lundi 31 octobre 2016

Nord Stream 2 : l'Allemagne maintient fermement sa connexion au gazier russe Gazprom

L'Allemagne et la Finlande poursuivent la construction du Nord Stream 2 - doublement du gazoduc Nord Stream 1 près des côtes de la Mer Baltique, peu importe la guerre froide 2.0. et la politique européenne / américaine des sanctions contre la Russie.


Selon Europetrole, 148 tuyaux (de 24 tonnes et de 12 mètres de long) sont quotidiennement transportés par train puis assemblés à Mukran, sur la presqu'île de Rügen (Allemagne), et sur le port de Kotka (Finlande) où les travaux de raccordement aux infrastructures du gazier russe Gazprom ont commencé en septembre 2016.

En août 2016, Gazprom et ses partenaires européens (le français Engie, l'anglo-néerlandais Shell, l'autrichien OMV et les allemands Uniper et Wintershall) du projet Nord Stream 2 avaient pourtant annoncé leur désengagement à créer une coentreprise pour mener à bien ce chantier, après un avis défavorable de l'autorité de la concurrence polonaise. Celle-ci craignait que cette infrastructure « renforce davantage la position de négociation de Gazprom, qui jouit déjà d'une position dominante en ce qui concerne la livraison de gaz à la Pologne ».



Parallèlement, les pays baltes, l'Ukraine et un conseiller économique de la CDU estiment que ce gazoduc relèvent d'un gâteau et sa cerise offerts sur un plateau à Gazprom, peu ou prou perçu comme un levier d'influence de Moscou dans sa relation houleuse avec l'Union Européenne. Par ailleurs, la direction générale à la concurrence de l'UE reprochait à Gazprom d’inclure des clauses léonines dans ses contrats de fourniture avec plusieurs pays d’Europe centrale, notamment l'interdiction de revendre à d'autres états les provisions de gaz achetées à la Russie. Afin d'éviter une amende de 10% de son chiffre d'affaires, la firme énergétique avait finalement conclu un accord à l'amiable avec Bruxelles en octobre 2016, et ce, d'autant plus que 80% de ses exportations sont destinées à l'UE.


N.B. : Quelques semaines plus tôt, le président russe Vladimir Poutine et le premier ministre turc Tayyip Recep Erdogan, forts de leur récente réconciliation (depuis la destruction d'un bombardier tactique russe par l'aviation de chasse turque au-dessus de la frontière turque-syrienne), réactivaient le projet gazier Turkish Stream qui planifie la construction de deux gazoducs destinés à l’approvisionnement de la Turquie (bénéficiant de tarifs réduits) d'une part, et à l'approvisionnement des pays du sud de l’Europe (sous réserve de l’approbation de Bruxelles) d'autre part. 


La chancelière Angela Merkel semble n'avoir cure des multiples réserves et avertissements et de la politique européenne des sanctions contre la Russie. En effet, le Nord Stream 1 & 2 permet à l'Allemagne de devenir le premier hub gazier d'Europe et de peser encore plus lourd sur le marché énergétique. Pour couronner le tout, l'ex-chancelier allemand Gerhard Schröder dirige les sociétés Nord Stream AG et Nord Stream 2 AG chargées de la construction des gazoducs éponymes.

Cet entêtement de l'Allemagne laisse présager des pressions en sourdine de Berlin sur les différents partenaires européens de Gazprom et sur les états concernés – quitte à prendre des risques et les devants, et démontre une fois plus les insurmontables divergences stratégiques en profondeur au sein de l'Union Européenne, et ce, d'autant plus qu'il n'existe à ce jour aucune alternative viable – à moyen ou long terme - aux approvisionnements de Gazprom.

Entre ambition stratégique, rationalité managériale et intelligence économique, l'Allemagne ne perd pas le nord.

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