jeudi 25 avril 2013

Version camerounaise : la libération des otages français

Le webzine Cameroon-Info.net livre la version camerounaise de la libération de la famille française Moulin-Fournier d'abord enlevée au Cameroun pas des "coupeurs de route" au nord Cameroun puis détenue comme otages au Nigéria par la secte islamiste Boko Haram pendant deux mois. 


« Quelques jours après, le voile se lève peu à peu sur les conditions de la libération des otages français enlevés le 19 février dernier à Dabanga dans l'Extrême-Nord du Cameroun. Les sept membres de la famille Tanguy Moulin-Fournier ont été libérés le 19 avril 2013 entre 2 et 4h du matin. [...]

Au lendemain de la visite au Cameroun du Ministre français des Affaires Etrangères (Laurent Fabius), les 15 et 16 mars 2013, le BIR avait exfiltré nuitamment vers la frontière nigériane, à partir de Maroua, au moins quatorze membres de la secte où figuraient Bana Modu, Badou Oumar, Abba Ahmat, Adoum Mahamat, arrêtés le 13 octobre 2012 au pont d'Amchidé en possession de 1.399 munitions, un pistolet automatique et une kalachnikov et détenus à Maroua. Pour mener à bien son opération, le BIR avait loué ce jour à Maroua, auprès de la société de transport interurbain Touristique express, un bus de 14 places où ont pris place dans la nuit les membres de la secte ou supposés comme tels. S'ils n'avaient pas les yeux bandés, un tissu noir couvrait leur tête et ils semblaient totalement méconnaissables aux éventuels curieux.

[…] Les indiscrétions nigérianes recueillies à Maiduguri, fief de Boko Haram, parlent d'une rançon oscillant entre 5 et 7 millions de dollars versée par les négociateurs camerounais via des intermédiaires. Le versement, toujours selon des sources à Maiduguri, se serait déroulé en plusieurs étapes, par des circuits complexes. Quant à la provenance de la rançon, aucun doute côté nigérian. «D'où que puisse venir l'argent, c'est le Cameroun qui a réglé officiellement la note. Il peut l'avoir fait spontanément, par humanisme, parce que les otages ont été pris sur son territoire et qu'il avait une dette morale à leur égard. Il peut l'avoir fait pour améliorer ses bonnes relations avec la France et espérer en tirer des dividendes en termes d'image, de réduction de la dette... Il peut avoir été un simple transporteur de valises et que l'argent a été versé par des tiers... Si vous cherchez l'origine des rançons, autant remonter les comptes des paradis fiscaux. La seule certitude, c'est que l'argent a été versé par les négociateurs camerounais. Maintenant que l'affaire s'est bien terminée, le plus difficile commence pour nous: remonter la chaîne depuis les bandits qui ont kidnappé les otages jusqu'à ceux qui ont encaissé l'argent», ricane notre source nigériane. 

La libération des otages français a encore mis en exergue le rôle prépondérant du Bataillon d'Intervention Rapide dans le dispositif sécuritaire du Cameroun. Cette affaire montre qu'elle est finalement le maillon de confiance à tout faire du régime. Pour l'exfiltration des membres de Boko Haram, alors que les observateurs s'attendaient à voir à la manœuvre la Direction Générale de la Recherche Extérieure (DGRE), c'est finalement les hommes du Général israélien Maher Herez, grand patron du BIR, qui ont pris le contrôle de toute l'opération. Un camouflet pour la DGRE? Elle n'avait pas une profondeur stratégique dans le dossier, précise de fins connaisseurs. […] A moins que ce ne soit une recherche de discrétion absolue. Plus globalement, que ce soit les patrons de la gendarmerie, de la police, ou mieux encore de l'armée, aucun n'a été associé de près aux négociations.

[…] Avant d'être exclues du circuit, autorités administrative de la région et chefs traditionnels avaient été pourtant mis à contribution. A la fin du mois de février 2013, le Sultan de Makary, Ali Mahamat et son compère de Logone Birni, Mahamat Bahar, s'étaient rendus à Ndikwa rencontrer le shehu (chef) de cette importante chefferie traditionnelle qui règne sur une vaste région transfrontalière du Nord-Cameroun, afin qu'il déploie ses antennes pour que les otages soient rapidement retrouvés. Ce dernier les a poliment invités à retourner chez eux, ne voulant pas attirer sur lui les foudres de la secte Boko Haram. » 

Découvrez l'intégralité de l'histoire dans Cameroon-info.net : Révélations sur la libération des otages français.

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