lundi 4 février 2013

Réflexions sur la guerre en Toyota

Dans un article aussi riche que documenté, Stéphane Mantoux (Historicoblog) décrit comment l'armée tchadienne, forte de ses pick-up Toyota légers et rapides, l'emporta progressivement sur la colossale armée conventionnelle du (feu) Colonel Kadhafi.


On notera que le Tchad bénéficia d'un entrainement intensif, d'un armement léger anti-char et d'un parapluie aérien prodigués par la France, ainsi que d'un renseignement satellitaire fourni par les Etats-Unis. Ce n'est pas rien.

N.B.: Combien de temps aurait-il fallu à la rébellion libyenne pour prendre Benghazi et Tripoli sans le soutien aérien de l'OTAN, l'instruction de plusieurs forces spéciales européennes, le concours de quelques milices djihadistes et une remarquable infoguerre 2.0 ?


Ce conflit de longue haleine (1978-1987) démontre que plusieurs années furent nécessaires pour former efficacement une armée plus ou moins hybride. Corrélativement,  le président Hissène Habré fit preuve d'une patience rare, d'une perspicacité tant politique que stratégique, et sut réunir les ingrédients nécessaires à la réussite d'une Toyota war devenue mythique auprès de nombreuses armées hybrides ou irrégulières. En effet, il coalisa les tribus tchadiennes contre l'ennemi libyen, recomposa avec ses rivaux politiques/militaires et s'entoura de redoutables « chiens de guerre » dont Idriss Déby Itno, actuel dirigeant du Tchad. Les « abeilles en pick-up »  semblaient littéralement portées par un « effet dominant » dans la conduite de leurs opérations et eurent peu à peu raison de l'armada libyenne grâce à des tactiques en essaim et à des embuscades aussi dévastatrices que spectaculaires. 

Dès lors, on comprend pourquoi l'armée tchadienne (équipés de véhicules made in France / South Africa plus modernes mais toujours légers et rapides) soit aujourd'hui l'une des plus aguerries en Afrique a fortiori en milieu désertique. Nul doute que son expérience sera incontournable au Mali face aux milices djihadistes. 

Une fois de plus, le Tchad dispose d'un leadership qui s'est très probablement forgé une vision stratégique et une école de guerre... au gré des turpitudes de sa scène intérieure et de son voisinage immédiat : Centrafrique, Soudan, Libye, Niger, Mali, etc.

Question à 7,62 mm : les tactiques de l'armée tchadienne seraient-elles peu ou prou comparables à celles des milices djihadistes ?


2 commentaires:

Stéphane Mantoux. a dit…

Hello Charles,

Merci pour la citation.
C'est bien l'opération Serval et l'intervention française au Mali qui m'ont poussé à rédiger cet article que j'avais déjà envisagé précédemment au moment... du soulèvement et de la guerre civile en Libye (sic).

A noter effectivement, aussi, l'expérience d'une armée tchadienne qui a su aussi écraser tous les assauts type rezzou des mouvements rebelles (parfois soutenus en sous-main par le Soudan), avec là encore l'appui discret mais essentiel de la France (qui en 2008 protège l'aérodrome de N'Djamena d'où décolle les Mi-24 qui traquent la roquette les pick-ups évoluant dans les rues de la capitale, et facilitent les livraisons de munitions pour T-55 et Mi-24 en provenance... de Libye).

Quant à comparer les tactiques mises en oeuvre par les FANT d'Hissène Habré à l'époque à celles des milices opérant au Mali, je n'ai pas suffisamment d'informations pour me prononcer. En revanche, la première attaque de celles-ci début 2012, quand l'armée malienne avait été chassée de l'Azawad, ressemble fortement au schéma tchadien (force mobile contre armée conventionnelle, ici beaucoup plus redoutable que l'armée libyenne, en plus). Mais il y a aussi des différences notables : pas de soutien extérieur étatique pour ces groupes, peut-être aussi plus de divergences internes, etc.

Cordialement.

Stéphane Mantoux. a dit…

Re,

Petite erreur dans le commentaire précédent : je voulais dire armée malienne beaucoup moins redoutable que l'armée libyenne de Kadhafi, bien sûr.

++