mardi 28 mai 2013

James Bond en a rêvé, Google Glass l'a fait

Une start-up californienne a crée une application de reconnaissance faciale destinée aux lunettes Google... qui suscitent de nombreuses interrogations et inquiétudes en matières de confidentialité et de vie privée. Serons-nous constamment photographiés, filmés, marqués et « partagés » en ligne dans un futur très proche ?


OK Glass. Who's that ?

En 2012, la jeune start-up Lambda Labs avait publié la version beta de Face Recognition API, une petite application de reconnaissance faciale mobilisant déjà plus d'un millier de développeurs, très appréciée par plusieurs multinationales et enregistrant plus de 5 millions de téléchargements. Depuis quelques jours, cette Application Programming Interface (ou interface de programmation) est désormais compatible avec Google Glass et intègre également la reconnaissance d'objets. Dès lors, des apps destinées aux lunettes Google telles que Remember This Face (souviens-toi de ce visage), My Friend In A Crowd (mon ami dans une foule) et Intelligent Contact Books (carnet d'adresses intelligent) exploiteront pleinement leurs fonctionnalités.


Toutefois, Face Recognition API n'est guère comparable à une reconnaissance faciale en temps réel « à la Terminator ou Robocop ». L'utilisateur doit d'abord photographier son interlocuteur avec ses lunettes Google et envoyer l'image aux serveurs de Lambda Labs qui, en retour, transmettent une notification d'identification. Tout dépend de la vitesse d'action de l'utilisateur et du temps de réponse de Lambda Labs. Néanmoins, un prochain kit de développement dédié à Google Glass pourrait accélérer ce processus.

Ainsi, Google Glass affichera l'identité d'un interlocuteur préalablement enregistré et marqué dans les contacts Gmail/Google Plus (et Android ?) lorsque son utilisateur émettra la requête vocale : « OK Glass. Who's that ? / OK Glass. Qui est-ce ? »



Selon Lambda Labs, les contrats de service Google pour le grand public et les développeurs n'interdisent en rien le développement et l'usage d'une telle application. Cependant, la firme de Mountain View pourrait revoir sa politique de confidentialité si le Privacy Caucus (groupe parlementaire regroupant des congressmen démocrates et républicains et chargé d'enquêter sur les impacts de Google Glass sur la vie privée) « serrait la vis » après avoir auditionné Larry Page. À ce jour, le sort de Face Recognition API dépend donc à la fois de Google et du Congrès.

La vie privée est (enfin) morte. Vive la fibre panoptique !

Nul doute que Google Glass fera des émules plus novatrices et plus discrètes destinées à divers usages.

Faudra-t-il vérifier que vos lunettes de vue ne soient guère assorties d'une sournoise application de partage photo/vidéo/audio en ligne avant de vous laisser pénétrer dans l'atelier de conception ou dans la salle de réunion ? Des vigiles devront-ils minutieusement contrôler les lunettes de tous les spectateurs aux entrées des salles de cinéma/spectacle ? Serons-nous tenus de vivre avec l'obsession permanente d'être enregistrés en ligne à la maison, dans la rue, au travail, en vacances et en soirée amicale ?

Le port de Google Glass par un utilisateur est-il absolument nécessaire à son fonctionnement ? Je parie sans trop de risques que des apps permettront de l'activer à distance par Bluetooth/Wi-Fi. Méfiez-vous de ces lunettes faussement anodines posées sur la table de chevet : elles transmettront vos aventures érotiques "extra" à votre conjoint(e) et à son avocat... en haute définition ?

Selon Bruce Schneier, « Google Glass are another major step down this path of surveillance. Their ability to record both audio and video will bring ubiquitous surveillance to the next level. Once they're common, you might never know when you're being recorded in both audio and video. You might as well assume that everything you do and say will be recorded and saved forever. »



Aux États-Unis plus qu'ailleurs, de nombreux drapeaux rouges s'agitent. Une pétition adressée à la Maison Blanche prône l'interdiction de Google Glass jusqu'à ce que son usage soit clairement et strictement encadré. Le site Stopthecyborgs propose le téléchargement gratuit d'une signalétique d'interdiction (autocollants, T-shirts) des lunettes Google. À Seattle, plusieurs bars et restaurants interdisent le port de Google Glass considéré à juste titre comme une intrusion dans la vie privée de leurs clients. En Virginie Occidentale, un avocat a élaboré un projet de loi visant à interdire la conduite avec des écrans tête haute (head-mounted display).



La date de mise en vente de Google Glass demeure inconnue (2014 ?) mais la panique philosophique et morale se répand comme une traînée de poudre. À une époque où les enjeux de vie privée échauffent les esprits – sans que cela inverse significativement une tendance lourde et inexorable vers la cybersurveillance persistante, Google devrait prêter attention à ces prolifiques signaux d'alarme et consulter Facebook qui en sait quelque chose...

Larry Page : OK Glass. Call Zuck.
Mark Zuckerberg : Salut Larry !
Larry Page : Salut Mark ! Quoi de neuf ?
Mark Zuckerberg : Demain, nous publions notre app Facebook Glass. Tu vas adorer.

4 commentaires:

Corto Maltese a dit…

BigBrother... le pire avec ces lunettes se doit être la publicité qui te pop devant les yeux tous les 1 mètre 50...

Electrosphère a dit…

La publicité est l'autre bat qui blesse. Toutefois, il semble que Google opte pour une sobriété de l'interface native Google Glass. Probablement que d'autres apps vicieuses afficheront tt de même la publicité dans ce head-mounted display...

Corto Maltese a dit…

rien que l'idée d'avoir au détour d'une rue Ronald Macdonald en hologramme qui te saute dessus en hurlant "VENEZ COMME VOUS ÊTES" me fait penser que je n'aurais pas de GG...

Electrosphère a dit…

Achtung : Google Glass n'est pas (encore) une technologie de réalité augmentée, c d'abord et surtout une application hardware pour apps Web, loin d'un HUD de pilote de Rafale/Eurocopter Tigre, par exemple...