mardi 9 avril 2013

Game of Thrones : l'art de la manipulation par Margaery Tyrell

La troisième saison de la très populaire et excellente série Game of Thrones – au croisement de la littérature, du cinéma et de la télévision – a commencé depuis deux semaines et révèle de subtiles manoeuvres féminines dès son second épisode.


En effet, le S03E02 dévoile plus clairement une réalité déjà visible depuis belle lurette : les Stark sont certes de féroces guerriers et de coriaces survivants mais manquent cruellement de finesse politique par rapport aux Lannister et surtout aux Tyrell. À Westeros, une telle lacune rapproche plus de l'échafaud que du trône.


Feu Lord Stark en sait quelque chose. Comment a-t-il pu s'imaginer qu'un bout de papier et une petite garde rapprochée lui offrirait le Trône de fer dans une cité royale aux mains des Lannister ? N'avait-il pas un tant soit peu observé cette cour infestée de vipères et de crotales ?

En effet, les Stark jouent systématiquement le jeu de la vérité et ne savent ni manipuler ni mentir, exception faite de l'espiègle Arya qui manoeuvra sur le fil auprès de Twyin Lannister (brillamment interprété par le charismatique Charles Dance) ne respectant que l'intelligence et la culture.

Tyrion Lannister aurait-il besoin d'une conseillère psychologique en la personne d'Arya ? Pourquoi manqua-t-il autant de « renardise » face à son félin de père (dans l'épisode précédent) ?

Prisonnière de King's Landing, Sansa ne tente rien pour s'échapper et attend le Père Noël (en la personne du très sournois Lord « Littlefinger » Baelish ?), et ce, d'autant plus qu'elle n'est plus d'une quelconque utilité depuis l'arrivée des Tyrell. Son éventuelle évasion nuirait simplement à un échange déjà sérieusement compromis de Jamie Lannister (la plus fine de lame de Westeros qui a reçu une cuisante leçon d'escrime de Brianne de Tarth) contre des filles Stark en cavale.

Robb est un solide chef de guerre mais son aide de camp a très probablement perçu que la famille Stark, dispersée sur Westeros et privée de sa seigneurie natale, avait bel et bien perdu une guerre sans but réel car la vengeance ne peut constituer une fin politique ou militaire en soi. En outre, le Roi du Nord avait avoué (dans la deuxième saison) à sa future épouse plutôt perplexe qu'il ne saurait quoi faire du pouvoir royal une fois en sa possession. Compte-t-il se faire dévorer tout cru par les Lannister et/ou par les Tyrell ?



La rencontre de Sansa Stark (Sophie Turner), de Margaery Tyrell (Nathalie Dormer) et de sa mère Olenna (Diana Rigg, autrefois Emma Peel dans la so british série Chapeau Melon et Bottes de Cuir) fournit un éclairage plus prononcé sur l'état d'esprit des familles Lannister et Tyrell, toutes deux véritablement assoiffées de pouvoir. Néanmoins, la seconde - qui ne souffre guère de consanguinité - semble nettement moins sanguinaire et plus portée sur la séduction constante et la manoeuvre permanente que la première.



La sarcastique, plutôt bienveillante et très perspicace Lady Olenna connaît parfaitement les forces et les faiblesses de sa propre famille et désapprouve en filigrane la haine réciproque que se vouaient réciproquement les frères Renly et Stannis Baratheon alors incapables de combattre les Lannister à l'unisson et donc très mal préparés pour convoiter le Trône de fer.

« On n'aurait pas du s'en mêler si vous voulez mon avis. Mais une fois le lait de la vache tiré, on ne peut pas remettre la crème dans les mamelles. Donc nous venons voir les choses venir. Qu'as-tu à dire à ce propos, Sansa ? »

Sansa ne saisit point mais avoua tout de même sa préférence pour la tarte au citron. Toutefois, entre les sournoiseries de Lord Baelish, la vigilance de Shae et les affinités peu ou prou utilitaristes des Tyrell, les cieux ne sont plus aussi sombres pour la rousse colombe.

Margaery essaie-t-elle de conquérir le « bas peuple » - par constrate à des Lannister à la fois craints et détestés - qui serait alors acquis à sa cause en cas de besoin (mariage, complot) ? Essaie-t-elle à juste titre d'éloigner Joffrey de l'influence néfaste de son incestueuse reine-mère ?

Cersei Baratheon-Lannister a compris d'emblée que « Maggie » manie les esprits avec une habileté sans pareil et ne trouve rien d'autre que maudire la garde-robe (pourtant très élégante) de sa future bru auprès de son incontrôlable rejeton de roi. Nul doute qu'elle regrettera la candeur de Sansa et n'en restera guère la.

« Margaery Tyrell is a musician and everyone else is her instrument and she learned everything she knows from her grandmother Olenna. Cersei had one thing right — everything Margaery does, she does for a reason. And she knows exactly which strings to pluck to make everyone she needs to trust her. People fall at her feet because she weaponizes her niceness and her femininity and her ability to appear sweet and innocent. [...] She uses everything to her advantage. Margaery Tyrell will fuck your shit up, just the way her grandma taught her. » Renly Baratheon's blog

L'entretien privé entre le sadique Roi Joffrey et sa machiavélique promise Margaery fut probablement l'une des plus belles et plus marquantes scènes de GoT.



Dès l'instant où Maggie ouvrit la porte, sa vie ne tenait plus qu'à la pointe d'une flèche – à l'instar de Sansa une saison plus tôt - face aux provocations de son futur époux armé de son arbalète. Forte de l'influence et des enseignements de sa mère, Maggie parvint admirablement à retourner la situation en sa faveur : 1/ elle évoqua son devoir d'épouse et future reine-mère afin de susciter la compassion de Joffrey, 2/ elle dénigra la préférence de Renly pour la gente masculine afin d'éveiller et d'orienter sa virilité, 3/ et se servit de sa cruauté (et de son fétichisme pour l'arme blanche) afin d'établir une sensuelle complicité et même de nouer un rapprochement tactile avec ce garçon aussi distant qu'imprévisible. 

En dénichant sur le vif et en tirant parti de cette facette de Joffrey, Margaery a marqué un véritable coup de maître sur le plan psychologique. Jusqu'où ira-t-elle pour devenir reine ? 

Aucun commentaire: