lundi 27 juin 2016

Autour du Brexit, cet effet Trump aux normes européennes

Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes.” (Bossuet)


Godzilla.eu. Le modèle économique qui appauvrit les sociétés est étroitement imbriqué avec le modèle politique qui méprise ou contourne les suffrages. Le capitalisme financier et la démocratie libérale ne font plus qu'un... au détriment de la démocratie représentative. 

Ennemis intimes. Le Brexit inaugure-t-il une confrontation permanente entre les peuples européens d'une part, les gouvernements nationaux et les institutions européennes d'autre part ?

Une technocratie hors-sol. L'eurocratie est plus soucieuse d'abstractions écofinancières et normatives de son cru que de l'évolution des économies/sociétés réelles. La connivence idéologique, les collusions d'intérêts et l'histoire partagée avec « les milieux d'affaires » (table ronde des industriels européens, lobbies, desk officers, etc) ne font qu'aggraver cette déconnexion, au point de multiplier des dimensions parallèles entre peuples, gouvernements et institutions européennes.

Tout sera comme avant. Malgré l'onde de choc du Brexit, l'eurocratie se cloître encore plus dans son dogme européiste, veut se débarrasser au plus vite de ce trublion britannique potentiellement contagieux... et répète à satiété son meilleur argument publicitaire : le déluge en solitaire ou le statu quo européen.


La pensée unique. Aux yeux des eurocrates, des élites politiques, économiques, culturelles, médiatiques et de maintes classes sociales aisées (diplômées, cultivées, mobiles et connectées) dans le monde, la terre s'aplatit, les frontières s'effacent, les identités culturelles sont fluides, les migrations enrichissent les terroirs, les spécificités socioéconomiques convergent et les institutions sont compatibles. Le commerce, la finance, la démocratie libérale et les technologies de l'information et de la communication sont à la fois les moteurs et les ciments d'une société-économie globalisée. Certaines transitions seront plus compliquées et plus douloureuses mais le « globalisme » l'emporte au final.

Agent du chaos. Quiconque critique ou résiste à cette inéluctabilité historique est un raciste, xénophobe, fasciste, nationaliste, souverainiste, barbare, rétrograde et/ou ignare. Les partisans et électeurs du Brexit, mi-zombies mi-vampires, mangent certainement leurs enfants dans d'obscures cryptes animées par des rituels sataniques.

Les coupables idéaux. Si vous êtes une figure politique en quête d'opinions favorables et de suffrages, n'hésitez pas à accuser le triangle immigration-gouvernement-UE/euro de tous les maux. Ça marche à tous les coups et sans d'efforts grâce aux merveilles de la gravité : il suffit de pousser légèrement et de laisser rouler. Dans quelques années, rajoutez les intelligences artificielles et les robots au menu.

Que sont les pays réels devenus ? L'immense majorité des électeurs ne sont ni des journalistes d'investigation, ni des chercheurs, ni des enseignants, ni des blogueurs, et se contentent des informations disponibles faute de temps et de ressources. Il en a toujours été ainsi, il en sera toujours ainsi et ceci ne changera très probablement pas avec l'Internet du 21ème siècle ni avec les neuro-implants en ligne du 22ème siècle. Chaque électeur étant mu par sa raison et par ses passions, l'homme politique efficace est celui qui joue finement sur les cordes rationnelles et passionnelles, et démontrent un souci (sincère ou simulé) du pays/peuple réel. L'eurocratie a une sensibilité négligeable aux pays/peuples réels mais enrage ou s'étonne des récurrents signaux anti-UE. Un bonne dose d'implication politique sur le terrain réel pourrait-elle prodiguer de plus de légitimité, de transparence et de crédibilité aux institutions européennes ? Toutefois, qui s'intéresse encore à la politique ?

La destinée manifeste. Des normes communes, des frontières virtuelles, une monnaie unique et une communication institutionnelle ne suffisent guère comme valeurs porteuses et ne font point un rêve européen. Les garçons et filles en costard/tailleur anthracite à Bruxelles doivent impérativement forger un « roman européen »... sinon les partis populistes ou extrémistes s'en chargeront.

More money, more money and more money. L'Union Européenne, l'Euroland et le traité transatlantique (TAFTA) sont tous assortis de promesses d'enrichissement des états et d'amélioration globale des revenus des citoyens. Ces valeurs porteuses résistent-elles solidement et durablement aux crises financières et aux « grandes récessions » ? Pourquoi tant de traités et d'entités supra-nationales réduisent leurs destinées manifestes aux PIB, aux chiffres d'affaires et aux salaires ?

