.Smith, London Review of Books) : « The bigger question is not why France decided to intervene but why America has held off. Is it simply imperial overstretch and war-weariness? That seems a little thin, given the hue and cry in Washington about ‘ungoverned spaces’ and ‘terrorist safe havens’. After all, the Sahara is six times as big as Afghanistan and Pakistan combined. And why sink money into the Trans-Sahara Counterterrorism Partnership – more than $1 billion since 2005 – or foot the bill for Operation Enduring Freedom Trans-Sahara, if at the end of it all al-Qaida is allowed to march on Bamako? Why would Obama order more drone strikes than his predecessor against the leaders of Somalia’s al-Shabaab, a group with relatively weak links to international terrorism, but not lift a finger to stop AQIM from taking over Mali? [...] When I put these thoughts to a US military staffer involved in anti-terrorism in Africa, he replied tersely: [...] ‘America goes not abroad in search of monsters to destroy.’ Well, not any longer perhaps. But France has done precisely that. »

Aucun commentaire: