vendredi 5 juillet 2013

Quand un cyborg lave la vaisselle... en ligne.

Fourmillant de programmeurs et d'ingénieurs passionnés par leurs merveilleuses machines, Willow Garage est le plus fameux incubateur californien de start-up spécialisées dans la robotique.



Malheureusement, sa joyeuse clique sci-tech déteste faire la vaisselle ou s'adonner à la corvée du lave-vaisselle et recruta un « plongeur » vivant en Inde. Cet employé d'un genre nouveau bénéficia d'une formation en ligne de maniement à distance du PR2, un robot made in Willow Garage (285 000 $) suffisamment habile et délicat pour dresser et débarasser une table et manipuler des assiettes et verres sans les casser.

Tout se passa ensuite pour le mieux dans le meilleur des mondes pendant plusieurs semaines et les « willowgaragistes » furent à peine étonnés par cette situation inédite : un robot laveur de vaisselle manoeuvré à distance par un salarié indien et se déplaçant quasi librement dans leurs locaux.


Cependant, le département des ressources humaines de Willow Garage fut vite confronté à un cauchemar réglementaire.

Quels étaient le statut légal et la domiciliation fiscale de ce télé-opérateur de robot ? Devait-il bénéficier d'une couverture médicale/sociale ? Fort des capacités techniques du PR2 (mobilité, haptique, téléprésence), ne risquait-il pas de violer la confidentialité des employés, d'accéder aux secrets industriels de la firme, de dissimuler ou de dérober des objets, et même de harceler sexuellement ou moralement un(e) salarié(e) ? D'ailleurs, fallait-il le considérer comme un employé à part entière ? Comment établir précisément les responsabilités en cas de défaillance, de casse ou de chute d'un robot dans les escaliers, dans les bureaux ou dans les laboratoires ?

Lassés par ce casse-tête juridique et craignant de mauvaises surprises, les willowgaragistes mirent fin à l'expérience, rétablirent les corvées de vaisselle et de lave-vaisselle, un peu inquiétés qu'ils furent à l'idée qu'un salarié anonyme et distant observe de près leurs activités quotidiennes.

Le cas du « plongeur en ligne » mi-robot mi-humain est un formidable indicateur de tendances futures.

En effet, l'expansion rapide de la téléprésence, du télétravail et de la robotique soulèvera d'innombrables questions pour les experts en droit de tous bords. Nous assisterons à des scénarios d'autant plus inédits que des machines duales - à la fois autonomes et contrôlées ou supervisées par des humains - gagneront du terrain. Corollairement, il faudra réinventer le droit pénal, le droit du travail, le droit commercial, les assurances et la couverture médicale/sociale... en attendant qu'une voiture sans pilote transportant 15 kg de cocaïne heurte un piéton et commette un délit de fuite. 

2 commentaires:

Corto Maltese a dit…

excellent billet :D, ça me fait penser à la vidéo de Pizza Hut® qui fait livrer des pizzas par drones.

Corto Maltese a dit…

ou c'était Dominos Pizza® plutôt, il me semble...