L'immigration massive. La forteresse Europe (qui n'a jamais existé) a abaissé les ponts-levis et ouvert les vannes à un flot de migrants qui suscite – à tort ou à raison - des inquiétudes, des spéculations, des paranoïas et des rejets dans plusieurs pays. Les eurocrates n'ont pas fini de découvrir l'enfer des bonnes intentions. Au fait, ont-ils froidement analysé les conséquences de la politique étrangère de l'UE et les implications de quelques états européens dans les guerres de Libye et de Syrie ?

La dèche a de beaux jours devant elle. Dans les prochaines décennies, les classes moyennes inside/outside EU s'appauvriront et s'effondreront encore plus brutalement sous les feux croisés de la globalisation, du quarterly report et de la révolution technologique. Quelles bouées de sauvetage et quelles alternatives proposent les exégètes de l'UE et les apôtres du Brexit (et Franxit) face à cette tragédie déjà bien entamée ?

Britannia Redux. Les Irlandais et les Ecossais en rêvaient, David Cameron, l'a presque fait. L'Irlande réunifiée et l'Ecosse indépendante ne relèvent plus de la science-fiction et seront très probablement officielles dans la décennie 2020.

Deutschland über alles. L'Allemagne ne s'en plaindra pas : l'UE sans le Royaume-Uni courbera mieux l'échine sous son doigt directeur et punisseur. La France, malgré ses grands airs, n'a jamais osé l'ouvrir trop grand et ne veut de toute façon pas le faire.

Donald Trump jubile. Le Brexit fait puissamment écho à son programme électoral et constitue un argument de poids face à Hillary Clinton, ambassadrice d'un « établissement » et d'un « système » tant honni et vomi par des millions d'électeurs républicains comme démocrates. Faut-il parier son dollar sur la victoire de Trump ? Qui aurait parié sa livre sur la victoire du Brexit six mois plus tôt ?

Oncle Sam serre les dents. Son plus fidèle allié européen et sa tête de pont atlantique (ou atlantiste) vers l'Union Européenne s'est peut-être sabordé tout seul comme un grand.

Vladimir Poutine n'en demandait pas tant. Il n'y aura plus de sièges britanniques (les autres voix de l'Amérique ?) lorsque les eurocrates se réuniront pour discuter de / avec la Russie. L'UE s'est vue en forteresse en jouant aux jeux de guerre froide 2.0 mais n'est en réalité qu'un château de cartes... redistribuées et exploitées selon les besoins par Moscou et Washington dans leur relation houleuse et mutuellement structurante.

What about the youngsters ? Le Brexit est une angoissante perspective pour les jeunes British qui rêvent d'Europe, et pour les jeunes Européens qui rêvent de Royaume-Uni, tous en quête d'aventures personnelles et professionnelles, qu'ils soient diplômés ou non. Dans une ère de transformations tous azimuts (métiers, industries, technologies, économies, sociétés, etc), la liberté de mouvement entre l'île britannique et le continent européen fourmille d'opportunités à leur portée. Leurs parents et leurs grand-parents qui ont voté en faveur du Brexit auraient du lire ce tweet de @alanacoates :


Causes et effets. Il est très difficile d'établir les liens de cause à effet dans une économie moderne et connectée telle que le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne, les Etats-Unis, l'Afrique du sud ou la Corée du sud. Une économie complexe et dynamique ne fonctionne pas comme un salon sous air conditionné : il ne suffit pas d'allumer le climatiseur pour rafraîchir instantanément la pièce, puis de l'éteindre pour rétablir la température ambiante. Un bonheur ne venant jamais seul, l'action (ou l'inaction) économique et sociale se déploie sur le temps (très) long. Ainsi, un désengagement de l'Union Européenne déclenchera certainement une systémique « d'emmerdes » aussi inédites qu'imprévisibles... qui se grefferont à la systémique d'emmerdes existantes ayant incité les électeurs à voter pour  ce désengagement.

Dilemmes cornéliens et pièges abscons. Malheureusement, les gouvernements – qu'ils soient membres ou non de l'UE - sont constamment sommés d'agir et de réagir sous les pressions conjuguées de leurs opinions, de leurs sociétés civiles, des marchés financiers, des conjonctures tous azimuts (économie, sécurité, santé, environnement, etc), des accords et traités internationaux, de la communauté internationale... et des prochaines campagnes électorales. Les Brexit, Franxit et autres fantasmes de retour à des souverainetés peu ou prou isolées recèlent autant d'incertitudes et de risques que ceux causés par les mésaventures européennes. Vaste programme. 

Last drink. La perfide Albion quittera-t-elle vraiment l'Union Européenne ou trouvera-t-elle un arrangement avec Bruxelles afin d'obtenir un statut spécial comparable à celui de la Suisse ou de la Norvège ? Les paris sont ouverts : 100 pintes sur la table. 

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