mercredi 5 juin 2013

La loi de Moore transforme le journalisme

Le Chicago Sun-Times se sépare de son équipe de reporters-photographes professionnels. Désormais, les journalistes (et les photographes freelance) prendront eux-même les photos avec leurs iPhone et pourront bénéficier de cours « d'iPhotophonie » offerts par le journal.


Le webzine iGen.fr analyse cette séparation sous l'angle d'une mesure purement économique sonnant le glas d'une conception peu ou prou romantique du photo-reportage professionnel. Malheureusement, il omet ou élude volontairement la fulgurante miniaturisation des technologies multimédia hautement symbolisée par le smartphone. En concurrençant sévèrement l'appareil photo, le caméscope et le dictaphone (en plus du réveil-matin, de la calculatrice, du baladeur et de la montre-bracelet), votre iPhone ou votre Samsung Galaxy détruit des emplois et menace plusieurs industries.


Les performances photographiques des smartphones sont encore inférieures à celles des reflex ou des hybrides numériques. Mais qui peut croire qu'il en sera toujours ainsi ? La qualité des images prises par un Samsung Galaxy, un HTC, un Huawei ou un iPhone (plus de 5 millions de pixels) n'est-elle pas largement suffisante pour des affichages sur terminaux mobiles ? Le lecteur Web est-il aussi exigeant que le lecteur papier en matières de résolution et d'élégance visuelle ? Un webzine qui actualise sa une plusieurs fois par jour a-t-il réellement besoin de superbes images ? Quel est l'impact des apps Android/iOS (dictaphone, retouche photo, enregistrement vidéo, mixage audio, prise de notes, etc) sur les métiers du journalisme? Le photo-reportage professionnel n'est-il pas appelé à évoluer avec les technologies et les usages associés ? Et si le Chicago Sun-Time s'adaptait tout simplement à un public de Millenials (nés dans les années 1980-1990) qui ont grandi avec l'Internet et la téléphonie mobile et traversent aujourd'hui la tranche des 25-35 ans ?

Les journalistes de tout poil et les reporters photo auraient du prêter attention à la série télévisée House Cards US (Netflix) afin de saisir l'imminente évolution de la presse.

Dans cette remarquable série réalisée par David Fincher, Zoe Barnes (interprétée par Rooney Mara) est une blogueuse vingtenaire qui intègre un journal évoquant plus ou moins le Washington Post. Son art maîtrisé du Web social et ses relations dans les coulisses du pouvoir la propulsent rapidement au rang de starlette des médias sociaux et des chaînes TV. Ce succès fracassant provoque d'abord une féroce rivalité avec Janine Skorsky (Constance Zimmer), la très traditionnelle rédactrice politique en place, puis des frictions avec la direction du journal occupée par des soixantenaires vieille école.



La starlette 2.0 claque la porte et est aussitôt embaûchée par un webzine dépourvu d'édition papier à mi-chemin du Huffington Post et de The Daily Beast, mené par une quarantenaire geek, à la fois ouverte et carrée. Les journalistes/blogueurs de ce pure player peuvent publier des scoops sans forcément demander l'autorisation de la patronne et poster des articles (photos incluses) en déplacement avec leurs smartphones. Leur lieu de travail feutré et spartiate n'a ni bureaux séparés ni open space mais est pourvu d'immenses tables, de fauteuils club et de tables basses leur permettant de rédiger en toute aisance avec leurs appareils personnels (PC portables, tablettes et smartphones) et de s'avaler un hamburger-frites ou une pizza entre deux paragraphes. On se croirait presque dans un start-up créee par une bande d'étudiants...

Quelques semaines plus tard, Zoe Barnes est rejointe par Janine Skorsky qui se surprend à apprécier ses nouvelles conditions de travail. Toutes deux se lient d'amitié et muent en journalistes d'investigation aux méthodes différentes mais complémentaires.

À l'ère du iPhone, de Facebook/Instagram, de Twitter, de Flickr et de Wordpress, le journalisme de Papa et le photo-reportage de Maman deviennent de lointains souvenirs...

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