mercredi 17 avril 2013

L'Afrique, dernière frontière du capitalisme

Achille Mbembe, journaliste et politologue camerounais : 

« Historiquement, deux principes gouvernent la production des espaces africains. Et d'abord la multiplicité. Qu'il s'agisse des formes de vie, des logiques institutionnelles ou des rationalités économiques et culturelles, tout, ici, s'est toujours conju-gué au pluriel. [...] Il s'en suit que la vie sociale, culturelle et politique est régie par les logiques de la composition (addition des fragments), ou encore des réseaux. D'ailleurs, l'une de nos difficultés sur le temps long provient du fait que la logique des réseaux a souvent pris le pas sur celle des institutions. [...] C'est ce qui explique qu'au fond, les sociétés africaines sont bien plus ouvertes à l'innovation qu'on ne l'a prétendu. 


[…]  Avec ses terres relativement vierges, ses immenses ressources énergétiques et bio-environnementales, ses innombrables gisements miniers et son marché potentiel de plus d'un milliard d'habitants, l'Afrique représente objectivement la dernière frontière du capitalisme. Le pouvoir, dans cette constellation, est plus que jamais diffus. Mais davantage encore, il fait l'objet d'une privatisation accrue. Pour ceux qui en sont les détenteurs, il s'agit chaque fois d'en faire une propriété privée. D'autre part, le pouvoir se déploie en noyaux, latéralement sur un mode transnational, sous la forme de particules, dans l'instabilité et le flottement d'où en partie sa rapacité et sa brutalité, mais aussi sa faiblesse. Il peut soudain s'écrouler, du jour au lendemain, presque sans préavis...

[…] L'Europe est saisie par un fort désir d'Apartheid. Partout, les murs sont reconstruits et les frontières militarisées. L'heure du grand partage entre ceux qui peuvent circuler librement a travers le monde et ceux qui doivent être confinés chez eux ou qui ne peuvent bouger que sous certaines conditions rendues chaque jour plus draconiennes – cette heure est arrivée. Et la re-balkanisation du monde est en cours. La plupart des pays européens rêvent désormais de refonder des communautés pures, sans étrangers. C'est qu'en plus de ne plus avoir grand-chose à dire au monde, ils ne veulent, en outre, ne rien apprendre du reste du monde. Il faut par conséquent laisser l'Europe à elle-même. Ma préoccupation, en tout cas, c'est d'abord l'Afrique au sein d'un monde dont l'Europe n'est plus le centre même si elle en demeure l'un des acteurs importants. L'Afrique doit redevenir son centre propre, sa force propre. »


1 commentaire:

Frédéric a dit…

Voilà une belle analyse qui pourrait donner de l'espoir, même si les actualités ne montrent pas toujours ce côté des choses. Et le libéralisme-capitalisme n'a-t-il pas déjà bien franchi cette barrière africaine en imposant des cultures que l'occident avait besoin au détriment des besoins fondamentaux locaux ?
Je reste sur la note d'espoir malgré tout ;o)
chaleureusement