vendredi 12 février 2016

Deus ex machina : l'Etat Islamique a-t-il sauvé l'A-10 Warthog ?

Quelques semaines plus tôt, l'US Air Force annonçait que le légendaire A-10 Warthog restera en service jusqu'en 2022. La lutte contre l'Etat Islamique a lourdement pesé sur cette décision...


Le grand public connaît mal cet avion d'appui aérien rapproché nettement moins élégant et moins télégénique que le F-15, le F-16, le B-2, le Rafale, le SU-35, etc. En effet, ce monstre quarantenaire vole bas et lentement (560 km/h en vitesse de croisière), n'est guère bardé de systèmes électroniques et semble tout droit sorti d'une BD vieille école mi-punk mi-baroque.

Les avions multirôle sont conçus pour faire à feu ou bombarder à longue distance / à haute altitude et retourner ensuite à leurs bases. Le Warthog est conçu pour orbiter à basse altitude au-dessus du théâtre d'opérations de jour comme de nuit, attendre les sollicitations du JTAC (Joint Tactical Attack Controller ou officier de contrôle de l'appui aérien), puis casser du blindé ou pulvériser du tireur embusqué avec un tir cadencé à 3900 coups/minute.


Le constructeur aéronautique Fairchild Republic avait littéralement forgé l'A-10 autour de son diabolique canon Gatling 30 mm GAU-8A Avenger, aussi volumineux qu'une voiture et constituant 16% de la masse totale de l'appareil. L'armement du Warthog comprend également des roquettes non-guidées, des bombes non-guidées, des bombes à guidage laser/GPS/inertiel, des missiles air-sol Maverick à guidage optique/laser/infrarouge et des missiles air-air Sidewinder


En outre, sa conception robuste et son électromécanique rustique en font un appareil à quasiment toute épreuve, pourvu d'un habitacle renforcé au titanium et capable d'encaisser plusieurs obus (de 23 à 57 mm) qui enverraient un chasseur classique au tapis. D'où l'affection des pilotes de l'US Air Force et des US Marines qui affirment qu'une fois de retour à la base aérienne, leurs compagnons d'armes au sol peuvent littéralement sentir « une odeur de cramé » sur leurs vêtements ou dans les vestiaires.

Ce Warthog et son pilote sont rentrés presque sains mais saufs...


Initialement dédié à la punition de chars soviétiques en cas de guerre froide brutalement surchauffée, l'A-10 fut, avec le F-16 Falcon, le meilleur avion d'appui-feu pendant la première guerre du Golfe en détruisant plus d'un millier de chars d'assaut, 2000 véhicules militaires et 1200 pièces d'artillerie... pour 7 Warthog perdus. Depuis plusieurs décennies, le Pentagone tente régulièrement de mettre fin au service du Warthog, jugeant son coût d'autant plus élevé pour ce rôle unique, et préférant des appareils multirôle comme le F-16 ou le très onéreux et très erratique F-35 Joint Strike Fighter. Malheureusement, il n'existe à ce jour aucun avion made in USA susceptible d'embarquer convenablement le canon GAU-8A Avenger.


Opération Tidal Wave II. En octobre-novembre 2015, plusieurs escadres d'A-10 Warthog et d'AC-130 Gunship frappèrent une centaine de camions-citernes de l'Etat Islamique en Syrie et L'US Air Force tira de facto les leçons adéquates : « la machine à trouer » restera en service jusqu'en 2022 car elle a, une fois de plus, fait ses preuves dans une niche tactique requérant un avion solide, low-techlow-cost et donc parfaitement adapté à un environnement de « guerres sales et dures »... comme l'Irak, l'Afghanistan et la Libye ? 

En réalité, Daesh a provisoirement sauvé le Warthog d'une retraite ennuyeuse. Deus ex machina ?

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